SMIC : à combien s’élève le salaire minimum en Italie en 2026 ?

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En 2026, l’Italie reste fidèle à son exception : aucun salaire minimum légal national n’y encadre les rémunérations. Dans ce pays fondateur de l’Union européenne, le repère ne vient pas d’un seuil fixé par la loi, mais des conventions collectives. Pas de SMIC, mais des CCNL, ces contrats négociés branche par branche qui structurent les minima salariaux. Ils couvriraient entre 85% et 95% des salariés, tout en laissant sur le bord du chemin plusieurs centaines de milliers de travailleurs.

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Une réforme sans plancher obligatoire

Le débat a ressurgi en 2025. Une proposition de loi portée par la gauche (Parti démocrate et Mouvement 5 Étoiles) visait à instaurer un plancher à 9 euros bruts de l’heure. Elle a été retoquée. À la place, la loi 144/2025, promulguée le 26 septembre, se contente de renforcer la négociation collective. Le texte impose l’affichage du code CCNL dans les bulletins de paie et autorise le ministère du Travail à fixer des minima dans les secteurs non couverts. Sans aller plus loin.

La droite au pouvoir, Giorgia Meloni en tête, s’oppose fermement à un SMIC. Elle y voit un risque de nivellement par le bas. Une position partagée par le CNEL, le Conseil économique et social présidé par l’économiste Renato Brunetta, et par certains syndicats du Nord industriel. La CGIL, elle, réclame un minimum légal à 10 euros de l’heure. L’opposition, elle, défendait la barre des 9 euros, en ligne avec la directive européenne 2022/2041, qui suggère un seuil à 60% du salaire médian. En Italie, ce ratio donne environ 1 200 euros par mois. Mais la directive ne contraint pas les États à légiférer si la couverture conventionnelle dépasse 80%. Ce qui est le cas.

Des salaires très variables selon les branches

Le système italien repose sur près de 900 conventions collectives. Une mosaïque qui produit des écarts sensibles. Dans la métallurgie, les minima mensuels bruts atteignent jusqu’à 1 890 euros. Dans l’hôtellerie-restauration, ils descendent à 1 380 euros. Le commerce se situe entre 1 420 et 1 580 euros, les services à la personne entre 1 350 et 1 480. L’agriculture, structurellement fragile, affiche les niveaux les plus bas, entre 1 300 et 1 450 euros. Le bâtiment, en raison de la pénibilité, se hisse jusqu’à 1 720 euros.

À l’heure, la variation est encore plus nette. Sur 63 conventions étudiées par la fondation des conseillers du travail, 39 dépassent les 9 euros. Les 22 restantes se situent majoritairement entre 8 et 8,9 euros, mais 4 passent sous la barre des 8 euros. L’ISTAT estime à 3 millions le nombre de salariés rémunérés à moins de 9 euros de l’heure.

Les zones grises ne manquent pas. Entre 5% et 15% des salariés ne relèvent d’aucune convention active. Parmi eux, 90% des employés de maison, 35% des travailleurs agricoles et 26% du secteur privé hors CCNL en vigueur. Une population dominée par les jeunes et les femmes. Les moins de 35 ans représentent 38%, les femmes 26%.

Des planchers très en dessous des voisins européens

Les planchers réels sont bas. Dans les CCNL représentatifs, les salaires minima tournent entre 1 050 et 1 250 euros bruts par mois. En net, cela donne 950 à 1 100 euros. L’Italie raisonne souvent en 14 mois, avec 13e et parfois 14e mois de salaire. Mais même en intégrant cela, le contraste est saisissant avec ses voisins : 1 801 euros en France, 2 222 euros en Allemagne, 2 506 aux Pays-Bas, 2 704 au Luxembourg. Seule l’Espagne, avec 1 184 euros sur 14 mois, reste dans la même zone.

Le salaire moyen lui-même est flou. L’OCDE le donne à 38 200 euros annuels bruts, soit environ 2 735 euros par mois sur 14 mois. L’ISTAT, beaucoup plus bas, parle de 27 000 euros, soit 1 600 euros mensuels. En net, le salaire moyen tourne autour de 1 700 à 1 800 euros, contre 2 735 en France.

Les écarts régionaux, eux, ne faiblissent pas. Milan dépasse 3 000 euros bruts mensuels. Le Sud plafonne à 2 200. À Palerme, le salaire moyen annuel est de 16 349 euros, moitié moins qu’à Milan. Une fracture ancienne, toujours vive.

Pouvoir d’achat en recul, logements en tension

Le pouvoir d’achat glisse. Les salaires réels ont reculé de 7,5% entre 2021 et 2024, selon les chiffres de l’OCDE. Sur dix ans, la baisse atteint 4,5%. En France, c’est +3%. Les travailleurs pauvres, soit ceux gagnant moins de 12 000 euros bruts par an, représentent 11,5% des salariés en 2024. Ils étaient 9,5% en 2013. En France, 7,5%. En Italie, près d’un quart de la population est considérée à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale : 23,1%.

Le coût de la vie reste plus bas qu’en France, mais l’écart se rétrécit. Une personne seule dans une grande ville dépense en moyenne 1 596 euros par mois, contre 1 696 euros en France. Une famille de quatre, 4 407 euros contre 4 779. Les produits de base affichent des prix relativement proches : 1,4 euro le litre de lait, 10,7 euros le kilo de poulet, 14,7 euros le fromage. L’inflation alimentaire était de 3,7% en septembre 2025.

C’est surtout le logement qui plombe les budgets. À Rome, un trois-pièces coûte 2 337 euros par mois. À Milan, le loyer représente 76% du salaire net moyen. Le seuil de soutenabilité est fixé à 30%. Il est dépassé. Même la moyenne nationale pointe à 35%. Les loyers ont augmenté de 1,4% en 2025, soit +13 euros par mois en moyenne. À Milan, +26 euros. À l’achat, les prix grimpent : +3,29% en un an, avec 2 142 euros du mètre carré en moyenne nationale. À Milan, on dépasse les 11 000 euros.

La croissance attendue, autour de 1% en 2026, n’efface pas les fragilités. Le budget 2026 prévoit une baisse d’impôts sur trois ans, concentrée sur la classe moyenne supérieure. Le taux d’imposition de la tranche 28 000-50 000 euros passe de 35% à 33%. Gain moyen estimé : 440 euros par an pour 13,6 millions de contribuables. Une mesure jugée inégalitaire par l’UPB, le bureau parlementaire du budget. Dans un pays où le salaire moyen annuel reste inférieur à 38 000 euros.



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