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Confronté à la fois à d’immenses besoins et à une pénurie d’investisseurs institutionnels, le continent cherche à diversifier ses sources de financements. Raison pour laquelle de plus en plus de financiers africains partent, comme Constantin Dabire au Canada avec l’ouverture de Sitexco, à la recherche de nouvelles ressources disponibles pour accompagner le développement du continent.
L’Afrique serait-elle en passe de s’imposer comme la nouvelle terre promise des investisseurs internationaux ? A en juger par les derniers chiffres communiqués par l’UNCTAD (la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement), on serait tenté de répondre par l’affirmative. En 2024 en effet, les investissements directs étrangers (IDE) sur le continent ont bondi de 75% par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 97 milliards de dollars. Il s’agit d’un record absolu, historique pour le continent.
En 2024, les investissements étrangers en Afrique ont ainsi représenté 6% des IDE mondiaux, contre 4% en 2023. La hausse spectaculaire des IDE vers le continent est très majoritairement due à l’accord de financement pour le méga-projet de Ras El Hekma, en Égypte, sans lequel l’augmentation des IDE en Afrique ne fut, en 2024, « que » de 12%, pour un volume de 62 milliards de dollars. En tête des investisseurs étrangers figurent les Européens, suivis des Américains et des Chinois ; les pays d’Afrique du Nord, comme l’Égypte, la Tunisie ou le Maroc, trustent quant à eux les premières places des pays bénéficiaires de ces IDE.
Secteurs en plein boom et amélioration du climat des affaires séduisent les investisseurs
Quelles promesses de retours attirent les investisseurs sur le continent ? En premier lieu bien sûr, c’est son exponentielle progression démographique – l’Afrique comptera, d’après l’ONU, 2,5 milliards d’habitants en 2050 – et la hausse parallèle de la demande intérieure qui aiguisent les appétits. Ce que confirme Constantin Dabire, fondateur de la société financière SA2IF, selon qui « tous les secteurs africains sont en recherche de financements, portés par la démographie et la jeunesse de la population d’une part, et de l’autre par le développement des infrastructures destinées à répondre aux besoins de cette population toujours plus nombreuse ».
Dans le détail, ce sont bien les infrastructures énergétiques et de construction qui figurent parmi les principales directions des IDE sur le continent. L’économie numérique (avec une hausse de 75% sur cinq ans de la valeur des projets liés au digital), mais aussi le secteur des énergies renouvelables et celui des métaux critiques (cobalt, lithium) sortent également du lot, d’après l’UNCTAD. Autant d’évolutions qui confirment, selon le média spécialisé Up Africa, que « les investissements étrangers en Afrique en 2025 ne se limitent plus aux secteurs traditionnels, mais s’étendent désormais vers des domaines innovants et structurants » pour l’avenir du continent.
Enfin, les IDE surfent sur l’amélioration du climat des affaires dans de nombreux pays africains. Aux quatre coins du continent, des réformes ont été mises en œuvre pour attirer les investisseurs : des incitations fiscales et allègements douaniers, au Maroc ou en Côte d’Ivoire ; des zones économiques spéciales, au Nigeria ou en Éthiopie ; des procédures administratives allégées et digitalisées ; l’entrée en vigueur, en 2021, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ; etc. Des progrès donc, qui ne contrebalancent pas totalement le fait que « les investisseurs (étrangers) connaissent encore mal un continent africain qu’ils associent à des risques (…) surévalués », d’après Constantin Dabire.
Au Canada, Sitexco fait le « pont entre les investisseurs internationaux et l’Afrique »
« Les préjugés ont la vie dure », déplore le financier burkinabé. Loin de s’y résoudre, Constantin Dabire a choisi de prendre le problème à bras le corps, en ouvrant une filiale de la SA2IF au Canada. Baptisée Sitexco, la jeune société a pour ambition de pallier les tensions observées sur les marchés financiers africains, où les investisseurs institutionnels se raréfient. Objectif revendiqué par l’entrepreneur : « aller chercher d’autres niches de revenus et de nouveaux partenaires désireux d’investir en Afrique (…), drainer les ressources disponibles sur les marchés nord-américains, européens ou asiatiques (et) prospecter des investisseurs du monde entier plus facilement qu’au Burkina Faso ».
« En quelque sorte », résume le fondateur de SA2IP, « Sitexco fait office de pont entre les investisseurs institutionnels internationaux et l’Afrique ». Encore faut-il que ces investisseurs soient convaincus tant par les retombées financières que par l’absence, ou la maîtrise, des risques. Or, insiste Constantin Dabire, « les rendements proposés sur le continent sont assez élevés, au-dessus de la moyenne mondiale. (…) Investir sur le continent permet aux investisseurs de diversifier leurs actifs (…) sur des marchés en pleine croissance ».
La finance africaine s’exporte à Dubaï et Paris
Bien d’autres acteurs de la finance africaine contribuent à relayer les besoins du continent à l’étranger. Ainsi au Maroc, où la Casablanca Finance City s’est, avec ses plus de 200 entreprises étrangères sur site, imposée comme le point d’entrée pour les multinationales souhaitant investir en Afrique. Ou en France, où Vista Bankvient de recevoir son accrédidation pour devenir la première implantation hors d’Afrique d’un groupe bancaire africain majeur, Vista Group Holding. Celui-ci s’est donné pour mission de connecterla diaspora africaine et les investisseurs internationaux aux opportunités de financement et de commerce sur le continent.
A Dubaï enfin, le groupe bancaire sud-africain Investec jette lui aussi des ponts financiers entre les pools de capitaux du Moyen-Orient (familles fortunées, fonds privés) et les marchés africains. Historique en termes d’IDE, l’année 2024 pourrait donc ne pas être l’exception qui confirme la règle. Mais bien l’aube d’une longue série de succès et de deals financiers gagnant-gagnant, pour une Afrique qui rime désormais avec risques maîtrisés et rendements performants. Constantin Dabire y croit, lui pour qui « l’Afrique apparaît comme une formidable terre d’opportunités ».


