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Depuis 2017, Brigitte Macron s’est installée à l’Élysée dans une position singulière : très exposée, très sollicitée, mais sans statut juridique formel. Un texte de référence a fixé un cadre minimal, tandis que la pratique a fait émerger une figure bien plus centrale que le simple accompagnement protocolaire. Entre activités caritatives, prises de parole et proximité avec le chef de l’État, son rôle s’écrit dans une zone grise. Mais huit ans plus tard, cette influence s’est affirmée, documentée par de nouvelles révélations, tandis qu’une fatigue croissante et des attaques persistantes marquent la fin du second mandat.
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Un rôle sans statut mais avec un coût pour l’État
La « charte de transparence » publiée en août 2017 sur le site de l’Élysée définit pour la première fois le rôle public du conjoint du président. Elle consacre des missions de représentation, de patronage et de lien avec la société civile, tout en posant un cadre strict : absence de rémunération, pas de budget propre, pas de frais de représentation. Deux conseillers et un secrétariat sont intégrés au cabinet présidentiel.
Le texte détaille une présence aux côtés du chef de l’État lors de sommets et réunions internationales, la supervision de manifestations et réceptions officielles à l’Élysée, le traitement des sollicitations adressées par des citoyens et des personnalités, ainsi qu’un soutien à des manifestations caritatives, culturelles ou sociales. Il mentionne aussi un lien « d’écoute » avec les acteurs de la société civile, autour du handicap, de l’éducation, de la santé, de la culture, de la protection de l’enfance et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Un récapitulatif mensuel de son agenda est publié.
La transparence financière suit la même logique. Dans son rapport sur l’exercice 2022, la Cour des comptes évalue à 315 808 euros les dépenses liées à son activité, principalement la rémunération de deux collaborateurs, d’une assistante à plein temps, d’une assistante partagée, et certains déplacements sans le président. En 2021, le total atteint 292 454 euros. En 2018, le « coût annualisé et proratisé » des rémunérations et charges est de 279 144 euros.
Pour 2023, le rapport publié à l’été 2024 évalue le coût à 309 484 euros, soit 0,25 % du budget de la présidence, en légère baisse par rapport à l’année précédente. Ce montant correspond principalement à la masse salariale des deux collaborateurs, qui travaillent pour elle à hauteur des deux tiers de leur temps. Quatre agents supplémentaires filtrent son courrier, sans être comptabilisés dans cette enveloppe. L’enveloppe budgétaire globale allouée atteint 440 000 euros annuels, hors sécurité renforcée. Ces chiffres restent bien inférieurs aux budgets attribués à Bernadette Chirac (960 000 euros), Carla Bruni (437 376 euros) ou Valérie Trierweiler (481 900 euros en 2013).
Une présence renforcée
Le portrait officiel publié par l’Élysée met en avant l’inclusion des personnes en situation de handicap, la protection de l’enfance et la lutte contre le harcèlement scolaire. L’Élysée la présente comme l’initiatrice, en septembre 2018, de l’Institut des vocations pour l’emploi (LIVE), un programme destiné à des adultes de plus de 25 ans sans emploi ni formation. Le premier site a ouvert à Clichy-sous-Bois en septembre 2019, avec 60 bénéficiaires. Elle préside l’association LIVE, dirige son comité pédagogique et anime ponctuellement des masterclass de théâtre et de littérature. En 2024, deux nouveaux campus ont été lancés à Reims et au Havre, avec le soutien continu du groupe LVMH. Le modèle se consolide progressivement sur le territoire.
Depuis juin 2019, elle est présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, engagée dans l’amélioration du quotidien des patients, aidants et soignants. Elle relance aussi l’opération « Pièces Jaunes » et succède à Bernadette Chirac comme figure médiatique de la collecte. En 2023, elle participe à un prime-time sur TF1. Le 8 janvier 2025, elle lance officiellement la 36e édition de l’opération au CHU de Bordeaux, accompagnée de Didier Deschamps, parrain de l’opération depuis 2019. En 2024, 169 projets ont été réalisés dans les hôpitaux français grâce à la collecte. Ce 8 janvier, elle est à nouveau invitée au journal de 13h de TF1 avec Didier Deschamps pour détailler les besoins des familles : « espaces pour les familles », « espaces de détente ». Dans une interview à RTL en janvier 2024, elle revendique un travail de terrain, tout en refusant d’être perçue comme influente sur les choix politiques : « il n’a pas besoin de [elle] », dit-elle, tout en reconnaissant lui « donner [son] avis ». Une ligne que confirme Le Figaro : pas d’influence revendiquée, mais un rôle de conseillère dans la sphère privée.
