Pennylane : les secrets d’une croissance éclair

En quatre ans, Pennylane devient un acteur clé du logiciel comptable en France.

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En quatre ans, Pennylane a construit un objet singulier : une plateforme de comptabilité qui courtise les cabinets tout en refusant de leur faire concurrence. Une fintech qui enchaîne les levées de fonds, mais verrouille son capital pour en garder la gouvernance. Une entreprise qui promet aux PME la fluidité, aux experts-comptables la productivité, et à tous la conformité.

Lancée en janvier 2020, l’entreprise parisienne s’est positionnée dès le départ comme un éditeur de logiciel au service des dirigeants de TPE-PME et de leurs experts-comptables. L’angle d’attaque est clair : un « operating system » financier, centralisant banques, factures, flux de caisse, pour alimenter une comptabilité en temps réel. Objectif affiché : donner aux chefs d’entreprise une vue consolidée de leur activité, et aux cabinets un environnement partagé avec leurs clients. Le tout dans une logique SaaS par abonnement.

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Une trajectoire financée au millimètre

Pennylane ne perd pas de temps pour aller chercher du capital. Mai 2020 : premier tour de 4 millions d’euros. Janvier 2021 : série A de 15 millions, prolongée six mois plus tard d’autant, avec l’arrivée de Sequoia Capital. Janvier 2022 : série B, 50 millions d’euros. La croissance s’affiche à 30 % de nouveaux clients par mois. En février 2024, 40 millions de plus tombent, valorisation à 1 milliard d’euros.

L’année suivante, Pennylane passe à la vitesse supérieure. Avril 2025 : 75 millions d’euros supplémentaires, avec Meritech Capital et CapitalG dans la boucle. La société revendique alors 350 000 entreprises clientes, 4 500 cabinets partenaires, une soixantaine d’intégrateurs revendeurs et 60 millions d’euros de revenus récurrents annuels. En décembre, Maddyness évoque 115 millions d’euros de chiffre d’affaires. La startup entre dans la catégorie des « centaures », ces sociétés SaaS dépassant les 100 millions d’euros de revenus sans avoir levé démesurément.

Janvier 2026 : nouvelle levée record, 175 millions d’euros menée par TCV, avec Blackstone Growth à bord. Pennylane cède environ 5 % de son capital, mais franchit un nouveau cap de valorisation, à plus de 3,5 milliards d’euros.

Un capital cadenassé malgré les millions levés

Cette trajectoire, les fondateurs l’ont construite en gardant le contrôle. Littéralement. En 2024, les statuts sont modifiés pour introduire des actions de préférence – les « ADP Fondateurs » – conférant collectivement 51 % des droits de vote, quelle que soit la répartition du capital. Une clause d’inaliénabilité des titres est aussi introduite, valable jusqu’à fin 2032.

Le dispositif s’accompagne d’une charte d’engagements, déposée chez huissier en septembre 2024. Dix engagements y figurent, dont celui, stratégique, de ne pas proposer de services d’expertise comptable. Pennylane avait lancé ce service à ses débuts, avant de le céder dès 2021 à un cabinet indépendant. Depuis, la ligne est tenue : ne pas devenir le concurrent de ses propres partenaires.

La charte précise que les clients des cabinets restent leurs clients, juridiquement et commercialement, et qu’il n’y aura pas d’augmentation unilatérale du prix de l’outil de production. Elle garantit également des investissements massifs en innovation et en IA.

Des investisseurs bridés sur la gouvernance

Arthur Waller, cofondateur et président, l’explique dans un entretien à Compta Online : le plus gros actionnaire de Pennylane détient environ 14 % du capital, et les nouveaux entrants de 2026 ne prennent chacun que 2 %. Tous acceptent la charte et la gouvernance verrouillée. Le Monde du Chiffre rapporte que ces contraintes s’appliquent également à la politique tarifaire. Aucun droit de regard sur les hausses de prix. Aucun renversement possible du contrôle fondateur.

Côté produit, Pennylane avance une plateforme tout-en-un. Pour les dirigeants : gestion bancaire, facturation, trésorerie, tableaux de bord, et un Compte Pro maison, avec cartes Mastercard. L’interface permet de programmer jusqu’à 400 factures en un clic et d’aligner flux bancaires et comptabilité. Pour les cabinets : un outil de production et un portail client unifié. Environ 70 % des factures et transactions seraient intégrées automatiquement, 84 % des rapprochements bancaires suggérés par l’IA. Gain de productivité revendiqué : 1 h 12 par dossier, par mois.

Sur la facture électronique, Pennylane a pris position tôt. Elle figure parmi les plateformes agréées (PA) listées par la DGFiP depuis décembre 2025. Transmission des données de TVA, format Factur-X, e-reporting automatisé : le logiciel coche les cases. Et promet la conformité, à défaut d’être seul sur le créneau.

Pennylane insiste sur la souveraineté des données : conformité ISO 27001, traçabilité, portabilité. La société pousse aussi son discours pédagogique : ne pas recourir à une plateforme agréée, rappelle-t-elle, peut entraîner un rejet de TVA déductible. L’entreprise avance une posture de facilitateur réglementaire, tout en répétant que la centralisation des flux ne doit pas affaiblir les cabinets.

Les retours relayés parlent d’un changement de rôle : moins de saisie, plus d’analyse, de conseil, de projection. La plateforme serait l’outil qui permet aux experts-comptables de sortir du « tout production » pour accompagner les entreprises autrement. Pennylane, de son côté, consacre près de 50 % de ses effectifs à la R&D.



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