Afficher le sommaire Masquer le sommaire
En 2026, le métier de négociateur immobilier ne répond à aucune norme salariale. Entre statut salarié et mandat indépendant, les parcours diffèrent, les incertitudes demeurent, et les écarts de rémunération s’envolent selon l’expérience, le territoire et le volume de ventes.
D’un côté, le négociateur salarié, souvent VRP, encadré par une convention collective, avec un minimum brut mensuel de 1 500 euros depuis mars 2025. De l’autre, le mandataire immobilier, sans lien de subordination, rémunéré uniquement à la commission. Dans les deux cas, la performance commerciale reste le principal moteur des revenus. Un moteur qui cale souvent au démarrage et peut s’emballer avec l’expérience.
A LIRE AUSSI
Combien gagne un comptable en 2026 ?
Salarié : des revenus encadrés mais évolutifs
Pour les salariés, la progression est lente mais réelle. Un débutant gagne entre 20 000 et 25 000 euros bruts annuels. Soit l’équivalent d’un SMIC renforcé par des commissions représentant entre 20 % et 50 % des honoraires d’agence. Avec deux à cinq ans d’expérience, la fourchette monte à 2 000 – 3 500 euros bruts mensuels, et jusqu’à 5 000 euros pour les profils performants. À dix ans, certains plafonnent autour de 4 500 euros, mais les meilleurs peuvent dépasser les 4 300 euros mensuels.
Le salaire moyen en 2025, selon l’Ifocop, s’établit à 47 500 euros bruts annuels. La Fédération des Centres de Gestion Agréés parle de 4 263 euros bruts mensuels, commissions incluses. Mais ces moyennes cachent des écarts massifs. En Île-de-France, Indeed annonce 80 577 euros bruts annuels, contre 46 720 euros sur l’ensemble du territoire. L’INSEE, plus prudent, situe le salaire net moyen du secteur à 2 730 euros mensuels.
Mandataire : plus de risques, plus de potentiel
Côté indépendants, les chiffres se fabriquent à la commission. Et la mécanique de rétrocession varie fortement : entre 70 % et 99 % des honoraires d’agence. Chez Capifrance, la rétrocession grimpe à 100 % au-delà de 200 000 euros de chiffre d’affaires. Chez SAFTI, elle s’étale de 70 % à 99 %, selon le volume d’activité.
La première année reste souvent celle du test. Entre 8 000 et 20 000 euros nets annuels, avec trois à cinq ventes. Les plus chanceux touchent 3 000 euros bruts mensuels, les autres rien du tout. La deuxième année permet de respirer : jusqu’à 35 000 euros nets annuels si l’activité est lancée. À partir de la troisième année, les revenus moyens atteignent 25 000 à 50 000 euros nets, soit 2 500 à 4 000 euros par mois. Les profils confirmés, entre six et dix ventes par an, génèrent 30 000 à 70 000 euros de chiffre d’affaires. Après charges, cela revient à 2 300 – 4 500 euros nets mensuels. Les meilleurs passent la barre des 10 000 euros.
Mais ils sont rares. Seulement 3 % des mandataires dépassent les 150 000 euros annuels. La médiane se fixe à 32 000 euros bruts, loin de la moyenne (45 000 euros). Le revenu net après deux ans d’activité à temps plein se stabilise entre 2 500 et 3 000 euros mensuels.
Ce qu’il reste une fois les charges et impôts déduits
Le chiffre d’affaires n’est pas le revenu. Pour 70 000 euros de chiffre d’affaires, un auto-entrepreneur règle 24,6 % en cotisations en 2025, soit 17 220 euros. En juillet 2026, ce taux passera à 26,1 %. S’ajoutent 10 000 euros de charges (déplacements, assurances, communication). Résultat : 42 780 euros avant impôt. Une fois l’impôt (15 %), le revenu net tombe à 36 280 euros, soit 3 023 euros mensuels. Seule la moitié du chiffre d’affaires finit vraiment dans la poche.
Le régime micro-entreprise, majoritaire, impose des plafonds. À 77 700 euros de chiffre d’affaires, il faut changer de régime. La franchise de TVA, elle, reste fixée à 36 800 euros, en attendant une hypothétique réforme suspendue en 2025. En micro, l’abattement forfaitaire de 34 % s’applique pour l’impôt. Les charges fixes (RSAC, assurance RC pro, CFE) restent obligatoires, même pour ceux qui travaillent de chez eux.
Cadence de vente et marché : les vrais arbitres des revenus
Les frais d’agence tournent autour de 4,87 % du prix de vente, avec des pics à 8 – 10 % dans les grandes métropoles. Sur une transaction moyenne à 10 000 euros de commission, un mandataire à 70 % de rétrocession empoche 7 000 euros. Avec six ventes par an, cela fait 42 000 euros de chiffre d’affaires, 27 000 euros nets après charges et impôts, soit 2 250 euros mensuels. Pas de quoi s’enflammer.
Le rythme de ventes reste faible : 5 par an en moyenne, selon le CNACIM. Dans les agences, on tourne à 20 ventes pour 4 collaborateurs. Chez IAD, 13 000 agents réalisent 50 000 ventes, soit à peine 4 par tête. Les meilleurs dépassent 6 ventes annuelles, rarement plus.
Après la glaciation de 2023-2024, le marché respire. 921 000 ventes sur douze mois fin septembre 2025 (+11 %), selon l’INSEE. Pour 2026, les prévisions oscillent entre 825 000 et 960 000 transactions. Le scénario médian ? 940 000 ventes, loin du pic de 1,2 million en 2021. Les taux de crédit se sont stabilisés autour de 3 % à 3,25 %. Les prix, eux, repartent doucement à la hausse : +1 % à +3 % annoncés. Mais les marges de négociation restent larges, à 9,3 % en moyenne.
Le secteur reste tendu : 45 000 mandataires actifs, une concurrence féroce, un revenu toujours conditionné à la capacité de vendre. Le salariat protège mieux mais rémunère moins. L’indépendance fait rêver, mais coûte cher à ceux qui peinent à transformer.


