Combien gagne Mohamed VI, le roi du Maroc ?

Budget royal, patrimoine immobilier, entreprises : la fortune de Mohammed VI suscite interrogations et critiques.

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Mohammed VI est l’un des souverains les plus riches du monde. C’est un fait régulièrement affirmé, mais rarement chiffré de manière claire. Et pour cause : les estimations de sa fortune personnelle varient du simple au quadruple selon les sources, toutes s’accordant sur un point — l’opacité.

Une richesse estimée entre 2 et 8,8 milliards de dollars

Selon Challenges, la fortune du roi marocain dépasse les 5 milliards de dollars (janvier 2026). Forbes la porte à plus de 7 milliards d’euros, le classant au 5ᵉ rang des monarques les plus riches au monde. En juin 2025, Afrik évoquait un chiffre de 5,7 milliards de dollars

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D’autres enquêtes journalistiques vont plus loin encore, mentionnant une fortune de 8,8 milliards de dollars dans un classement datant de 2022. Depuis 2009, les estimations varient entre 2,5 et 6 milliards de dollars. Cette volatilité dit tout de la difficulté à mesurer un patrimoine logé dans une architecture de holdings privées et de participations éparpillées dans une myriade de secteurs.

Siger et Al Mada : la mécanique royale du capital

La clé de voûte du système s’appelle Siger, holding personnelle fondée en 2002. Son nom, présenté comme l’anagramme latine de « Roi », est gérée par Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. Siger détient des parts dans Al Mada et Les Domaines Agricoles, première entreprise agroalimentaire du pays, avec 12 000 hectares irrigués.

Al Mada (ex-SNI), bras armé économique, est un fonds d’investissement à vocation panafricaine. Siger en est l’actionnaire principal. Le noyau dur de l’actionnariat est familial : Mohammed VI, son frère Moulay Rachid et ses trois sœurs possèdent ensemble 46,8 % du capital. Entre 2014 et 2017, Al Mada a injecté 600 millions d’euros en Afrique subsaharienne.

Une présence tentaculaire dans tous les secteurs clés

L’empire royal s’étale sur les secteurs-clés. Dans la banque, Attijariwafa Bank (46 % détenus par Al Mada) domine : 10,6 millions de clients, 20 583 salariés, 26 pays.

Dans le secteur minier, Managem Group contrôle les opérations d’extraction. Dans les télécoms, Inwi (69 % Al Mada) revendique plus de 12 millions de clients. Dans l’énergie, Nareva se positionne comme acteur majeur avec 3,5 GW de capacité renouvelable (éolien, solaire, hydraulique) et 5,4 milliards d’euros d’investissements cumulés.

Côté distribution, Marjane Group règne sur la grande surface avec 130 magasins dans 30 villes. Dans l’automobile, Optorg/Tractafric distribue véhicules et équipements industriels. L’industrie lourde est également sous contrôle : 50 % de Lafarge Maroc et le pilotage de Sonasid, géant de la sidérurgie.

L’hôtellerie de luxe n’est pas oubliée : la Collection Royal Mansour, projet personnel du souverain, aligne trois établissements de prestige à Marrakech, Casablanca et Tamuda Bay.

Palais, hôtels particuliers, dépenses publiques

Au Maroc, la famille royale dispose de douze palais, de Rabat à Skhirat en passant par Marrakech, Meknès ou Tétouan. Leur entretien coûterait 1 million de dollars par jour.

En France, le patrimoine immobilier dépasse les 400 millions d’euros. Mohammed VI a acheté en juillet 2020 un hôtel particulier au 20 avenue Émile-Deschanel (Paris 7ᵉ) pour 80 à 84 millions d’euros, via la société DSCI Deschanel dont il détient 99,9 %. Le bien s’étend sur 3 000 m², dont 1 400 m² habitables.

Ses sœurs ne sont pas en reste. Lalla Meryem, Lalla Hasnaa et Lalla Asmae possèdent ou ont possédé des biens dans le 16ᵉ arrondissement, près du Champ-de-Mars ou avenue Foch. À elles trois, le patrimoine est estimé à plusieurs dizaines de millions. Fin 2019, elles ont investi ensemble dans une dizaine de terrains loués à des supermarchés Aldi, pour environ 20 millions d’euros.

La famille conserve aussi le château de Betz, dans l’Oise, acheté en 1972 par Hassan II. Le domaine, un temps proposé à la vente pour 425 millions d’euros (puis 160), n’a pas trouvé preneur.

Le roi bénéficie aussi d’un budget voté annuellement. En 2023, il s’élevait à 543,4 millions de dirhams (52 millions d’euros), dont 26,2 millions pour la « liste civile » (salaires et pensions) et 517 millions pour les « dépenses diverses » (voitures, réceptions, entretien des palais, etc.).

Le roi perçoit un salaire annuel de 2,36 millions d’euros et une dotation de souveraineté de 47 millions. Les frais de la cour s’élèvent à 52 millions, auxquels s’ajoutent 138 millions pour le matériel. La liste civile versée à la famille atteint 1,8 million de dirhams par mois (160 000 euros). On peut chiffrer le coût journalier de la monarchie à 657 000 euros.

Le palais emploie 1 100 personnes, pour une masse salariale annuelle de 70 millions de dollars. Le parc automobile royal absorbe 7 millions, les dépenses vestimentaires 2 millions.

Majidi, homme de l’ombre

Né en 1963, diplômé en informatique (Strasbourg) et en finance (New York), Mounir Majidi incarne le technocrate du pouvoir. Secrétaire particulier du roi depuis 2000, il dirige Siger depuis 2002 et pilote la transformation de la SNI en Al Mada.

Une fuite de la CNSS en avril 2025 a révélé son salaire : 120 000 euros par mois, soit 1,3 million par an. Le chiffre a choqué dans un pays où le SMIC frôle à peine les 280 euros.

Le contraste avec la situation du pays est saisissant. Le 18 septembre 2025, des milliers de jeunes Marocains ont lancé le mouvement GenZ212, réclamant moins de stades et plus d’écoles, de soins, d’équité.

Les interpellations ont été nombreuses : plus de 300 à Rabat, 272 gardes à vue dont 39 mineurs. Le mouvement demandait la démission du gouvernement Akhannouch, des poursuites contre les corrompus, et la libération des prisonniers d’opinion.

Les statistiques officielles du HCP ne masquent pas les tensions. En 2025, 76 % des ménages affirmaient que leur niveau de vie avait baissé.

La pauvreté multidimensionnelle a reculé (11,9 % en 2014 à 6,8 % en 2024), mais la pauvreté absolue progresse (3,9 % en 2022 contre 1,7 % en 2019). La vulnérabilité économique touche 12,9 % de la population — soit 4,75 millions de personnes.

La fracture territoriale reste profonde : 13,1 % de pauvreté en zone rurale contre 3 % en ville. Près des trois quarts des pauvres vivent à la campagne.



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2 commentaires sur « Combien gagne Mohamed VI, le roi du Maroc ? »

  1. Nous Marocains, cela ne nous choque pas on aimerait même qu’il triple sa fortune…
    En revanche on vous demande de vous mêler de vos affaires, et Dieu sait que vois avez en ce moment beaucoup de sujets d’actualité… Votre déclin approche à grand pas.

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  2. Dis-moi Itisse, pourquoi la presse ne pourrait pas parler du Maroc ? ici, en France, la presse est libre, c’est pas comme au Maroc où l’on ne peut rien dire sans se retrouver en prison !

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