L’Île-de-France, fabrique mondiale de footballeurs

La région Île‑de‑France est devenu le premier bassin mondial de footballeurs, devant São Paulo et d’autres régions historiques.

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La carte est claire, les chiffres s’alignent, les témoignages affluent. L’Île-de-France ne prétend plus être un vivier de footballeurs professionnels, elle l’est. En volume, en représentativité dans les grandes compétitions, en présence dans les clubs, la région écrase la concurrence. Plusieurs études françaises et étrangères la désignent comme la première zone productrice de joueurs professionnels dans le monde, devant São Paulo. Le journaliste Lucas Duvernet-Coppola parle de « basculement ». Il est acté.

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Le premier moteur est démographique. L’Insee recense 12,45 millions d’habitants en Île-de-France au 1ᵉʳ janvier 2025, soit 18 % de la population française. La région a gagné 250 000 habitants entre 2015 et 2021. Plus d’habitants, plus de jeunes, donc plus de pratiquants. Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne concentrent la dynamique, et ce sont aussi les territoires les plus pourvoyeurs de talents.

Une pratique de masse sans équivalent

Le système repose sur une pratique de masse. La Ligue de Paris Île-de-France (LPIFF) a franchi les 300 000 licenciés en 2022-2023, contre 231 179 en 2013. Elle en comptait 327 712 au 30 avril 2024. C’est 13,7 % de tous les licenciés FFF. Environ 1 100 clubs sont répartis sur le territoire, générant une densité de compétition que peu de régions européennes peuvent égaler. Le terrain est vivant, concurrentiel, formateur.

Les chiffres du haut niveau traduisent cette puissance. Déjà en 2016, le CIES signalait que près de 30 % des footballeurs français à l’étranger venaient d’Île-de-France. En 2019-2020, France Football en comptait 150 dans les cinq grands championnats européens. Le Figaro évoque 159. En 2024, Duvernet-Coppola avance le chiffre de 10 % des pros des grands championnats européens issus d’Île-de-France. São Paulo n’est plus devant.

Des Bleus aux stars africaines : une empreinte globale

À la Coupe du monde 2018, 8 champions du monde français étaient nés dans la région. À l’Euro 2024 en Allemagne, 13 des 25 Bleus sélectionnés sont passés par la LPIFF. La même proportion que celle citée par Sky Sports. La Coupe du monde 2022 confirme : 29 joueurs nés en Île-de-France (Onze Mondial), voire 30 selon la BBC, soit plus que l’Ontario (15), Hovedstaden (14) ou Buenos Aires (13). Aucune autre région n’a envoyé autant de joueurs.

Sur le continent africain, le constat est identique. Foot Mercato recense 45 joueurs nés en Île-de-France parmi les 658 convoqués à la CAN 2025. La LPIFF, de son côté, compte 44 joueurs nés en Île-de-France à la CAN 2026, 45 y ayant été formés, et 68 clubs représentés. Le contraste est fort : plus de joueurs que Bamako (17), Abidjan (16), ou même PACA (18).

Dans les clubs aussi, la tendance est nette. En Ligue des champions 2023-2024, Sky Sports dénombre 33 joueurs originaires d’Île-de-France, presque le double de la Catalogne, deuxième. En 2019, Le Quotidien du Sport comptabilisait 158 joueurs franciliens dans les cinq grands championnats, déjà devant les grands bassins sud-américains. Dans les sélections jeunes françaises, 97 joueurs franciliens sont alignés des U16 aux U23, et 9 nommés au Golden Boy.

Un terreau social et urbain très fertile

Les causes sont identifiées. Un bassin dense, issu de l’immigration récente, très consommateur de football. Le sociologue Loïc Ravenel insiste sur la surreprésentation des enfants de l’immigration dans l’accès au professionnalisme. Le football est ancré dans les pratiques quotidiennes, notamment en banlieue, où les « city stades » construits depuis le plan J-sports de 1991 ont remplacé les terrains vagues. En Île-de-France, 1 200 clubs pour 1 268 communes à la fin des années 1990. Tarifs accessibles, football omniprésent.

Les recruteurs professionnels décrivent une sélection par la dureté. Des matches de jeunes en banlieue décrits comme des « combats ». Ceux qui sortent de là sont solides. Foot Unis souligne que dans ces territoires marqués par la précarité, le football est l’un des rares moyens d’ascension sociale. La Seine-Saint-Denis concentre à la fois pauvreté et footballeurs pros. Le lien est direct.

Formation, professionnalisation et marché globalisé

Les structures ont suivi. L’INF Clairefontaine a été installé en 1988, pour canaliser ce vivier. Des stars comme Henry ou Anelka en sont issues. Les clubs amateurs se sont professionnalisés. Les éducateurs sont formés et payés. La LPIFF note une augmentation constante des effectifs futsal, des éducateurs et des animateurs. L’écosystème est en place.

Enfin, le marché mondial a tout amplifié. L’arrêt Bosman en 1995 a libéré la circulation. Les grands clubs ont ciblé les zones à fort rendement. L’Île-de-France coche toutes les cases : densité, qualité, compétitivité. Les clubs étrangers ont installé leurs recruteurs sur place. Rennes, par exemple, avait découpé la région en secteurs avec des scouts à plein temps. La LPIFF indique que tous les grands clubs français et plusieurs européens sont actifs sur ses terrains.

En chiffres, en flux, en trajectoires, la région a pris la main. À Clairefontaine, Jean-Claude Lafargue parle d’un « bassin de joueurs énorme ». Le directeur sportif de l’AS Bondy rappelle que certains jeunes s’entraînent 3 heures par jour après l’école. Le ballon est roi. Et la machine tourne.



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