La lutte contre le harcèlement scolaire l’amène à occuper le devant de la scène. En novembre 2023, elle s’associe à des ministres pour lancer une campagne gouvernementale, valorisant des dispositifs comme le 3018, numéro dédié aux violences numériques. Un an plus tard, le 6 novembre 2024, elle franchit un cap médiatique en se rendant au château de Dammarie-les-Lys, lors de l’enregistrement de la Star Academy sur TF1. Accompagnée de Justine Atlan, directrice générale d’e-Enfance, et de Michael Goldman, elle s’adresse directement aux candidats et aux jeunes téléspectateurs pour briser l’omerta autour du harcèlement. Des élèves comme Marguerite et Emma témoignent face à elle de leurs expériences de harcèlement. Brigitte Macron rappelle : « C’est le premier sujet qui est arrivé sur mon bureau, quand Emmanuel est devenu président ». Elle annonce la mise en place d’une formation obligatoire des enseignants dès la rentrée suivante. Elle se rend également auprès de victimes, comme la mère de Lindsay, collégienne suicidée en mai 2023, qu’elle reçoit à l’Élysée le 7 juin 2023. Elle met en avant son rôle d’écoute auprès des familles.
Le poids des réseaux personnels
Derrière l’image officielle, les récits se multiplient sur son influence réelle. Le livre Madame la Présidente, publié en 2019 par Nathalie Schuck et Ava Djamshidi, la décrit comme la « première conseillère » d’Emmanuel Macron, « la femme qui souffle à l’oreille de l’artiste ». Le livre évoque un rôle dans des remaniements, des recommandations, y compris pour la nomination de Jean-Michel Blanquer à l’Éducation nationale. En 2016, alors qu’elle écoute une interview de Jean-Michel Blanquer sur Europe 1 consacrée à son livre L’École de demain, elle achète l’ouvrage, en fait une fiche et en parle à son mari. Six mois plus tard, Emmanuel Macron est élu président et Blanquer devient ministre. En septembre 2021, le ministre confirme publiquement sur le plateau de Touche pas à mon poste sa relation « très complice » avec Brigitte Macron, à qui il trouve « mille qualités ».
Le livre évoque également que Brigitte Macron aurait poussé le président à parler davantage aux Français à l’automne 2018, pour casser l’image de « président des riches ». En 2025, un nouveau livre du journaliste Arthur Berdah révèle que Brigitte Macron aurait joué un rôle décisif lors du remaniement de juillet 2024, en sauvant deux ministres menacés d’éviction : Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa. Elle aurait « insisté » auprès du président pour qu’ils conservent leur poste. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire et à la Vie associative, avait déjà été réintégrée au gouvernement en juillet 2022, un retour dans lequel la proximité avec Brigitte Macron aurait également joué un rôle. « Le retour de Marlène Schiappa, je serais très étonné que Brigitte n’y soit pas pour quelque chose. Elles se voient et se parlent très régulièrement », confie un pilier de la majorité au Parisien en septembre 2022.
D’autres portraits évoquent une accompagnante active, dotée d’un solide réseau politique et médiatique, structuré dès la campagne présidentielle de 2017. Le couple a été mis en scène très tôt. Des analyses rappellent que la différence d’âge, initialement perçue comme un handicap, a été transformée en atout de communication : transgressif, mais rassurant. Depuis le second mandat d’Emmanuel Macron (2022), son rôle s’est « nettement accru ». Elle est plus libre de définir sa contribution, entend « laisser un bilan ». Elle gère l’agenda du président, ce qui agacerait certains collaborateurs.
En janvier 2023, lors d’un échange avec des lecteurs du Parisien, elle se dit favorable au port de l’uniforme à l’école. Elle affirme en avoir porté un pendant 15 ans, et souligne que cela gomme les différences sociales, fait gagner du temps et de l’argent aux familles. La séquence relance le débat, au moment où le Rassemblement national défend une proposition de loi sur une « tenue uniforme ». Le ministre Pap Ndiaye s’y oppose. Un groupe Renaissance travaille sur le sujet, sans suite concrète.
Rumeurs, procès, épuisement : l’autre coût de la visibilité
Mais cette exposition a aussi un coût. Depuis 2021, Brigitte Macron est la cible d’une rumeur complotiste : elle serait une femme transgenre ayant falsifié son état civil. La rumeur part d’une vidéo YouTube de plus de 4 heures diffusée par Amandine Roy et Natacha Rey. En 2023, Candace Owens, influenceuse américaine, relaye la rumeur, provoquant une action judiciaire lancée aux États-Unis.
En septembre 2024, Roy et Rey sont condamnées pour diffamation, non pour l’affirmation d’une transidentité supposée, mais pour des accusations de détournement de mineur et de falsification. En juillet 2025, la Cour d’appel les relaxe. En janvier 2026, dix autres personnes sont condamnées pour cyberharcèlement, à des peines allant jusqu’à 6 mois de prison ferme. Brigitte Macron évoque le « très fort retentissement » sur ses petits-enfants. Le phénomène s’inscrit dans une offensive de type « transvestigation », ciblant d’autres figures publiques comme Michelle Obama ou Aya Nakamura.
Malgré une image d’engagement continu, des signes d’usure apparaissent. En janvier 2026, Closer rapporte un épuisement psychologique profond, un journal intime qu’elle détruit par crainte d’indiscrétion. Une tension forte après une année 2025 éprouvante. L’écart entre le rôle visible et le vide juridique devient un facteur de fragilité personnelle.


