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Un nouveau seuil vient d’être fixé pour le salaire minimum en République démocratique du Congo. À partir de janvier 2026, le manœuvre ordinaire percevra 21 500 FC (8,17 €) par jour, contre 14 500 FC (5,51 €) auparavant. C’est le résultat du décret n°25/22 du 30 mai 2025, signé par la Première ministre Judith Suminwa et contresigné par le ministre de l’Emploi et du Travail Ephraïm Akwakwa. Le texte acte une revalorisation présentée comme historique.
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La progression est nette : +48 % sur un an, +204 % par rapport à 2018. À l’époque, le SMIG était figé à 7 075 FC (2,69 €) depuis sept ans. Mais cette hausse mécanique reste ancrée dans une structure rigide. Le décret maintient la tension salariale de 1 à 10 entre le manœuvre et le cadre de collaboration. Résultat : le haut de la pyramide progresse aussi. Un cadre au dernier échelon passera à 215 000 FC (81,70 €) par jour, contre 70 750 FC (26,89 €) auparavant.
Sur 26 jours de travail mensuel, le nouveau SMIG représente environ 559 000 FC (212,42 €). La valeur reste dépendante du taux de change appliqué.
Le coût de la vie dépasse largement les revenus
La Banque mondiale estime qu’en 2024, 73,5 % des Congolais vivaient avec moins de 1,85 € par jour. Un rapport d’octobre 2025 grimpe même à 85,3 % en situation d’extrême pauvreté. La RDC occupe le premier rang mondial sur ce critère. Le PIB par habitant est estimé entre 477,30 € et 559,00 € pour 2024-2025.
À Kinshasa, les chiffres ne laissent pas place au doute. Selon Numbeo début 2026, le coût de la vie y est 119 % plus élevé qu’à Lagos. Deuxième capitale la plus chère du continent, derrière les Seychelles. Une personne seule doit compter environ 662,20 € par mois pour vivre, hors logement. Le SMIG, lui, plafonne à 212,42 €.
Le logement pèse lourd. Un appartement d’une chambre en centre-ville atteint en moyenne 1 410,40 € mensuels. En périphérie : 430,00 €. Pour 85 m², les charges mensuelles (électricité, eau, déchets…) montent à 74,31 €. Une connexion Internet correcte, 78,69 €. Manger au restaurant coûte aussi : 14,19 € pour un repas simple, 77,40 € pour deux personnes dans un établissement moyen. Le kilo de filets de poulet s’achète à 11,03 €, le riz blanc à 2,61 € le kilo, les œufs à 3,26 € la douzaine.
Le salaire moyen à Kinshasa est annoncé à 301,00 €. L’écart avec le SMIG est réduit, mais il ne suffit pas. Le revenu mensuel moyen par habitant est de 45,58 €, soit 546,96 € par an. Trop loin du budget vital en zone urbaine.
Le coût de la vie tient à trois facteurs : le « bonus expatrié » qui tire les loyers vers le haut, une inflation structurelle liée à la dépendance aux importations, et des infrastructures déficientes. Le quotidien impose de s’équiper individuellement : groupes électrogènes, forages d’eau, sécurité privée. L’éducation pèse aussi : les écoles internationales coûtent entre 4 300,00 € et 12 900,00 € par an. Une crèche privée : 623,50 € par mois.
Une urgence alimentaire qui s’aggrave encore
En octobre 2025, la FAO et le PAM estimaient que 26,6 millions de personnes seront en crise ou pire début 2026. Parmi elles, 3,9 millions en urgence alimentaire. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika concentrent 75 % des cas. La malnutrition chronique touche 3,2 millions d’enfants.
L’aide peine à suivre. La FAO demande 109,22 millions € pour 2026, après n’avoir pu aider que 217 000 personnes en 2025 au lieu des 3,6 millions prévues. Le PAM affiche un déficit de 300,14 millions € jusqu’en avril 2026, avec une rupture d’approvisionnement attendue dès février. Les distributions sont déjà réduites à 600 000 bénéficiaires, contre 2,3 millions auparavant.
Dans le budget 2026, l’État congolais consacre 13 248,5 milliards FC (5,034 milliards €) aux salaires publics, représentant 25 % du budget général, en hausse de 11 % par rapport à 2025, lorsque les charges de personnel s’élevaient à 4,6612 milliards €. La Première ministre a reconnu fin septembre que la masse salariale dépasse désormais plus de la moitié des recettes courantes.
Le pari social est posé. Mais l’ajustement du SMIG interroge sur sa soutenabilité économique. Les PME risquent d’encaisser le choc. La Fédération des entreprises du Congo a proposé 13 mesures d’allègement fiscal et parafiscal, toujours en attente de décret présidentiel.
Sur le terrain, l’enjeu reste l’application. Le gouvernement promet des contrôles dans toutes les entreprises. Une réunion entre la Primature et les syndicats était prévue le 12 janvier 2026 pour ajuster la mise en œuvre. Mais dans une économie où le secteur informel pèse lourd, la règle écrite ne garantit pas le salaire versé.


