Hemotion réinvente le kit de premiers secours

La start-up Hemotion mise sur l’innovation pour démocratiser les soins d’urgence et répondre à un enjeu de santé publique.

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Il fallait oser. Hemotion, petite startup nichée à Saint-Jean-de-Fos en Occitanie, bouscule un secteur figé. L’idée est limpide : glisser les gestes qui sauvent dans un sac de sport. Plus question de réserver les garrots et pansements compressifs aux vitrines poussiéreuses des pharmacies ou aux valises standardisées de la Croix-Rouge.

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À l’origine du projet, un ex-Commando Marine. Tony Busch a passé dix ans dans les forces spéciales. Il dit avoir été « bête et impuissant » lors des attentats de Paris et Nice, entre 2015 et 2016. Frustré, il veut agir autrement. Il ne s’agit plus de former des pros du terrain, mais de mettre un garrot dans les mains du joggeur du dimanche. Il veut désacraliser le secourisme, trop souvent vu comme austère, technique, ou anxiogène. Il veut que ce soit simple, visible, immédiat.

Le nom de la marque condense cette ambition : « Hémotion », contraction d’hémorragie – l’urgence absolue – et d’émotion – le déclencheur humain. Le logo en forme de cœur tranche avec les habituelles croix rouges. L’image se veut claire : le secours n’est plus un domaine réservé, c’est un geste du quotidien.

Des kits de secours conçus pour le terrain

Le pari industriel se matérialise avec des kits prêts à l’emploi. Le plus complet, dédié aux sports extrêmes, est vendu 59 euros. Il contient garrot tourniquet, pansement compressif, gants, couverture. Rien d’exotique, mais du matériel fiable, validé. À cela s’ajoute une couche numérique : QR codes et puce NFC donnent accès à des vidéos explicatives d’une à deux minutes. Objectif : que n’importe qui puisse intervenir, même sans formation.

Mais c’est la « canette de soins » qui attire l’œil. Vendue 14,90 euros, elle reprend les codes visuels des boissons énergétiques. À l’intérieur : pansements, désinfectants. L’objet amuse, détonne, interpelle. « Si Red Bull donne des ailes, nous voulons les protéger », résume Tony Busch. La gamme s’élargit : kits surf, trail, skateboard, moto, jet ski, basket, et même un sac d’urgence pour les situations critiques.

Former vite, former juste, former massivement

Hemotion ne s’arrête pas aux produits. La startup vend aussi des formations en ligne : 100 minutes, 89,90 euros. Le contenu est modulé selon les sports : entorses, fractures, hémorragies, malaises. Les publics visés sont variés : clubs, universités, staffs pros, étudiants en STAPS. La logique est claire : adapter les gestes à la pratique, et non l’inverse.

L’année 2024 marque une accélération. Chiffre d’affaires multiplié par trois. Un Responsable Production et Industrialisation, Lucas, est recruté. Les partenariats s’enchaînent : CROUS, ligues universitaires, Ministère des Sports. Le kit arrive dans les rayons du MAIF Social Club, s’invite dans les skateparks avec Riding Zone, s’adapte au vélo chez VALECO. Des athlètes deviennent visages de la marque : Stéphane Tourreau (apnée), Yoann Leroux (Parkour), Mickaël Mawem (escalade).

L’assemblage des produits est confié à un ESAT en Occitanie. La promesse sociale rejoint la promesse sanitaire.

Un contexte national et mondial très porteur

Le tout s’inscrit dans un contexte chiffré : en France, 30 % de la population a suivi une formation aux gestes de secours, contre 80 % en Allemagne ou Norvège. En entreprise, seuls 7 à 10 % des salariés sont formés. Le gouvernement vise 80 % de la population, soit 3,45 millions de personnes à former chaque année. Une proposition de loi déposée en avril 2025 entend généraliser ces formations, via le CPF.

Le marché, lui, décolle. 656,9 millions de dollars en 2024 pour les kits de premiers secours, 704,95 millions attendus en 2025, 1,2386 milliard d’ici 2033. Croissance annuelle : 7,3 %. Hemotion entend bien s’y faire une place. Dès 2022, Tony Busch visait les rayons des enseignes sportives. L’incubateur AD’OCC Sport était dans le viseur.



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