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Le salaire minimum russe a connu une hausse notable au 1er janvier 2026. À 27 093 roubles (298 €) par mois – soit entre 270 et 300 euros selon les taux de change – il progresse de 20,7 % par rapport à l’an dernier. Cette revalorisation s’inscrit dans une trajectoire voulue par le Kremlin : doubler le minimum légal d’ici 2030. L’effort est visible, la promesse politique tangible. Mais dans la vie réelle, le compte n’y est pas.
Une fois déduit l’impôt sur le revenu, le SMIC net atteint environ 23 570 roubles (259 €). C’est plus que le minimum vital pour un actif, établi à 20 644 roubles (227 €). Mais c’est loin de suffire pour couvrir les dépenses moyennes d’un adulte seul, qui tournent autour de 46 769 roubles (514 €), hors loyer. À ce niveau, vivre seul avec le minimum légal revient à jongler sans filet. Le logement, en particulier, plombe les équilibres. À Moscou, un studio peut dépasser les 40 000 roubles (440 €) par mois. Hors de la capitale, les loyers restent plus bas mais absorbent encore souvent plus de la moitié d’un SMIC.
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Minima régionaux : disparités russes très marquées
Le cadre légal a évolué : la loi fédérale n° 429-FZ fixe le nouveau plancher, applicable partout sauf dans les régions qui en adoptent un plus élevé. Saint-Pétersbourg, par exemple, affiche 31 250 roubles (344 €), la région de Moscou 27 800 roubles (306 €), Tula monte à 30 095 roubles (331 €) pour le secteur commercial. Ces montants sont le fruit d’accords tripartites, rendus possibles par l’article 133.1 du Code du travail.
Mais ces ajustements locaux ne changent pas l’ordre de grandeur : le SMIC fédéral ne représente qu’environ 24 à 27 % du salaire moyen national, qui frôle les 100 000 roubles (1 100 €). Les écarts sont brutaux : à Moscou, le salaire moyen atteint 150 391 roubles (1 654 €), en Ingouchie il chute à 38 931 roubles (428 €). Le minimum légal s’applique d’abord dans les zones rurales et les périphéries, où les revenus sont déjà faibles. Quelque 4,6 millions de travailleurs sont concernés.
Pouvoir d’achat compressé par l’inflation et la fiscalité
Les comparaisons internationales ne sont pas plus favorables. Avec un SMIC à 270–300 euros, la Russie reste très en dessous des standards européens. Le SMIC français dépasse 1 400 euros. Même corrigé du coût de la vie, estimé 44 % plus bas qu’en France, le pouvoir d’achat équivalent ne dépasse guère 500 à 600 euros, selon les données disponibles. Et ce pouvoir d’achat est fragilisé par la hausse des prix : l’inflation alimentaire atteint 5,24 % fin 2025, les anticipations pour 2026 dépassent les 5,70 %. Une augmentation de TVA à 22 % alimente aussi les tensions. Sur les douze premiers jours de janvier, les prix à la consommation ont progressé de 1,26 %, selon Rosstat.
Dans ce contexte, la Banque centrale joue la retenue : taux directeur à 16 % en décembre, après un pic à 21 %. Les emprunts restent chers, la croissance faiblit. 1,4 % au premier trimestre 2025, 1,1 % au second. La projection pour l’année 2026 plafonne à 1,3 %. Les secteurs civils pâtissent du rétrécissement budgétaire : la part des dépenses sociales tombe à 25,1 %, bien loin des 38,1 % d’avant-guerre. Les dépenses militaires, elles, atteignent 16,84 trillions de roubles (185,24 milliards €), soit 38 % du budget.
Logement, nourriture : le SMIC sous pression constante
Le marché du travail, lui, reste paradoxalement tendu. Chômage à 2,1 %, mais des pénuries de main-d’œuvre persistantes : entre 160 000 et 400 000 postes vacants, dont au moins 80 000 ingénieurs pour la défense. Le conflit en Ukraine, avec plus d’un million de morts ou blessés estimés, pèse lourdement sur la démographie active. Les jeunes hommes continuent de fuir la mobilisation.
L’indicateur officiel de pauvreté, fixé à 15 679 roubles (173 €) par mois, place 8,3 % de la population sous ce seuil. Mais la méthodologie est contestée. Des estimations alternatives évoquent jusqu’à 15 %. La consommation des ménages, jusque-là moteur de la croissance, donne des signes de faiblesse depuis fin 2025. Le pouvoir d’achat au SMIC en subit les conséquences : un budget alimentaire autour de 20 000 à 25 000 roubles (220 à 275 €), des charges courantes à 8 800 roubles (97 €), des prix de l’essence à 0,60 euro le litre, et des repas au restaurant autour de 8,50 euros. Une addition rapide ramène vite le salaire minimum à la limite de la survie.
Le rouble, lui, a connu une appréciation de près de 24 % sur un an, autour de 75–76 roubles pour un dollar, 90–93 roubles pour un euro. Mais cette vigueur monétaire ne se traduit pas en confort économique pour les bas revenus. Le SMIC reste aussi une référence pour les allocations sociales : garde d’enfants, capital maternité, cotisations d’indépendants. En 2026, ces montants augmentent eux aussi mais sans compenser l’écart entre revenus réels et besoins.
Le SMIC russe a donc augmenté, au-delà de l’inflation. L’effort est clair, la trajectoire fixée. Mais le point de départ reste bas, les écarts immenses, le quotidien contraint.


