Le roi du Maroc investit dans le luxe

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Le Maroc poursuit sa stratégie touristique en misant sur le segment le plus rentable : l’hôtellerie de luxe. Dernière opération en date : l’intégration de l’hôtel Continental de Tanger au sein du portefeuille Royal Mansour, la marque cinq étoiles du roi Mohammed VI. Une reprise stratégique, à l’approche du Mondial 2030 que le royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.

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Construit en 1870, perché au-dessus du port, à la frontière de la médina, le Continental a longtemps incarné un Tanger cosmopolite, avant de s’enfoncer dans le déclin. Le bâtiment, emblématique de l’époque internationale de la ville, devrait renaître sous pavillon Royal Mansour. Plafonds stucés, lampes de cristal, azulejos d’époque : le décor a tout du futur palace, selon les codes de la chaîne, déjà présente à Marrakech, Casablanca et bientôt Rabat.

Derrière cette acquisition, on retrouve le holding royal Al Mada, ainsi que la structure Siger, tous deux liés au monarque. Le Desk avance un prix de cession supérieur à 10 millions de dirhams, avec reprise des dettes du propriétaire précédent. L’opération comprend aussi une série d’expropriations autour de la médina – 11 immeubles pour plus de 57 millions de dirhams – afin d’élargir le périmètre du projet.

Tanger, nouveau laboratoire du tourisme royal

L’enjeu dépasse la simple réhabilitation d’un établissement en ruine. Tanger est redevenue un axe stratégique du tourisme marocain. Longtemps délaissée sous Hassan II, la ville connaît depuis le début des années 2000 une intense transformation : rénovation du front de mer, modernisation des infrastructures, réhabilitation du centre historique. Le Continental rénové est appelé à devenir la vitrine d’un Tanger nouvelle version, pour les voyageurs arrivant par ferry depuis le sud de l’Espagne.

Le signal envoyé est clair : le Maroc parie sur le haut de gamme pour capter une part plus large du marché mondial. En 2025, le pays a frôlé les 20 millions de visiteurs, un record. Le secteur pèse désormais 7,3% du PIB, avec 11,5 milliards d’euros de revenus. L’objectif fixé pour 2030 : 26 millions de touristes, avec une capacité d’accueil portée à 500.000 lits. En 2025, 43.000 nouveaux lits ont été créés, portant l’offre totale à plus de 300.000. L’offre quatre et cinq étoiles représente déjà plus de 50% des capacités, et les autorités comptent renforcer ce ratio.

Des investissements familiaux, des ambitions croisées

La montée en puissance ne se limite pas au roi. La princesse Lalla Asma, sœur de Mohammed VI, développe de son côté un réseau hôtelier plus discret mais actif : Mia Hotels. Après avoir repris plusieurs établissements ex-Accor, elle impose sa marque à Fès, Agadir, Tanger, et bientôt à Rabat, avec une nouvelle tour en construction surplombant la médina.

Le Mondial 2030 agit comme un accélérateur. Le rapport de la Confédération nationale du tourisme, cité par Medias 24, évoque jusqu’à 30 millions d’arrivées potentielles. Pour y parvenir, il faudra doubler l’offre de sièges aériens, diversifier les circuits et pousser des segments aujourd’hui marginaux : tourisme sportif, affaires, désert, nature. Mais pour convaincre, il faudra d’abord loger. D’où l’importance stratégique du haut de gamme – et du Continental, version royale.



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