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Chaque mois, le virement arrive. Déduction faite des cotisations sociales et de l’impôt à la source, il reste ce que l’on appelle le salaire net. Mais dans les faits, la partie qui sert à vivre s’évapore assez vite. Et ce sont les statistiques de la consommation des ménages qui permettent d’en prendre la mesure.
Une photographie affinée par l’Insee, à travers la « dépense de consommation finale », notion qui ne retient que ce que les ménages paient directement. Avec un biais utile : l’intégration des loyers dits « imputés », autrement dit une estimation de la valeur d’usage de leur logement pour les propriétaires occupants. Un artifice comptable, mais nécessaire pour comparer les grandes masses.
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Logement : plus d’un quart de votre budget mensuel
Depuis 2024, c’est le logement qui aspire l’essentiel du revenu. Plus d’un quart, précisément 27,8 % de la consommation finale, soit 424,7 milliards d’euros. Dans le détail, ce poste agrège à la fois les loyers — réels (77,0 milliards) ou imputés (220,7 milliards) —, les charges d’énergie (68,5 milliards) et l’entretien des logements (33,3 milliards). À lui seul, le logement concentre ainsi 70 % de dépenses liées à un toit, réel ou estimé, et 16 % d’énergie.
Juste derrière, se nourrir et se déplacer constituent l’autre noyau dur. L’alimentation, avec 187,5 milliards d’euros, pèse 12,3 % des dépenses. Et si l’on ajoute les repas hors domicile — hôtels, cafés et restaurants — (131,1 milliards, soit 8,6 %), c’est un cinquième du budget qui passe dans l’assiette.
En parallèle, les transports absorbent 12,7 %, soit 194,3 milliards d’euros. Et là aussi, les arbitrages sont concrets : 40,7 milliards pour acheter des véhicules, 52,7 milliards pour faire le plein, 36,1 milliards pour payer le train, le bus ou l’avion. Une structure marquée : trois quarts de ces dépenses concernent la voiture (59 % pour carburants et lubrifiants, 21 % pour les achats de véhicules, 19 % pour les services de transport).
Télécoms, équipements : des dépenses incompressibles
Puis viennent les postes moins visibles mais incontournables. Équiper son logement, par exemple, mobilise 57,8 milliards d’euros, soit 3,8 % de la consommation. Les communications — abonnements, téléphones, matériel — pèsent 55,2 milliards, soit 3,6 %. Des montants difficiles à rogner, à court terme. L’Insee les classe dans les dépenses « pré-engagées », ces flux devenus rigides : logement, énergie, télécommunications, assurances, services financiers, cantine scolaire. Et c’est ce qui reste, après, qui définit le « revenu arbitrable », celui sur lequel les ménages peuvent encore agir.
Loisirs, assurances, divers : un budget sous-estimé
Sur ce terrain, les loisirs occupent une place bien réelle. En 2024, 108,2 milliards d’euros sont allés aux jeux, à la culture, aux livres ou à la presse, soit 7,1 % de la dépense de consommation finale. Plus surprenant, ou simplement plus diffus, le bloc « autres biens et services » pèse lourd : 219,6 milliards d’euros, soit 14,4 %. Là se trouvent les assurances (77,4 milliards), les services financiers (47,3 milliards), mais aussi les soins corporels et la protection sociale privée.
Pour toucher du doigt la réalité de ces arbitrages, l’énergie fournit un bon révélateur. Car elle recoupe deux axes : se loger et se déplacer. En 2023, les ménages ont consacré 9,4 % de leur budget à l’énergie, soit quasiment à égalité entre l’habitat (57,8 milliards) et les carburants (57,1 milliards). Cela représente, en moyenne, 1 851 euros pour chauffer, éclairer ou faire tourner les machines à la maison, et 1 827 euros pour faire rouler la voiture.
Au total, le revenu se dissout dans la vie courante. D’abord le logement (27,8 %), puis le trio alimentation (12,3 %), transports (12,7 %), restauration et hébergement (8,6 %), ensuite les loisirs (7,1 %), les communications (3,6 %) et les assurances ou services financiers intégrés au bloc « autres biens et services » (14,4 %). Ligne après ligne, ce qui reste du salaire se rétracte.


