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Officiellement lancé le 1er janvier 2026, le programme « Aval du Futur » marque un tournant dans la stratégie nucléaire française. À La Hague, Orano s’attelle à construire une nouvelle infrastructure industrielle pour recycler les combustibles usés des futurs réacteurs EPR2. Montant affiché : au moins 50 milliards d’euros.
Le gouvernement place le projet au rang de priorité nationale. Lors d’une visite sur site le 12 janvier, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a salué un chantier hors norme, porteur de 6 000 emplois industriels dans la Manche d’ici 2034. Une annonce forte, alors que le programme EPR2 entre dans sa phase de concrétisation.
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Trois installations pour boucler le cycle
Le projet remplace celui de piscine EDF. Il prévoit trois bassins d’entreposage de 6 500 tonnes chacun pour les combustibles usés, avec une mise en service visée à l’horizon 2040. Suivront des ateliers de traitement, équivalents à ceux d’aujourd’hui, avec une capacité annuelle de 1 200 tonnes. Objectif : recycler MOX, URE et REP classiques.
Troisième pièce du puzzle : une nouvelle usine de fabrication de MOX, incluant le MOX RN pour réacteurs à neutrons rapides. Elle remplacera Melox, dont l’activité sera prolongée au-delà de 2040 avant un transfert vers La Hague.
Un chantier aux ambitions centenaires
Les installations sont pensées pour durer jusqu’en 2120. Le programme s’inscrit dans la continuité de la politique française de recyclage nucléaire. L’Accord de Traitement Recyclage (ATR) a été ajusté pour couvrir les premières étapes, de 2024 à 2026. Une gouvernance pilotée par Orano, avec EDF, le CEA et l’État, a été validée lors du Conseil de politique nucléaire de mars 2025.
Jusqu’à 15 000 ouvriers pourraient être mobilisés dans la région. Orano anticipe des chantiers déportés dans la Manche, le Calvados et l’Orne, avec des modules assemblés puis acheminés de nuit à La Hague. L’option de ballons dirigeables est étudiée. Pour héberger les travailleurs, le groupe envisage d’utiliser des bateaux à quai à Cherbourg.
EDF règle la note, Orano pilote
Le programme est découpé en phases. EDF financera la première, jusqu’en 2040 : bassins, usine MOX, études. En revanche, la construction de l’usine de retraitement reste hors périmètre immédiat. Un rapport de la Cour des comptes chiffre l’investissement à 30 milliards d’euros sur cette première période. Orano parle d’un total d’au moins 50 milliards, en euros constants.
Le groupe a créé la société « Orano Aval du Futur », entité juridique opérationnelle depuis janvier 2026. Elle regroupe déjà 250 salariés, et devrait atteindre 2 000 personnes d’ici trois ans. Sept entreprises d’ingénierie sont impliquées, dont Assystem, Capgemini et Egis.
Une filière nucléaire sous haute surveillance
Depuis 2025, une autorité unique, l’ASNR, née de la fusion entre l’ASN et l’IRSN, supervise la sûreté nucléaire du projet. Elle sera impliquée à chaque étape du chantier.
Le programme arrive après la crise énergétique de 2022, qui a révélé les failles du parc nucléaire français. Avec la mise en service de l’EPR de Flamanville fin 2024, EDF entre dans une nouvelle ère. Et doit adapter tout l’écosystème, y compris l’aval du cycle.
Orano affiche un chiffre d’affaires de 5,9 milliards d’euros en 2024, en hausse de 23 %. EDF représente plus de 50 % de ses revenus. Le carnet de commandes atteint 33 milliards d’euros. Aval du Futur s’annonce comme un levier stratégique pour la prochaine décennie.


