Iran : Reza Pahlavi avance ses pions dans le chaos

Il vit aux États-Unis, parle anglais, et rêve de renverser la République islamique. Reza Pahlavi se pose en prochain chef d’État de l'Iran.

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Reza Pahlavi n’a jamais gouverné. Il n’a jamais mis les pieds en Iran depuis 1979. Il n’a jamais été élu. Mais à chaque crise, son nom refait surface. Et cette fois, il est partout. Pas dans les rues de Téhéran, mais sur les plateaux, les réseaux, les fils d’actualité. L’homme incarne une promesse floue, soutenue par un attelage d’alliés occidentaux, de nostalgiques monarchistes et de stratèges médiatiques.

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran vit son plus grand soulèvement depuis la révolution islamique. Parti du bazar de Téhéran, le mouvement s’est étendu à 27 provinces sur 31. La répression a été brutale : au moins 3 428 manifestants tués, selon Iran Human Rights. D’autres sources évoquent jusqu’à 12 000 morts. Plus de 2 600 arrestations, Internet coupé pendant 108 heures à l’échelle nationale. Le régime vacille, et l’héritier s’invite à nouveau dans le débat.

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Depuis l’étranger, Reza Pahlavi multiplie les messages. Le 6 janvier, il appelle les Iraniens à manifester. Le 8, il leur assure que « le monde entier a les yeux rivés sur vous ». Le lendemain, il adresse un message à Donald Trump : « Le temps presse… soyez prêt à intervenir. » La demande d’une intervention étrangère marque un virage. L’opposant prend des accents de chef d’État en exil.

L’opportunité militaire saisie comme un signal d’entrée

Juin 2025. Israël déclenche l’opération « Lion dressé » contre l’Iran. 200 avions de chasse frappent les sites nucléaires de Natanz, Ispahan et Fordo, des usines de missiles, des infrastructures énergétiques, plusieurs hauts gradés. Dans la foulée, l’US Air Force bombarde trois autres installations. Trump affirme avoir « totalement détruit » le programme nucléaire iranien.

Officiellement, Washington nie vouloir changer le régime. Mais les signaux sont ambigus. Trump laisse la porte entrouverte sur Truth Social : « Pourquoi pas un changement de régime si l’actuel échoue à rendre l’Iran grand à nouveau ? MIGA !« 

Reza Pahlavi saisit la brèche. Il parle de « moment Mur de Berlin », propose un plan de transition détaillé, en six phases, sur 800 jours, sous sa direction personnelle. Il promet de rendre le pouvoir au peuple par référendum. Son profil plaît : anglais fluide, visage connu, réseau solide. En mai 2025, il distribue à ses soutiens un document de 200 pages exposant son projet.

Une présence forte à l’étranger, mais loin du terrain

Reza Pahlavi vit aux États-Unis depuis plus de quatre décennies. Il participe à la CPAC à Washington en 2026, aux côtés de figures de la droite radicale comme Trump, Steve Bannon, Javier Milei. Il se montre enthousiaste à l’égard de Trump, qu’il qualifie de « leader du monde libre ». Le slogan « Make Iran Great Again » est adopté par ses partisans.

Il noue des liens étroits avec la FDD, un think tank néoconservateur pro-israélien. Des campagnes de communication sont mises en place. En octobre 2025, une enquête conjointe de Citizen Lab et de l’université de Clemson révèle l’opération PRISONBREAK : plus de 50 comptes inauthentiques diffusent des vidéos générées par IA appelant à la révolte. Certaines montrent des mutineries dans des prisons, d’autres des explosions simulées. L’activité du réseau est synchronisée avec les frappes israéliennes du 24 juin, notamment sur la prison d’Evin.

Le rapport conclut que l’opération a été « très probablement » menée par une entité liée au gouvernement israélien. Reza Pahlavi en profite, mais garde ses distances avec les détails.

Une opposition virtuelle qui marginalise le terrain

Pahlavi s’impose dans le paysage médiatique persanophone. Iran International et Manoto le présentent comme une figure consensuelle. La première, selon The Guardian, aurait reçu 250 millions de dollars de l’Arabie saoudite. La seconde reste opaque sur ses financements. Les critiques à son encontre sont rares. Sur les réseaux, ses opposants sont souvent noyés sous les commentaires de comptes suspects. En janvier 2026, 85 % des réponses à des publications critiques seraient issues de comptes non authentifiés.

Sur le terrain, l’image est plus fragmentée. Les manifestations scandent « Mort à Khamenei », mais aussi « Ni Shah ni Mollah ». Des slogans monarchistes apparaissent, d’autres les rejettent. Selon les données de GAMAAN, Reza Pahlavi est la figure d’opposition la plus populaire, avec 35 % de soutien. Mais 65 % des Iraniens choisissent d’autres voix. L’opposition reste morcelée en 11 courants.

Le CNRI, basé à Paris, propose une alternative démocratique. Son parlement en exil compte 550 membres, dont 52 % de femmes. Il défend un État laïc, la séparation des pouvoirs, et l’autonomie du Kurdistan. Peu relayé.

Les mouvements féministes sont anciens, structurés. Depuis la mort de Mahsa Amini en 2022, le slogan « Femme, Vie, Liberté » fédère. Au moins 551 morts lors des manifestations. Les femmes mènent les cortèges. Elles sont aussi au cœur des mobilisations sociales, notamment dans les secteurs de l’enseignement et de la santé.

Les syndicats se montrent actifs. Le mouvement des enseignants retraités manifeste chaque semaine dans une quinzaine de villes. Leurs slogans évoluent : « Lâchez les foulards, maîtrisez l’inflation », « Nous disons que les salaires sont trop bas, mais le prix du pain augmente ».

Un pouvoir affaibli, mais toujours redoutable

À 86 ans, Ali Khamenei prépare sa succession. Il demande à l’Assemblée des experts de choisir un successeur parmi trois noms, sans attendre. Selon des sources, il aurait envisagé un exil à Moscou en cas de rupture dans les forces de l’ordre. Le pouvoir s’organise pour tenir. Le 14 janvier 2026, des funérailles nationales sont organisées pour une centaine de membres des forces de sécurité. Trois jours de deuil décrétés. Le président Massoud Pezeshkian appelle à une « marche de résistance ».

Karim Sadjadpour, chercheur au Carnegie Endowment, résume la situation : environ 80 % de la société iranienne rejette le régime. Mais elle reste observatrice. La transition, selon lui, ne sera pas un concours de popularité, mais un concours de brutalité. L’État théocratique mute vers un pouvoir militaire dominé par les Gardiens de la Révolution. La suite pourrait être encore plus dure.



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