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Il n’y a pas de Smic au Danemark. Et pourtant, les salariés danois ne vivent pas au rabais. En 2026, l’absence de salaire minimum national ne traduit ni un vide juridique, ni un laisser-faire économique. C’est le produit d’un compromis ancien et solide, gravé dans le marbre du dialogue social depuis plus d’un siècle.
Le modèle s’ancre dans le Compromis de Septembre 1899, fondement du système danois de négociation collective. Ici, ce sont les partenaires sociaux qui tiennent la plume : syndicats et employeurs structurent l’ensemble des rémunérations via des conventions collectives sectorielles. Résultat, entre 82 % et 84 % des salariés sont couverts par un accord, avec des taux de syndicalisation à faire pâlir la plupart des autres pays européens : 68 % en 2026.
Les derniers accords OK25, en vigueur pour la période 2025-2027, ont été validés à 82,5 % par les salariés, et à l’unanimité par les employeurs. Ils prévoient des augmentations annuelles de salaires de l’ordre de 1,8 % à 1,9 %.
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Salaires sans Smic, mais pas sans filet
Mais les planchers varient largement d’un secteur à l’autre. Dans l’industrie manufacturière, le minimum horaire atteint 146,90 couronnes (19,10 euros), pour un temps plein de 37 heures hebdomadaires. Ce qui donne un salaire mensuel de 22 600 couronnes (2 938 euros). Les conventions de la banque couvrent une fourchette bien plus large : de 16 980 couronnes (2 207 euros) pour les jeunes de moins de 18 ans à 79 200 couronnes (10 296 euros) pour les postes à haute responsabilité. Les contrats standard débutent à 28 300 couronnes (3 679 euros).
Dans la construction, les minima horaires dépendent des métiers : 169,60 couronnes (22,05 euros) pour un maçon, 151,45 couronnes (19,69 euros) pour un électricien, 149,85 couronnes (19,48 euros) pour un plombier, 146,15 couronnes (18,99 euros) pour un charpentier, 146,40 couronnes (19,03 euros) pour un ouvrier béton. Le salaire médian du secteur culmine à 278,62 couronnes (36,22 euros) de l’heure. En hôtellerie-restauration, les hausses sont plus modestes – +3,75 couronnes (+0,49 euro) en 2025 puis +3,50 couronnes (+0,46 euro) les années suivantes – mais elles s’accompagnent de primes en haute saison et jours fériés. Dans les services non qualifiés, les salaires tournent entre 120 et 135 couronnes (15,60 à 17,55 euros) de l’heure. Globalement, les planchers se situent entre 110 et 130 couronnes (14,30 à 16,90 euros).
Immigration et fiscalité
L’État n’est pas totalement en retrait. Il fixe des seuils pour l’immigration de travail. En 2026, le Pay Limit Scheme impose un minimum de 552 000 couronnes (71 760 euros) par an (46 000 couronnes, soit 5 980 euros par mois), contre 514 000 couronnes (66 820 euros) un an plus tôt. Un autre dispositif plus souple, le Supplementary Pay Limit Scheme, retient un seuil de 446 000 couronnes (57 980 euros). Pour les profils très qualifiés, un régime fiscal allégé existe : un taux de 27 %, assorti de 8 % de contribution au marché du travail, pendant sept ans, à condition de gagner au moins 65 400 couronnes (8 502 euros) par mois à partir de 2026, contre 78 000 couronnes (10 140 euros) en 2025.
La fiscalité danoise évolue elle aussi. Depuis janvier 2026, une réforme introduit une tranche intermédiaire d’imposition à 7,5 % et redessine l’architecture des prélèvements. Quatre tranches désormais, avec des taux effectifs allant de 42 % à 60,5 %. L’impôt de base commence à 12,01 %, la tranche intermédiaire s’applique dès 641 200 couronnes (83 356 euros) de revenus annuels, la tranche supérieure à partir de 777 900 couronnes (101 127 euros), et un impôt « top-top » de 5 % frappe les très hauts revenus au-delà de 2 592 700 couronnes (336 891 euros). L’impôt sur les sociétés reste inchangé à 22 %. La TVA, elle, est uniforme à 25 %.
Pouvoir d’achat élevé, prix élevés aussi
Le niveau de vie suit. Le salaire net moyen atteint 3 645 euros mensuels, soit 50 % de plus qu’en France. Le revenu standardisé est à 49 330 couronnes (6 413 euros) et devrait passer la barre des 50 000 (6 500 euros) l’an prochain. Mais les prix sont à l’avenant : le coût de la vie dépasse de 20 % celui observé en France. Le logement, notamment à Copenhague, pèse lourd : un trois-pièces peut s’y louer près de 2 980 euros, un studio dépasse parfois les 1 009 euros. Le mètre carré au centre de la capitale flirte avec les 8 238 euros.
L’alimentation est elle aussi plus chère – de 18 % par rapport à la France. Le ticket d’un déjeuner en restaurant tourne autour de 21 euros, un dîner à trois plats grimpe à 47 euros, et même un menu McDo dépasse les 12,70 euros. Le transport public, élément structurant du budget urbain, coûte en moyenne 81 euros par mois, 94 euros à Copenhague.
Un billet simple pour deux zones coûte 24 couronnes (3,12 euros), tandis qu’un City Pass 24h couvrant les zones 1 à 4 oscille entre 80 et 90 couronnes (10,40 à 11,70 euros). L’essence est affichée à 1,90 euro le litre.
Inflation maîtrisée, emploi plein, équilibre recherché
L’inflation reste contenue, autour de 1,1 % prévue pour 2026 après 1,9 % en décembre 2025. La croissance ralentit légèrement à 2,0 % – 2,2 %, après 2,6 % l’an dernier. Le chômage reste bas à 2,6 %, le taux de participation à la main-d’œuvre atteint 73,6 %, avec une couverture chômage volontaire pouvant compenser jusqu’à 90 % du revenu de référence dans la limite de 4 550 couronnes (591,50 euros) hebdomadaires, soit environ 20 359 couronnes (2 646 euros) par mois, pendant deux ans – voire trois selon certaines conditions.
La qualité de vie reste élevée. Deuxième en Europe en 2026, derrière les Pays-Bas. Copenhague est en tête du Happy City Index avec 1 039 points. La journée de travail dure en moyenne 7 heures 44 minutes. Les bureaux ferment à 17 heures. Et la semaine standard reste à 37 heures.
Sur le front européen, le Danemark a vu la Cour de justice de l’UE valider en grande partie la directive sur les salaires minimaux adéquats en novembre 2025, tout en annulant deux articles jugés excessifs. Le pays reste libre de ne pas instaurer de salaire minimum légal, sa couverture collective au-dessus des 80 % le mettant de fait à l’abri de toute obligation supplémentaire.


