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C’est un duel stratégique. Deux chasseurs embarqués, deux logiques industrielles, deux doctrines navales. D’un côté, le Rafale Marine, symbole de l’autonomie stratégique française. De l’autre, le Super Hornet, pilier éprouvé de l’US Navy. Même segment, visions opposées.
Deux appareils, deux philosophies
Le Rafale M a été pensé pour un seul porte-avions : le Charles de Gaulle. Cela se reflète dans son format compact et sa masse à vide contenue : 10 196 kg, contre 14 552 kg pour le Super Hornet. Même contraste au décollage : 24,5 tonnes pour le français, près de 30 pour l’américain. À l’appontage, le Rafale encaisse 13,5 à 15 tonnes en 70 mètres, freiné par des brins d’arrêt baptisés de noms de déesses grecques. En tout, 90 mètres de piste, 4 g de décélération en 1,5 seconde. Pas plus.
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Les deux sont bi-réacteurs : M88-2 de Safran (75 kN avec postcombustion) pour le Rafale, F414-GE-400 (98 kN) pour le Super Hornet. L’américain conserve un léger avantage en poussée/poids (9:1 contre 8,5:1). Il est aussi plus rapide : Mach 1,8+ contre Mach 1,6. Rayon d’action ? Net avantage US : 2 346 km contre 1 852 km pour le Rafale. Mais ce dernier grimpe plus vite : 60 000 pieds/minute contre 45 000 — un atout en interception.
Armements : philosophies d’engagement
Côté armement, les deux chasseurs illustrent deux approches distinctes. Le Rafale aligne 13 points d’emport, pour 9,5 tonnes de charges. Le Super Hornet en a 11, mais peut emporter jusqu’à 10 missiles AIM-120 AMRAAM. En configuration standard : cinq AMRAAM et des Sidewinder. Le Rafale mise sur les MICA EM/IR et surtout le Meteor, capable d’atteindre des cibles à plus de 100 km, avec une zone de non-évasion étendue.
En mission air-sol, le Rafale déploie le missile de croisière SCALP (400 km) et jusqu’à six AASM Hammer en tir simultané. Le Super Hornet réplique avec l’AIM-120D (160 à 185 km) et l’AIM-174B (SM-6 aérolancé), lui aussi capable de frapper à 400 km.
Capteurs et guerre électronique : intégration vs modularité
Depuis 2013, le Rafale embarque un radar RBE2 AESA, à antenne active, avec plus de 150 km de portée. Une version XG au nitrure de gallium est en développement. En face, le Super Hornet s’appuie sur l’APG-79, premier radar AESA au GaN, mais critiqué pour sa fiabilité.
La guerre électronique illustre une autre divergence : le Rafale intègre entièrement le système SPECTRA (détection IR, RF, laser, brouillage, leurres) dans la cellule, créant une image tactique unifiée. Le Super Hornet opte pour une approche modulaire : ALQ-214, ALR-67(V)3 et intégration via des systèmes tiers comme le Link 16.
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Discrétion radar et manœuvrabilité
Aucun des deux appareils n’est furtif, mais chacun soigne sa signature. Le Rafale combine entrées d’air en S, matériaux absorbants, OSF rétractable : sa surface équivalente radar (RCS) serait comprise entre 0,01 et 0,1 m². Le Super Hornet Block III progresse avec des revêtements RAM, gagnant 10 % par rapport au Block II, mais le projet de réduction de -50 % lancé en 2013 a été abandonné.
Maniabilité ? Le Rafale tire parti de sa configuration delta-canard et de ses commandes de vol électriques. Il atteint un roulis de 270°/s et un angle d’attaque maximal de 29,9°. Le Super Hornet, plus massif, compense par une excellente capacité à pointer rapidement le nez en combat rapproché, au prix d’une perte d’énergie. Une tactique dite “drag and bag”, là où le Rafale privilégie la montée rapide et l’agilité.
Opérations embarquées : logiques navales
Le Charles de Gaulle utilise deux catapultes vapeur de 75 mètres, à cadence de 30 secondes. Pas de catapultage et appontage simultanés. Le groupe embarqué compte 24 Rafale, extensible à 30. Le Rafale peut apponter armé, sans larguer sa charge. Fait rare, il est certifié sur porte-avions américains. Il a opéré en 2022 depuis l’USS Truman et le Cavour italien.
En face, les porte-avions de classe Nimitz ou Ford embarquent des dizaines de Super Hornet. Trois pertes notables lors de la campagne 2024–2025 en mer Rouge : un tir ami, une manœuvre d’évitement échouée, une rupture de câble d’arrêt.
Le Rafale a combattu depuis 2006, de la Libye au Sahel. Il peut ouvrir un théâtre (“Day One”) en autonomie. Sa disponibilité en déploiement naval atteint 94 %, mais tombait à 48,5 % en 2015 dans l’Armée de l’air. Le Super Hornet, engagé depuis 1999 au Moyen-Orient, affiche une disponibilité moyenne de 80 %.
Modernisation et futur
Le Rafale évolue par standards. Le F3-R a été validé en 2021, le F4 en 2023 avec une connectivité renforcée. Le F5 est attendu à l’horizon 2030, intégrant le radar RBE2-XG et préparant l’arrivée du SCAF. La production s’accélère : 21 livrés en 2024, 26 en 2025, avec 220 exemplaires en carnet.
Le Super Hornet se dirige vers le Block III : nouveau cockpit, architecture réseau, durabilité portée à 10 000 heures. Dernière commande en 2024 (17 appareils), arrêt de production prévu en 2027. Son successeur, le F/A-XX, est annoncé pour 2040.
Coûts et export : l’effet doctrine
Le Rafale reste cher : 217 millions l’unité dans le contrat indien de 2016, 288 millions en 2025 pour 26 Rafale Marine. Coût à l’heure de vol : entre 16 000 et 19 000 euros. 30 à 32 heures de maintenance au sol par heure de vol.
Le Super Hornet est plus abordable : 65 millions l’unité pour les derniers Block III, 18 000 dollars de l’heure de vol.
Depuis 2015, le Rafale a séduit neuf pays : Égypte, Inde, Qatar, Grèce, Croatie, EAU, Indonésie, Serbie, Ukraine. Une commande de 114 Rafale supplémentaires est en discussion avec l’Inde. Le Super Hornet reste limité à deux clients : Australie et Koweït, conséquence directe de la doctrine américaine de contrôle des exportations.
Perspectives navales
La France vise 178 Rafale en 2030, 225 en 2035, avec une cible potentielle de 286 appareils. En 2025, Emmanuel Macron annonce une commande de 40 Rafale supplémentaires pour équiper deux escadrons nucléaires dotés de l’ASN-4G. Le Charles de Gaulle est modernisé ; le futur PANG, doté de catapultes électromagnétiques, ambitionne de doubler les cadences de sorties.
Aux États-Unis, la Navy modernise ses Super Hornet vers le Block III et prolonge leur durée de vie jusqu’en 2040. Mais l’arrêt de production en 2027 et les pertes récentes posent la question de leur résilience à long terme.


