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Le duel est technique, mais il révèle beaucoup plus qu’une simple rivalité entre deux avions de chasse. D’un côté, le Rafale, fleuron de l’industrie française, concentre dans une même cellule la totalité des missions du combat aérien moderne. De l’autre, le Su-35 russe, héritier hypertrophié du Su-27 soviétique, pousse à l’extrême les attributs classiques de la domination aérienne. Deux appareils, classés dans cette zone intermédiaire baptisée « génération 4++ », où l’on tutoie la furtivité sans y plonger totalement, et où la technologie embarquée devient presque plus décisive que la cellule elle-même.
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Deux visions de la supériorité
Dès l’origine, les chemins divergent. Le Rafale est conçu comme une plate-forme unique, capable de tout faire : supériorité aérienne, appui au sol, frappe stratégique, dissuasion nucléaire, guerre navale. Une logique d’intégration poussée, nourrie par l’idée que le nombre d’avions dans les forces européennes ne justifiera plus la spécialisation.
Le Su-35, lui, reste ancré dans une vision plus linéaire : il est un intercepteur, un chasseur pur, dérivé d’un modèle conçu pour surveiller les grands espaces sibériens. Vitesse, puissance, manœuvrabilité : la plateforme russe pousse tous les curseurs physiques au maximum, quitte à rester dépendante d’un environnement tactique structuré autour de lui.
Voir loin ou voir juste : deux écoles du capteur
Le cœur des systèmes de détection révèle bien cette opposition. Le radar Irbis-E du Su-35 affiche une portée impressionnante, jusqu’à 400 kilomètres. Mais il reste de technologie PESA, moins discret, plus facile à brouiller, plus visible aussi. En face, le Rafale mise sur un radar RBE2-AESA plus discret, moins puissant en portée pure, mais bien mieux intégré dans un réseau de capteurs. L’un voit loin, l’autre voit mieux.
Les capteurs infrarouges illustrent la même logique : l’OLS-35 du Su-35 a des capacités théoriques supérieures, mais il reste un système autonome. L’OSF du Rafale, moins performant sur le papier, s’intègre directement dans une fusion de capteurs, où la donnée n’est jamais isolée, mais croisée, partagée, mise en contexte.
Dans l’arène électromagnétique, l’autonomie fait la différence
La différence se creuse encore lorsqu’on aborde le terrain de la guerre électronique. Le Rafale embarque SPECTRA, un système qui analyse, brouille, réagit, sans intervention humaine, et dans toutes les directions. Il permet à l’appareil d’entrer seul dans des environnements saturés, sans escorte spécifique. Le Su-35, lui, repose encore largement sur des équipements extérieurs pour opérer dans ces zones. Dans un combat non structuré ou en première vague, cette dépendance peut devenir un handicap.
Vitesse brute ou efficacité durable : deux façons de voler
Sur le papier, les performances du Su-35 écrasent celles du Rafale. Plus rapide, plus haut, plus loin. Son rayon d’action est deux fois supérieur, son plafond de vol dépasse les 20 000 mètres, et ses tuyères à poussée vectorielle lui donnent une capacité de manœuvre exceptionnelle. Mais la réalité opérationnelle est plus nuancée. Le Rafale peut voler à vitesse supersonique sans postcombustion – la fameuse supercroisière – avec une charge utile. Il manœuvre très bien, y compris en configuration lourde, ce qui le rend particulièrement redoutable dans les scénarios de combat multi-missions, où il doit frapper et se défendre en même temps.
Là encore, l’écart est doctrinal. Le Su-35 privilégie la puissance de feu à distance, avec notamment le missile R-37M, dont la portée dépasse les 300 kilomètres. Il est conçu pour engager avant d’être engagé. Le Rafale, lui, mise sur la polyvalence. Il emporte des missiles air-air (MICA, Meteor), des munitions guidées (AASM), des missiles de croisière (SCALP-EG), voire des armes de dissuasion (ASMP-A). Le tout en restant capable de passer d’une mission à l’autre en cours de vol.
Le combat au-delà de la portée visuelle joue sur ces contrastes. Le Su-35 peut tirer de plus loin, mais son radar est plus vulnérable au brouillage et à la furtivité. Le Rafale, mieux protégé et plus discret, tire moins loin mais voit plus clair dans un ciel électromagnétiquement saturé.
Le terrain et la logistique tranchent l’efficacité réelle
À l’achat, le Su-35 est moins cher, presque moitié prix. Mais à l’usage, les courbes s’inversent. Le Rafale coûte moins cher à l’heure de vol, demande moins de maintenance, et surtout, il vole plus souvent. Sa disponibilité dépasse régulièrement les 80 %, y compris en opérations extérieures. Celle du Su-35 chute parfois sous les 40 %, en partie à cause de la logistique complexe, des sanctions, et d’une conception qui reste exigeante sur les pièces et le personnel.
Le Rafale est aussi pleinement interopérable avec les standards de l’OTAN, ce qui facilite son intégration dans des forces alliées. Il s’est exporté dans huit pays, sur quatre continents. Le Su-35, lui, reste enfermé dans son écosystème russe. Peu de clients, beaucoup d’hésitations, une maintenance lourde, et des doutes croissants sur sa compatibilité avec des armées modernes non russes.


