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Dans les salons feutrés du Forum économique mondial, Jared Kushner a déroulé une vision futuriste de Gaza. Des tours de verre en bord de mer, une zone franche alignée sur les standards de Dubaï, un port et un aéroport flambant neufs : le gendre de Donald Trump parle d’un “plan maître”, structuré, chiffré, prêt à convaincre des investisseurs. Un seul verrou à faire sauter : le Hamas. Sa démilitarisation est posée comme une condition préalable, sans négociation possible. “Il n’y a pas de plan B”, résume Kushner, comme pour clore toute discussion.
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Dans l’enclave, les plans se heurtent à la réalité. Depuis le cessez-le-feu d’octobre, les frappes israéliennes n’ont pas cessé. En quarante-huit heures, seize Palestiniens ont été tués, dont trois journalistes. Les morts s’accumulent aussi à cause du froid : un bébé de trois mois est mort d’hypothermie. L’aide humanitaire, pourtant censée entrer selon des volumes définis, reste partiellement bloquée. Même les tentes et les caravanes sont filtrées. Les services de secours dénoncent une asphyxie logistique, dans un territoire où vivent encore plus de deux millions de personnes.
Kushner détaille la stratégie : la reconstruction commencera dans les zones totalement sous contrôle israélien, là où le désarmement est achevé. En pratique, cela signifie des secteurs largement désertés, loin des centres de population. L’idée est d’abord de bâtir une “nouvelle Rafah”, avec plus de 100.000 logements, avant de remonter vers Gaza-ville. Le Hamas pourrait obtenir des garanties de sortie ou une amnistie. Donald Trump durcit le ton : s’il refuse de déposer les armes, le mouvement “arrivera à sa fin”. Le Hamas propose de céder le pouvoir à un comité technocratique, se dit prêt à remettre une partie de ses armes, mais refuse de se dissoudre sans retrait militaire complet.
Trump promeut son « Conseil de Paix” sans alliés majeurs
La scène de Davos a aussi servi de vitrine à la dernière création diplomatique américaine : le « Conseil de Paix”, présenté comme une alternative à l’ONU. Ni Paris, ni Berlin, ni Tokyo ne figurent parmi les invités. L’Union européenne est représentée par la Hongrie et la Bulgarie. Autour de Trump : Javier Milei, des dirigeants d’Asie centrale, du Pakistan, de l’Indonésie, du Paraguay. “De grands dirigeants”, selon lui. L’absence de Benjamin Netanyahu est remarquée : visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, le Premier ministre israélien ne peut plus voyager librement. À Davos, sa chaise reste vide.
Trump assure que “ça se termine”. La famine a disparu des bulletins de l’ONU, mais la faim, elle, demeure. Près de 1,6 million de Gazaouis vivent en insécurité alimentaire aiguë. La bande de Gaza est désormais fragmentée : 42 % contrôlés par le Hamas, 58 % sous occupation israélienne, vidés de leurs habitants.


