Rolland Courbis, une vie de roman

Voix incontournable de RMC, Courbis s’est éteint après 50 ans de carrière entre bancs de touche et micros. De l’OM à la prison, en passant par RMC, Rolland Courbis a laissé une trace forte dans le paysage du foot français.

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Rolland Courbis est mort le 12 janvier 2026 à l’âge de 72 ans. La nouvelle a été annoncée par sa famille sur RMC, la radio où il officiait depuis 2005. Karim Nedjari, directeur général de la station, l’a dit à l’antenne : « Rolland Courbis s’est éteint cette nuit à cinq heures du matin ». Voix familière pour les auditeurs, ton brut, accent de Marseille. Une silhouette reconnaissable, même à travers les ondes.

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Le défenseur devenu meneur de banc

Marseillais jusqu’au bout des crampons, Courbis naît en 1953 dans le quartier de La Joliette. Défenseur central, il débute à l’OM et devient champion de France à 19 ans. Suit une carrière en zigzag : Ajaccio, Olympiakos Le Pirée — où il doit s’inventer un grand-père grec pour jouer — puis Sochaux, Monaco, Toulon. À Monaco, il décroche un deuxième titre en 1982. À Toulon, il termine sa carrière de joueur et enchaîne aussitôt comme manager général.

À 33 ans, il devient entraîneur en cours de saison. Premier maintien avec Toulon, puis passage à Bordeaux. Il y revient à deux reprises dans les années 1990, entrecoupé d’un détour à Endoume. En 1997, il est appelé par Robert Louis-Dreyfus à Marseille, en pleine reconstruction. Résultat : une finale de Coupe UEFA, un titre de vice-champion de France, et ce match invraisemblable contre Montpellier, gagné 5-4 après avoir été mené 0-4 à la pause.

Mais la réussite ne suffit pas à stabiliser le banc. Il démissionne en novembre 1999 après une défaite contre la Lazio en Ligue des champions. Ensuite Lens, Ajaccio, Montpellier, Rennes, Caen, Sète, mais aussi des expériences à l’étranger : Alger, Vladikavkaz, Abu Dhabi, le Niger, la Suisse. Deux titres avec l’USM Alger, quelques montées en Ligue 1, des sauvetages de justesse. Un entraîneur de mission, pas de long terme.

Une trajectoire minée par la justice

Sa trajectoire sportive s’écrit aussi dans les prétoires. Courbis est rattrapé par la justice dès les années toulonnaises. Hiver 1990 : cent jours de détention préventive. Verdict : trois ans avec sursis pour détournements et abus de biens sociaux. Il commente : « Je n’étais ni un saint ni le pourri qu’on a décrit ».

Autre épisode noir : mars 1996. Il est blessé par balle sur le parking du stade de Hyères, lors de l’assassinat du président du club de Calvi, Dominique Rutily. « Ce n’était pas mon soir pour mourir », dira-t-il. Il fréquente alors les casinos et comparaît avec Ljuba Rizzoli, ancienne Miss Italie. Relaxé, mais banni des casinos français pendant 17 ans.

Puis vient le dossier marseillais. Quinze transferts suspects entre 1997 et 1999. En 2006, il est condamné à trois ans et demi de prison ferme et à 375 000 euros d’amende. La cour d’appel réduit la peine à deux ans. En 2009, il est incarcéré après un match OM-Montpellier. Libéré en février 2010, bracelet électronique jusqu’en mai. Entre-temps, son émission sur RMC est suspendue.

Une voix familière pour des millions d’auditeurs

Mais il revient. Le 1er mars 2010, « Coach Courbis » reprend. Et s’installe dans la durée. RMC célèbre ses 20 ans de présence à l’antenne en janvier 2025. Il rejoint L’Équipe du Soir en 2024. Dernière apparition en plateau le 23 novembre 2025.

Sa voix portait encore, malgré une santé fragilisée depuis un malaise cardiaque en 2014. Il laisse derrière lui sa compagne Clara Paban, ses enfants Olivia et Stéphane, ainsi que Ljuba Rizzoli. Olivia est danseuse, Stéphane agent de joueur.
À l’annonce de sa mort, les hommages affluent. Le MHSC salue celui qui les avait fait remonter en Ligue 1. Le maire de Marseille évoque « une voix, un tempérament, une passion ».
Rolland Courbis aura traversé le football français comme il parlait à la radio : sans détour.



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