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Le tourisme social représente un pan méconnu mais essentiel de l’économie des vacances en France. Parmi ses dispositifs phares, VACAF permet chaque année à des centaines de milliers de familles d’envoyer leurs enfants en colonie de vacances. Un système unique qui mérite qu’on s’y attarde.
Un dispositif né d’une volonté politique forte
L’accès aux vacances reste, encore aujourd’hui, l’un des marqueurs les plus persistants des inégalités sociales en France. Selon les données de l’Observatoire des Inégalités, une part significative des enfants issus de foyers modestes ne part jamais en vacances. C’est pour répondre à cette fracture que le dispositif VACAF a été structuré.
VACAF, contraction de « Vacances » et « CAF », est un service mutualisé géré par les Caisses d’Allocations Familiales. Son principe repose sur le tiers-payant : plutôt que de verser une allocation sur le compte bancaire des familles, l’aide est directement déduite du prix du séjour. Les familles ne paient que le reste à charge, sans avancer la totalité de la somme.
Cette mécanique répond à un constat simple : pour un foyer au budget contraint, avancer 700 ou 800 euros pour être remboursé trois mois plus tard est souvent impossible. Le tiers-payant lève ce frein.
Deux dispositifs distincts : AVE et AVF
Le système VACAF se décline en deux volets bien différents.
L’AVE (Aide aux Vacances Enfants) finance les séjours où l’enfant part seul, sans ses parents. C’est le dispositif qui concerne les colonies de vacances, les camps d’adolescents ou encore les séjours linguistiques. L’objectif affiché est de favoriser l’autonomie des jeunes et l’apprentissage de la vie en collectivité.
L’AVF (Aide aux Vacances Familles) concerne quant à elle les départs groupés, quand au moins un parent accompagne les enfants. Elle s’applique aux séjours en camping, villages vacances ou gîtes.
Les règles d’attribution, les montants et les structures éligibles diffèrent totalement entre ces deux dispositifs. Une distinction que beaucoup de familles ignorent encore.

Une gouvernance décentralisée source de complexité
C’est probablement l’aspect le plus déroutant du système pour les usagers. Si l’outil informatique VACAF est national, la politique d’attribution reste strictement départementale.
Chaque année, le Conseil d’Administration de chaque CAF vote son propre Règlement Intérieur d’Action Sociale. Ce document souverain définit le plafond de quotient familial ouvrant droit à l’aide, le mode de calcul (pourcentage du séjour ou forfait journalier), les taux applicables et les plafonds maximums.
Résultat : deux familles avec des situations identiques peuvent recevoir des aides très différentes simplement parce qu’elles n’habitent pas dans le même département. Certaines CAF couvrent jusqu’à 70% du coût d’un séjour, d’autres plafonnent à 55 euros par jour. Certaines fixent le seuil d’éligibilité à un quotient familial de 450 euros, d’autres l’étendent jusqu’à 900 euros.
Cette géographie variable de la solidarité crée une réelle inégalité territoriale que les familles découvrent souvent au moment de réserver.
Un système de budgets fermés
Autre particularité méconnue : contrairement aux allocations familiales qui sont un droit ouvert, l’aide VACAF fonctionne sur enveloppe budgétaire fermée. Chaque CAF alloue un budget annuel limité à l’opération « Vacances ».
Quand ce budget est consommé, l’aide s’arrête, même si des familles éligibles n’ont pas encore réservé. Le système fonctionne donc selon une logique de « premier arrivé, premier servi ». Une famille peut détenir une notification de droits parfaitement valide en mai et se voir refuser le financement en juin car les fonds de son département sont épuisés.
Cette contrainte impose aux familles une stratégie de réservation précoce, dès l’ouverture des catalogues en janvier ou février. Les départements les plus densément peuplés voient parfois leurs budgets s’épuiser dès le printemps.
L’écosystème des organismes agréés
Pour bénéficier de VACAF, les familles doivent réserver auprès d’un organisme agréé. Ces structures ont subi un processus de conventionnement garantissant un cadre sécurisé et des projets pédagogiques validés.
Des acteurs comme Gocolo, spécialiste des colonies de vacances thématiques, ont digitalisé l’ensemble du parcours. La famille renseigne son numéro d’allocataire lors de l’inscription, l’organisme interroge directement la base de données CAF via le portail professionnel VACAF, et le montant exact de l’aide est communiqué en quelques heures. Le processus qui nécessitait autrefois des échanges de courriers et plusieurs semaines d’attente se fait désormais en quasi temps réel.
Pour les familles souhaitant approfondir le sujet, Gocolo a d’ailleurs publié un guide complet VACAF qui détaille l’ensemble des mécanismes, des exemples de calcul par département et les pièges à éviter.

Un levier économique non négligeable
D’un point de vue économique, VACAF représente un levier significatif pour le secteur du tourisme social. Les montants injectés par les CAF dans l’économie des vacances se chiffrent en centaines de millions d’euros chaque année.
Pour les familles bénéficiaires, l’impact sur le budget est considérable. Une aide couvrant 60% d’un séjour à 650 euros représente près de 400 euros d’économie. Multipliée par deux ou trois enfants, c’est souvent ce qui rend le départ possible.
Le dispositif génère également des effets induits sur l’économie locale des territoires d’accueil : restauration, commerces, prestataires d’activités. Les colonies de vacances, souvent implantées en zones rurales, participent ainsi au dynamisme économique de territoires parfois fragiles.
Un système perfectible
Malgré ses qualités, le dispositif VACAF souffre de plusieurs limites. La disparité départementale crée une inégalité de traitement difficile à justifier. L’absence de portabilité des droits pénalise les familles mobiles. La logique de budget fermé génère frustration et incompréhension.
Certains observateurs plaident pour une harmonisation nationale des barèmes, à l’image du Pass Colo récemment mis en place par l’État avec un barème unique sur tout le territoire. D’autres défendent au contraire la subsidiarité départementale, arguant qu’elle permet d’adapter les politiques aux réalités locales.
Quoi qu’il en soit, VACAF reste un dispositif précieux pour des centaines de milliers de familles. Un outil de solidarité qui, malgré sa complexité, contribue à faire des vacances un droit accessible au plus grand nombre.


