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Il y a des entreprises qui savent surprendre. Ubisoft, elle, persiste à décevoir. Ce jeudi 22 janvier, le titre dévisse de 33 % à la Bourse de Paris. En cause : un avertissement sur résultats qui dépasse les pires anticipations. Un de plus. Mais cette fois, la claque est monumentale. L’éditeur revoit tout à la baisse : ses revenus, ses ambitions, son calendrier, ses partenariats. Et il annonce une perte abyssale pour l’exercice qui s’achève en mars.
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La nouvelle prévision de chiffre d’affaires – pardon, de net bookings – tombe à 1,5 milliard d’euros. C’est 350 millions de moins que prévu. S’ajoute une perte opérationnelle de 1 milliard d’euros. Et la trésorerie ? Elle fondra de 400 à 500 millions d’euros sur l’exercice, deux fois plus que le chiffre attendu. Une déroute, chiffrée et assumée, sous couvert d’un jargon qui ne masque rien.
Ubisoft tente de reprendre la main avec une réorganisation interne : cinq “maisons de créations”, censées clarifier les responsabilités et spécialiser les équipes. Mais les marchés n’achètent pas l’argument. Ce qu’ils voient, c’est une série de projets avortés, six jeux annulés dont un remake très attendu, et sept autres repoussés. Le pipeline, cet alignement précieux des sorties qui conditionne le chiffre d’affaires futur, est en miettes.
Des actifs dépréciés et des ventes décevantes
Le choc comptable est à la hauteur du désordre : 650 millions d’euros de dépréciations d’actifs. Derrière, une justification : un marché devenu “durablement plus sélectif”. Traduction ? Des jeux qui ne trouvent plus preneur, même après des années de développement. Et une entreprise qui n’est plus en mesure de livrer à temps des titres compétitifs.
Les chiffres font mal. “Assassin’s Creed Shadows”, dernier gros lancement, s’est vendu à 4,3 millions d’exemplaires depuis fin mars. C’est en dessous des attentes. En face, “Mirage” avait atteint 5 millions en trois mois. Le soufflé retombe vite, malgré un démarrage jugé prometteur. Ubisoft dégaine alors son levier préféré : la réduction des coûts. Un plan d’économies de 100 millions d’euros sera bouclé un an plus tôt que prévu. Et il ne s’arrête pas là : un nouvel objectif de 200 millions d’euros supplémentaires de coupes est annoncé pour les deux ans à venir.
Une crédibilité qui s’effondre avec le cours de Bourse
L’histoire ne date pas d’hier. En décembre, Barclays rappelait que sur six ans, Ubisoft a raté ses objectifs dans cinq cas. L’action, elle, a plongé de 92,22 % depuis 2018. À l’époque, l’éditeur flirtait avec le CAC 40. Aujourd’hui, il flirte avec les oubliettes.
Barclays salue des décisions “dans le bon sens” mais doute de leur effet à court terme. Oddo BHF parle carrément d’un “big reset”. Trois ans. C’est le délai estimé pour un retour à une production stable et rentable. Trois ans, c’est long, surtout quand les finances s’amenuisent.
En toile de fond, une échéance empoisonnée : 675 millions d’euros d’obligations à rembourser en 2027. TP ICAP Midcap n’y croit plus. Elle abaisse sa recommandation à “vente”. UBS évoque un flux de trésorerie positif… en 2030. Loin, trop loin pour rassurer.


