Avec Blood’Up, la start-up Arterya veut révolutionner la ponction artérielle

Blood’Up est un dispositif innovant développé par Arterya pour fiabiliser la ponction artérielle grâce à un faisceau laser.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Lucile Derly et Nicodème Pellier transforment rapidement un problème de terrain en aventure entrepreneuriale. En novembre 2019, alors en alternance chez Sanofi, Lucile Derly décroche le concours Altern’Up et sa dotation de 10 000 euros. L’étincelle vient d’une discussion avec Nicodème Pellier, interne en médecine. Tous deux évoquent les difficultés rencontrées lors des gazométries artérielles, ces ponctions pratiquées au poignet pour mesurer les taux d’oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang.

A LIRE AUSSI
Santé : ces traitements qui coûtent plus de 100 000 euros par an

Une étude de marché menée auprès de 150 soignants confirme l’intuition : 82 % jugent le geste complexe, 77 % peinent à localiser l’artère, et 90 % accueilleraient favorablement un outil pour faciliter l’acte. Le signal est clair. Arterya voit officiellement le jour en août 2020. La startup s’installe à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen. Elle se positionne sur un créneau étroit mais ciblé : la détection artérielle.

Un dispositif calibré pour l’hôpital

Le produit s’appelle Blood’Up. Objectif : fiabiliser et simplifier les ponctions artérielles, un acte réalisé toutes les trois secondes en France. Le dispositif, classé en catégorie IIA, s’appuie sur des capteurs piézoélectriques pour capter les caractéristiques de l’artère radiale : rythme, bruit, température. Ces données sont traitées par un algorithme qui guide un faisceau laser indiquant précisément l’emplacement de l’artère sur la peau. Le but : faire baisser un taux d’échec qui atteint 30 % dans les détections manuelles.

Pendant les confinements de 2020, Lucile Derly se consacre à temps plein au projet. Elle intègre Normandie Incubation, qui accompagne la structuration juridique et économique de la startup. Arterya compte aujourd’hui dix salariés, avec une moyenne d’âge de 25 ans. À 31 ans, la fondatrice dirige l’entreprise après un parcours d’ingénieure à Polytech Paris Sorbonne, un passage chez Siemens et une alternance chez Sanofi. Elle visait initialement le cockpit d’un avion. Des problèmes de vue l’en écartent, elle bascule vers la médecine.

Financement : le choix du multiple

Le développement de Blood’Up repose sur 2,5 millions d’euros levés via plusieurs canaux : love money, Initiative Calvados, Bpifrance, business angels, et une campagne de crowdfunding. Particularité notable : 80 % des investisseurs privés sont des femmes, notamment via le réseau Femmes Business Angels. Une nouvelle levée de 2 millions est lancée en 2025 pour accompagner l’industrialisation et accélérer l’entrée sur le marché.

Arterya enchaîne les distinctions. Prix Pépite, prix Coup de Cœur de La Fabrique Aviva, sélection dans le palmarès « 100 startups où investir » de Challenges. En 2023, Forbes classe Lucile Derly dans son « 30 Under 30 Europe » dans la catégorie Science & Healthcare. En 2024, Arterya décroche le statut de Jeune Entreprise Innovante de Rupture (JEIR) et devient lauréate de Réseau Entreprendre Normandie Ouest. Côté salon, la startup expose au CES de Las Vegas en janvier 2023. En janvier 2026, elle entre dans l’arène médiatique de M6 avec une participation à « Qui veut être mon associé ? », pour faire connaître Blood’Up et rechercher des partenaires stratégiques.

Validation clinique et stratégie industrielle

Premiers tests cliniques à l’été 2022 sur 35 patients dans cinq hôpitaux. Retours positifs des soignants. En 2025, une étude plus poussée est menée sur 73 patients avec le CHU de Caen. La certification CE se prépare avec un audit ISO 13485. Arterya s’appuie sur un tissu local solide pour produire. Selha Group, basé au Tréport, prend en charge l’électronique. L’ESIGELEC et son laboratoire IRSEEM assurent le lien recherche. En 2024, le consortium formé avec ces partenaires remporte l’appel à projets i-Démo régionalisé, dans le cadre de France 2030. Montant : 2,4 millions d’euros, subventionnés par la Région Normandie. Le projet porte un nom : AEGIS.

Commercialisation prévue en 2026 sur le marché français, d’abord auprès des hôpitaux et cliniques. L’Europe suivra en 2027, les États-Unis en 2028. Objectif chiffré : 1 million d’euros de chiffre d’affaires après deux ans de ventes. Pour la première année, Arterya vise 609 000 euros avec 670 dispositifs vendus dans 150 établissements. Le marché français est estimé à 1 250 établissements pour un potentiel de 14 millions d’euros sur trois ans. Arterya affirme être la première en Europe à proposer un tel dispositif sur ce segment.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire