Menacé par Trump, le Danemark mise encore sur les F-35 et tourne le dos au Rafale

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En 2019, Donald Trump proposait de racheter le Groenland. En 2026, il parle de se l’approprier. Le ton a changé, la méthode aussi. Depuis le mois de janvier, l’ancien président américain – de retour en campagne – affirme que le Groenland est “nécessaire à la sécurité nationale” des États-Unis et que Washington l’obtiendra “d’une manière ou d’une autre”. Le message est explicite. La Maison Blanche envisage désormais ouvertement l’usage de la force militaire pour faire valoir cette ambition.

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Un plan militaire massif dans l’Arctique

Côté danois, la réaction est immédiate. La Première ministre Mette Frederiksen prévient que toute attaque américaine serait un coup porté à l’ordre de sécurité international né après 1945. Mais Copenhague ne se contente pas de mots. Le gouvernement annonce un plan massif de renforcement militaire dans l’Arctique : 90 milliards de couronnes pour structurer une présence armée permanente, doter Nuuk d’un quartier général, acheter navires, drones, radars.

Le problème central, toutefois, reste le même. Le Danemark continue d’acheter des F-35 américains. L’aviation de chasse reste le pivot de la réponse militaire. En octobre 2025, Copenhague valide l’acquisition de seize nouveaux appareils pour 3,88 milliards d’euros. Deux mois plus tard, douze supplémentaires sont commandés, cette fois pour 4,4 milliards de dollars. Au total, la flotte atteindra 43 unités, bien au-delà des 27 avions initialement prévus en 2016.

La défense danoise sous dépendance américaine

Ce choix s’inscrit dans une dépendance structurelle. Le général Michael Hyldgaard rappelle que les F-35 sont déjà au cœur du dispositif militaire danois. Ils assurent la souveraineté aérienne, ils sont opérationnels. Mais cette souveraineté, justement, est sous contrainte. La logistique, les mises à jour logicielles, les données critiques des F-35 passent par les États-Unis. Sans connexion régulière aux serveurs américains, l’avion perd ses capacités. Sans accès aux “Mission Data Files”, il perd son efficacité en combat. La menace ne prend pas la forme d’un bouton rouge, mais celle d’un serveur inaccessible.

Le président de la commission de la Défense du parlement danois, Rasmus Jarlov, l’a reconnu noir sur blanc. En mars 2025, il déclare regretter d’avoir participé à l’achat de ces avions. Il évoque le risque d’un chantage américain : couper les pièces détachées, bloquer l’accès aux mises à jour, désactiver à distance une flotte entière si le Danemark refuse de céder sur le Groenland.

Une alternative jamais entrée en piste

Et pourtant, l’alternative n’a pas été envisagée. Le Rafale, symbole de l’autonomie française en matière d’aviation de chasse, n’était même pas candidat en 2016. Dassault Aviation, persuadé que le processus était verrouillé au profit du F-35, a choisi de ne pas participer. Saab s’est retiré. Boeing a protesté sans succès. La compétition s’est jouée entre appareils occidentaux, mais autour d’un centre de gravité américain. Copenhague a valorisé la durée de vie, les retombées industrielles, l’ancrage dans un programme collectif – celui du F-35, auquel le Danemark est partenaire de longue date.

Une Europe réarmée mais toujours tributaire

Dans cette dépendance, les voix critiques se font entendre au-delà de Copenhague. Michael Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, a résumé l’ironie de la situation : les Danois ne pourraient même pas utiliser leurs F-35 pour défendre le Groenland, s’ils se retrouvaient un jour en opposition à Washington. Il y voit le reflet d’un problème plus large : les achats européens de matériel américain compromettent les efforts d’autonomie stratégique du continent.

Car au même moment, l’Europe tente de bâtir un programme de défense crédible, autour du SCAF, ce chasseur de nouvelle génération porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne, prévu pour 2040. Et elle finance massivement ses armées avec le plan ReArm Europe, devenu Readiness 2030. Le paradoxe est là : alors que les investissements se chiffrent en centaines de milliards d’euros, une part significative retourne aux États-Unis, par choix industriel ou par réflexe stratégique.

Le cas danois concentre ces tensions. Il illustre les limites d’une souveraineté militaire greffée sur des technologies exogènes. L’achat des F-35 a été présenté comme une nécessité opérationnelle. Il devient un point de vulnérabilité politique. Copenhague se prépare à défendre un territoire menacé par Washington, avec des avions conçus, programmés et potentiellement contrôlables depuis Washington. Quant au Rafale, il reste l’option jamais envisagée – ou plutôt, jamais possible.



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