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Alors que l’inflation ralentit mais que les inquiétudes sur le pouvoir d’achat persistent, une start-up française s’attaque à une bizarrerie bien de chez nous : l’argent oublié. Beaucoup d’argent. Gety, créée en 2024, veut remettre la main des Français sur ces milliards d’euros qui dorment depuis parfois des décennies dans les coffres de la République.
7 milliards endormis
La somme a de quoi faire lever un sourcil même aux plus blasés : 7 milliards d’euros, stockés sagement à la Caisse des Dépôts et Consignations. Des comptes bancaires, des livrets d’épargne, des PEL, des assurances-vie… autant de produits tombés dans l’oubli après le décès de leur détenteur. Dans certains cas, personne ne sait que cet argent existe. Dans d’autres, les démarches à accomplir pour le récupérer ont découragé les héritiers potentiels.
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Selon Gety, un Français sur cinquante serait dans ce cas. Et sans action, après 30 ans, ces sommes s’évaporent définitivement dans les caisses de l’État. C’est ce scénario que Xavier Jacquet, fondateur de Gety, veut éviter. Il propose une solution qui permettrait à ces héritiers silencieux de récupérer ce qui leur revient.
Un parcours administratif souvent décourageant
Certes, un dispositif public existe déjà. Ciclade, lancé par la CDC, permet de rechercher les avoirs non réclamés. Mais la procédure est austère, le parcours semé d’embûches administratives. Et la probabilité de s’y perdre est bien réelle. Beaucoup de Français ne savent même pas que cette option existe. Et ceux qui s’y aventurent n’en sortent pas toujours avec les fonds espérés.
Gety joue sur ce terrain-là : simplifier, automatiser, accompagner. La jeune pousse a misé sur une offre qui retire à l’usager tout ce que le contact avec l’administration peut avoir de rebutant, en s’appuyant sur des outils numériques et un réseau de notaires. Objectif : rendre fluide un processus jusqu’ici rébarbatif.
Cinq étapes, pas plus
Le service repose sur un enchaînement clair, pensé pour que même les moins familiers du numérique puissent s’y retrouver. Tout commence par un formulaire à remplir en ligne avec les informations de la personne décédée. Ensuite, la start-up interroge la Caisse des Dépôts et promet une réponse sous 24 heures.
Dans 10 à 15 % des cas, un compte oublié est identifié. Si c’est le cas, l’utilisateur accède à un espace sécurisé où il peut transmettre les pièces nécessaires : identité, RIB, acte de décès, acte de notoriété. La suite est prise en charge par les notaires partenaires, seuls habilités à effectuer la demande officielle. À l’arrivée, si tout se passe bien, l’héritier reçoit l’argent directement sur son compte.
Un modèle sans avance de frais
Gety ne se rémunère que si une somme est effectivement retrouvée et versée. Pas de frais initiaux, pas de mauvaise surprise. L’usager ne paie que si le dossier aboutit. La commission, prélevée sur les montants récupérés, rémunère à la fois la start-up et les notaires.
Sur un sujet aussi sensible que l’héritage, la sécurité est un point d’appui central. Gety insiste : les fonds ne transitent jamais par ses propres comptes, ils passent directement du notaire à l’héritier. Côté données personnelles, même prudence : stockage sur serveurs français, conformité avec le RGPD, et processus d’identification validé par l’ANSSI.
Des euros qui tombent du ciel (ou presque)
Le service commence à produire des effets tangibles. En moyenne, chaque dossier permet de restituer quelque 9 000 euros. La start-up s’engage à traiter les demandes dans un délai de trois mois maximum. Les témoignages affluent. Hugo V., par exemple, raconte avoir perçu 15 400 euros issus d’un compte oublié par sa famille depuis plus de vingt ans. D’autres évoquent des Livrets A égarés ou des produits d’épargne devenus invisibles au fil du temps.
Dans un pays où la culture administrative est aussi épaisse qu’un code général des impôts, Gety propose une approche différente : rapide, numérique, déléguée. Et dans cette France où le patrimoine est roi, mais souvent fragmenté et mal connu, cette initiative pourrait réveiller plus qu’un simple trésor.


