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Harmattan AI vient de franchir un cap. La start-up parisienne de la défense, fondée en 2024, boucle une levée de fonds de 200 millions de dollars. Dassault Aviation mène le tour de table. L’opération valorise l’entreprise à 1,4 milliard de dollars, un sommet jamais atteint par une jeune pousse du secteur de la défense en France.
Jusqu’ici, la société avait levé 42 millions de dollars, notamment auprès d’Atlantic Labs à Berlin et FirstMark à New York. En changeant d’échelle, elle attire les poids lourds de l’industrie. Dassault renforce sa position dans les technologies duales, à la frontière entre civil et militaire. L’entrée d’un tel industriel au capital marque un tournant pour la start-up comme pour le secteur.
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Harmattan AI ne commente pas. Son fondateur, Mouad M’Ghari, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations. La discrétion fait partie de la stratégie, surtout quand les clients sont étatiques. Mais il revendique en interne un statut inédit : celui de première licorne française dans l’armement.
Des drones militaires en série
L’entreprise développe trois gammes de drones : Sonora, Sahara et Gobi. En ligne de mire : les besoins des armées européennes. Entraînement, surveillance, reconnaissance, interception. Les appareils intègrent de l’intelligence artificielle embarquée. Les cycles de développement sont courts. Le pari est industriel autant que technologique.
La production doit s’accélérer dès 2025. Deux contrats l’ancrent dans la réalité. En France, Harmattan a remporté un appel d’offres de la DGA pour livrer 1 000 drones destinés à l’exercice Orion 2026. Une option prévoit 9 000 unités supplémentaires. Au Royaume-Uni, elle fournira 3 000 drones d’entraînement aux forces terrestres. Le contrat a été signé au salon DSEI à Londres.
Les drones destinés à l’armée française pèsent 1,8 kg, affichent 2 kilomètres de portée et 40 minutes d’autonomie. Ils embarquent des caméras électro-optiques, parfois un module infrarouge. La production est annoncée comme entièrement française. Mais aucun site d’assemblage n’est encore communiqué. Une trentaine de recrutements est prévue pour accompagner la montée en cadence.
Un pacte industriel avec l’Ukraine
Pour sécuriser son approvisionnement, Harmattan s’associe à Skyeton, entreprise ukrainienne spécialisée dans les capteurs militaires. Le partenariat vise à garantir l’accès à des composants critiques. Il doit aussi accélérer le développement de nouvelles capacités techniques. La guerre en Ukraine agit ici comme catalyseur. Les besoins se précisent, les arbitrages industriels se resserrent.
Dans le ciel européen, les drones s’imposent. Les intrusions présumées de drones russes dans l’espace aérien de l’OTAN se multiplient. Allemagne, Pologne, Danemark. L’Europe réarme ses radars et ses plateformes ISR. La demande monte, vite. Les industriels doivent suivre.
Un marché encore jeune, mais plus si fermé
Le capital-risque fait ses comptes. Les investissements dans les start-ups de défense européennes ont atteint 1,5 milliard de dollars depuis janvier, selon Dealroom. En 2022, ils plafonnaient à 432 millions. L’Allemagne a pris une longueur d’avance avec Helsing ou Quantum Systems. La France commence à peine à structurer l’amont du secteur.
Les fonds spécialisés deeptech sont désormais plus présents, malgré les réticences ESG d’une partie du capital. Harmattan AI compte à son tour des investisseurs internationaux : ACME Capital, Tholus Capital, W Ventures, XTX Ventures. La Financière Saint James, le family office de Michaël Benabou (cofondateur de Veepee), est là depuis les débuts.


