Trump veut transformer le Groenland en mine à ciel ouvert

Donald Trump n’a pas renoncé : il rêve d’un Groenland converti en superpuissance minière face à Pékin.

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Le nom de Killavaat Alannguat, dans le sud du Groenland, figurait déjà sur les cartes des géologues. Il revient aujourd’hui dans le viseur des industriels. La société australienne Critical Metals Corp (CMC), adossée à du capital américain, a obtenu le feu vert pour construire une usine sur ce gisement de terres rares, présenté comme l’un des plus prometteurs au monde. L’exploitation est annoncée pour 2027.

Non loin de là, Amitsoq se prépare à rouvrir. L’ancienne mine de graphite, métal classé critique pour la fabrication des batteries, a été confiée au britannique GreenRoc, soutenu par des fonds européens. Le permis de trente ans a été accordé en décembre. C’est le troisième permis minier délivré en 2025 dans le pays, rattaché au royaume danois.

L’effet Trump et le recul des glaces ouvrent la voie

Le Groenland, longtemps paralysé par son isolement et sa calotte glaciaire, entre dans une nouvelle phase. Donald Trump avait évoqué son intérêt pour l’île en y voyant un enjeu stratégique pour les États-Unis. Dans le même temps, le recul de la glace ouvre l’accès à des ressources jusque-là inaccessibles. Washington cherche à réduire sa dépendance envers la Chine pour certains métaux et cible désormais ouvertement le sous-sol groenlandais, après l’Ukraine, le Congo et le Venezuela.

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Le potentiel est réel, mais encore largement méconnu. Le Groenland n’exploite aujourd’hui que deux mines actives : l’or de Nalunaq et le feldspath de Qaqortorsuaq, utilisé en céramique. Le reste du territoire, grand comme l’Arabie Saoudite, demeure en grande partie inexploré. Seules les zones côtières où la glace recule l’été ont été cartographiées.

Une géologie calquée sur celle du Canada minier

La géologie de l’île ressemble à celle du Canada : au nord et à l’est, des formations sédimentaires riches en zinc et plomb ; au sud, des roches plus anciennes, d’origine magmatique ou métamorphique, recèlent or, cuivre, terres rares, nickel, tantale, titane, uranium, fer, platine et diamants. À l’est, la région partage des traits géologiques avec la mer du Nord norvégienne, à laquelle elle était rattachée il y a 490 millions d’années. On y trouve pétrole, strontium et autres gisements typiques des bassins sédimentaires.

Les hydrocarbures, encore peu explorés, sont jugés prometteurs. Mais en 2021, les autorités groenlandaises ont gelé l’attribution de nouveaux permis d’exploration pétrolière, préférant se concentrer sur les métaux stratégiques pour la transition énergétique. Les autorisations en cours, comme à Jameson Land, restent valides mais limitées.

Chaque été, un peu plus de sol libéré par la glace

Le climat accélère le mouvement. Chaque été, la surface libérée de glace grandit, rendant possibles de nouvelles prospections. Le Groenland perdrait entre 200 et 300 milliards de tonnes de glace par an. Cette dynamique fait resurgir des projets parfois anciens, abandonnés puis relancés au gré des cours mondiaux. Amitsoq avait déjà été exploitée au début du XXe siècle.
Durant la Seconde Guerre mondiale, du plomb, du cuivre, du graphite avaient été extraits à l’est. En 1993, le Citronen Fjord, au nord, a révélé d’importantes réserves de zinc et de plomb. Les indices se multiplient sur le reste de l’île.

Le Groenland sur la carte des métaux stratégiques

En 2011, le patron du Bureau des ressources minières du Groenland imaginait déjà un “émirat du nord” grâce aux gisements identifiés : cuivre, titane, diamants, uranium, terres rares. Dix ans plus tard, l’euphorie est retombée, les projets ayant buté sur des obstacles techniques, économiques ou environnementaux. Mais le contexte évolue à nouveau. Le directeur de CMC assume un objectif : briser le monopole chinois sur les terres rares. Celui d’Amaroq, qui exploite l’or à Nalunaq, affirme que Trump a replacé le Groenland sur la carte mondiale. Et que le territoire reste sous-investi, malgré son potentiel.



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