Dassault Rafale ou Saab Gripen E : le match technique

Le Rafale et le Gripen E incarnent deux visions opposées de la guerre aérienne moderne. Comparatif détaillé entre ces chasseurs rivaux.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le duel ne se joue pas seulement dans les airs, mais dans les choix politiques, industriels et militaires. D’un côté, le Rafale, symbole d’une autonomie stratégique française, pensé comme un « système d’armes complet ». De l’autre, le Gripen E, produit suédois taillé pour l’interopérabilité OTAN et l’efficience. Deux avions, deux philosophies.

Polyvalence totale contre logique de dispersion

Chez Dassault, le Rafale est revendiqué comme omnirôle : un seul appareil, toutes les missions. Supériorité aérienne, appui au sol, reconnaissance, frappe nucléaire avec l’ASMPA-R – missile Mach 2, plus de 500 kilomètres de portée. L’entrée en service de cette capacité sur Rafale Marine, en novembre 2025, ancre cette polyvalence dans le dur. Dassault ne vend pas un avion, mais une souveraineté.

A LIRE AUSSI
Rafale ou Eurofighter Typhoon : qui domine vraiment le ciel européen ?

Face à cette ambition, Saab propose un « smart fighter ». Pas de surenchère, mais une logique d’efficacité. Le Gripen E reste fidèle à la doctrine suédoise BAS-90 : disperser, survivre, frapper. Capable de décoller d’un tronçon routier de 500 mètres, remis en ligne en 10 minutes par 6 personnes, l’appareil est conçu pour opérer depuis des infrastructures frugales. Une logique de résilience, forgée pendant la Guerre froide.

Deux avions, deux niveaux de budget

Le différentiel commence au prix unitaire. Rafale : entre 70 et 100 millions d’euros pour la cellule nue. Mais les contrats grimpent vite : 250 millions pièce pour les 26 Rafale Marine indiens (6,5 milliards d’euros), 175 millions pour les 80 appareils des Émirats arabes unis (14 milliards).

Le Gripen E vise plus bas. La cellule est estimée entre 60 et 70 millions d’euros. En Colombie, 17 appareils pour 3,1 milliards d’euros, soit 182 millions l’unité en « tout compris ». Mais Saab met l’accent ailleurs : un coût horaire de vol de 4 000 à 8 000 euros, moitié moins que les 16 000 euros du Rafale. Un argument fort pour des forces aériennes contraintes, comme en Amérique latine ou en Asie du Sud-Est.

Charge utile, endurance, guerre électronique

Le Rafale conserve l’avantage en charge utile et en endurance. Jusqu’à 9,5 tonnes d’armement sur 14 points d’emport, 1 300 à 1 700 kilomètres de rayon d’action avec trois réservoirs externes, plus de 3 heures en patrouille. Le Gripen E reste en retrait : 5 tonnes sur 10 points, 800 à 1 500 kilomètres selon configuration, 1 heure 15 d’endurance dans le même scénario.

Sur les capteurs, les deux constructeurs avancent leurs pions. Le Rafale embarque le radar AESA RBE2, balayage à 70°, portée de 150 kilomètres. La guerre électronique est assurée par le système SPECTRA, couverture 360°, localisation précise à moins d’un degré. Les standards F4 successifs introduisent le viseur de casque Scorpion, des liaisons tactiques améliorées, des antennes GaN, le SATCOM, et des briques d’intelligence artificielle avec la nacelle TALIOS.

Le Gripen E s’appuie sur le radar ES-05 Raven à balayage mécanique : 200° en azimut, un champ élargi face aux radars fixes. La suite MFS-EWS mixe brouillage actif et contre-mesures passives, avec une couverture sphérique. L’IRST Skyward-G apporte une détection passive longue portée, notamment contre des appareils furtifs. La fusion de données est poussée : radar, IRST, guerre électronique, liaisons externes, le tout présenté via un large écran tactile, alimenté par une IA embarquée. Le concept de « silent networking » est mis en avant : un chasseur détecte, les autres restent muets.

Export : volumes solides ou percées ciblées

Le Rafale a pris de l’élan. En 2025, 26 livraisons, dont 15 à l’export. Un carnet de commandes qui grimpe à 220 avions, dont 175 exportés. Égypte (55 appareils), Qatar (36), Inde (62 dont 26 Marine commandés en 2025), Grèce (18), Émirats (80), Indonésie (42), Serbie (12). Une lettre d’intention signée avec l’Ukraine évoque une commande potentielle de 100 unités. Dassault revendique plus de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’année, tiré par la cadence Rafale.

En face, le Gripen E reste plus discret. La Suède a réceptionné son premier appareil fin octobre 2025. Le Brésil, engagé depuis 2014, n’a reçu que 11 des 36 commandés, avec des renégociations en cours. La Colombie s’est ajoutée en novembre 2025. La Thaïlande est citée. L’Ukraine aussi, sur lettre d’intention, sans suite concrète. La production se poursuit avec un investissement public de 230 millions d’euros sur trois ans. Saab avance ses pions au Canada, avec la promesse d’une chaîne d’assemblage locale.

Souveraineté stratégique ou efficacité collective

Le Rafale parle aux puissances qui veulent tout faire, seules si besoin. Souveraineté, dissuasion, armement national, indépendance technologique. Le prix est élevé, la promesse aussi.
Le Gripen E cible les forces qui veulent faire juste ce qu’il faut, ensemble. Opérabilité OTAN, coûts maîtrisés, logistique allégée, déploiement rapide.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire