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C’est à Madrid, devant un parterre d’investisseurs internationaux, que Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol, a levé le voile sur le Fondo España Crece, nouveau levier d’investissement présenté comme le successeur domestique du plan NextGenerationEU. L’annonce a eu lieu lors de la clôture du forum Spain Investors Day, dans un contexte de croissance économique maintenue : +2,9 % en 2025, et une prévision de +2,2 % pour 2026 selon les chiffres mis en avant par l’exécutif.
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L’instrument prend la forme d’un fonds souverain doté de 10,5 milliards d’euros issus du Plan de relance européen. Il s’agit de crédits déjà alloués à l’Espagne mais difficilement mobilisables dans les délais du programme européen. En les réaffectant à un fonds national, Madrid cherche à éviter de laisser ces ressources en jachère. L’opération passe par une injection en capital dans l’Institut de crédit officiel (ICO), bras financier de l’État, qui en assurera la gestion.
Objectif affiché : mobiliser 120 milliards au total
Le mécanisme repose sur un effet de levier : les 10,5 milliards d’euros doivent servir à attirer jusqu’à 120 milliards d’euros d’investissement combiné, en misant sur la dette privée et l’appel à des partenaires financiers, nationaux comme internationaux. Un ratio de mobilisation ambitieux, que le gouvernement présente comme réaliste en s’appuyant sur la capacité de l’ICO à structurer des financements mixtes.
L’ICO ne se contente pas ici d’un rôle d’agent technique. Il devient l’opérateur central d’un dispositif pensé pour durer, au-delà du calendrier européen. L’enveloppe sera utilisée pour financer, avec des partenaires privés, des projets jugés stratégiques via prêts, garanties ou prises de participation. Le spectre sectoriel est large : logement, énergie, IA, réindustrialisation, économie circulaire, infrastructures, eau, assainissement, sécurité. La santé est parfois évoquée, mais pas officiellement listée par les autorités.
Un instrument hybride entre finance publique et ambition souveraine
Pedro Sánchez insiste sur la dimension souveraine du projet. Après la souveraineté européenne incarnée par NextGenerationEU, il parle désormais de souveraineté nationale, avec un outil d’ancrage pour les transitions engagées – énergétique, numérique, industrielle. Le ministre de l’Économie Carlos Cuerpo détaille un schéma qui renforce le bilan de l’ICO et doit lui permettre de mobiliser jusqu’à 60 milliards d’euros de financements directs.
Le qualificatif de « fonds souverain » est revendiqué mais discuté. À la différence des véhicules traditionnels reposant sur des excédents ou des revenus de matières premières, España Crece est adossé à des prêts européens, avec une logique de cofinancement. Cinco Días évoque un « fonds souverain atypique », entièrement greffé à l’ICO et conçu pour prolonger l’effet relance du plan européen, sans être juridiquement ou financièrement autonome.
Les modalités précises de gouvernance et les critères d’éligibilité doivent être précisés lors d’un événement prévu dans les jours suivant l’annonce.


