Pourquoi personne ne veut du Rafale en Europe

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Le Rafale aligne les contrats d’exportation : 273 appareils vendus à l’international sur un total de 507 commandés, carnet de commandes gonflé à 220 unités dont 175 à l’export, chiffre d’affaires de Dassault Aviation au-delà des 7 milliards d’euros. Pourtant, sur le continent européen, le chasseur français reste une anomalie. Seuls la Grèce, la Croatie et la Serbie – pays non-membres de l’UE ou de l’OTAN pour l’un – ont franchi le pas. À côté, le F-35 américain prospère. Treize pays européens l’ont déjà commandé.

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L’explication tient d’abord à l’OTAN. Cinq pays européens stockent des bombes nucléaires américaines B61. Le seul appareil certifié pour les emporter, c’est le F-35A. L’Allemagne le dit explicitement : elle l’a acheté pour continuer à participer au partage nucléaire. Belgique, Pays-Bas, Italie suivent la même logique.

Mais l’achat ne se limite pas à une capacité militaire. Il envoie un signal politique. « Ce que l’Europe achète avec le F-35, ce n’est pas un avion. C’est un alignement », résume un rapport. Dans un contexte où 51 % des Polonais considèrent la Russie comme une menace majeure, le message d’un lien transatlantique reste puissant.

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S’y ajoute l’effet de réseau. Le F-35 ne parle qu’avec lui-même. Son système fermé oblige ses utilisateurs à se doter des mêmes équipements pour coopérer. Treize pays européens en sont déjà équipés : la norme est installée. L’interopérabilité du Rafale avec le F-35 reste partielle, malgré la Liaison 16.

Un appareil américain aux retombées locales

À cela s’ajoute une mécanique industrielle bien huilée. Le Royaume-Uni a investi 3 milliards d’euros dans le programme F-35, fabrique le fuselage arrière, l’électronique, participe à la motorisation. Plus de 100 entreprises britanniques sont mobilisées. L’Italie assemble les F-35 pour l’Europe, produit la moitié des voilures. En Finlande, 6 000 emplois sont attendus dans le cadre du contrat. Le Rafale, lui, reste un produit franco-français.

Côté prix, le match est trompeur. À l’achat, Rafale et F-35A coûtent à peu près la même chose : entre 80 et 110 millions de dollars pour le F-35, autour de 100 millions de dollars pour le Rafale. À l’usage, le fossé se creuse : 38 000 à 50 000 dollars l’heure de vol pour le F-35, contre 12 000 à 20 000 euros pour le Rafale. Le coût de maintenance annuel du F-35 monte à 6 à 7 millions d’euros, contre 2,7 à 3,5 millions pour son concurrent. Sur trente ans, un F-35A peut coûter jusqu’à 300 millions d’euros, contre 200 millions pour un Rafale F4.

La disponibilité opérationnelle suit la même pente : 75 à 80 % pour le Rafale, seulement 50 à 61 % pour le F-35. Certains pays s’inquiètent de la soutenabilité budgétaire du programme américain. Le coût d’une flotte de 40 F-35 peut dépasser 200 millions d’euros par an en maintenance.

L’achat d’armes américaines engage aussi juridiquement. Les clauses ITAR limitent les transferts de technologie. Certaines réparations doivent se faire hors d’Europe. Le droit américain permet à Washington de bloquer l’usage d’un équipement.

Une dépendance militaire qui s’accélère

Entre 2020 et 2024, 64 % des importations d’armes des pays européens membres de l’OTAN provenaient des États-Unis. Une hausse de 12 points par rapport à la période précédente. Le poids des États-Unis s’accroît, malgré l’incertitude politique à Washington.

La pression diplomatique américaine complète le tableau. Trump pousse les Européens à dépenser plus pour leur défense tout en affaiblissant la protection américaine. Mais les contrats se signent avec les industriels américains. À La Haye, les membres de l’OTAN ont promis 5 % du PIB à la défense d’ici 2035. À Washington, on annonce que les Européens devront assumer la majorité des capacités de l’OTAN dès 2027.

Une concurrence européenne déjà bien installée

Le Rafale doit aussi faire face à la concurrence du Typhoon. L’avion européen équipe six nations, avec 607 exemplaires livrés. Il a été co-développé par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Pour ces pays, acheter le Rafale ferait double emploi.

Le programme SCAF, censé remplacer Rafale et Typhoon, est à l’arrêt. Les désaccords entre Dassault et Airbus sur le partage des responsabilités bloquent le projet. L’Allemagne envisage d’autres options, dont le programme GCAP avec le Royaume-Uni, ou l’achat de F-35 supplémentaires.

En Europe, les rares commandes de Rafale tiennent à des cas particuliers. La Grèce, dans un contexte de tensions avec la Turquie. La Croatie et la Serbie, hors des grands consortiums. Belgrade, proche de Moscou et Pékin, achète malgré tout français. Paris parle d’arrimer la Serbie à l’Europe.

À l’export, le Rafale triomphe. Inde, Ukraine, Égypte, Émirats : le chasseur français convainc. Il garantit l’autonomie stratégique, sans dépendance à une puissance tierce. C’est précisément ce qui le freine en Europe.



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4 commentaires sur « Pourquoi personne ne veut du Rafale en Europe »

  1. c’est la preuve indiscutable que l’europe , sous sa forme actuelle , est une vaste supercherie , dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres !
    quand à la  » fantomatique  » armée européenne , dont l’aviation pour ne parler que d’elle , peut être en majorité clouée au sol par un simple claquement de doigt de Trump , il n’y a que les crétins qui peuvent y croire !!
    Malgré tout c’est une bonne nouvelle car l’europe FEDERALE que Macron appelle de ses vœux reste un mirage et c’est tant mieux !!

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  2. l’Europe est une vaste arnaque dirigée par une femme dont on connaît son degré de corruption. Nous sommes pieds et poings à ces eurocrates dont le seul but est de s’en mettre plein les poches, la plèbe européenne n’étant là que pour les élire sans réfléchir. Sans penser aux trois états de cette pseudo union résolument anti européenne, et que l’on garde dans cette pseudo union..
    la seule solution, c’est de quitter L’UE.

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