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L’industrie cosmétique ne brille plus seulement par ses crèmes et ses sérums. L’Oréal mise sur une autre lumière : l’infrarouge. Dans une offensive technologique qui vise à déplacer la science du soin de la cabine vers la salle de bains, le groupe français présente deux appareils primés, conçus pour intégrer les routines du quotidien.
Quelle efficacité ?
Le Light Straight + Multi-styler et le LED Face Mask, tous deux récompensés aux CES Innovation Awards, marquent une rupture dans l’approche du soin à domicile. Le premier réinvente le lissage capillaire. Finie la chaleur excessive des plaques chauffantes qui frôlent les 200 °C. L’appareil s’appuie sur la lumière proche infrarouge pour modifier les liaisons hydrogène à l’intérieur des fibres capillaires, sans dégrader leur structure. Résultat annoncé : un coiffage trois fois plus rapide, deux fois plus lisse, à une température limitée à 160 °C.
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Même logique avec le LED Face Mask, co-développé avec iSmart, présenté comme un leader de l’innovation LED. Cette membrane en silicone souple et transparente, bardée d’un microcircuit, diffuse deux longueurs d’onde – rouge à 630 nm et proche infrarouge à 830 nm – pour cibler fermeté, éclat, ridules, relâchement et taches pigmentaires. Le tout en dix minutes, grâce à des séances automatisées. Un appareil conçu pour s’insérer dans le quotidien, sans rupture d’usage. L’efficacité reste à confirmer.
Des photons dans la peau
L’Oréal ne part pas à l’aveugle. L’entreprise s’appuie sur près de vingt ans de publications scientifiques autour de la photobiomodulation, un mécanisme d’activation cellulaire par la lumière. Une étude coréenne de 2006, menée sur 20 patients, avait montré une hausse mesurable du collagène et de l’élastine après six mois d’exposition à la lumière infrarouge. Depuis, une série de recherches, notamment entre 2014 et 2023, a documenté la capacité de certaines longueurs d’onde à pénétrer jusqu’à 10 mm dans la peau, atteignant le derme profond et stimulant les fibroblastes. Des résultats récents font état d’une réduction de 30 % des ridules en huit semaines, sans effets secondaires durables.
Le fonctionnement repose sur l’activation des mitochondries cellulaires par les photons, ce qui accroît la production d’ATP et stimule les fonctions régénératrices. Une thérapie issue du médical – cicatrisation, inflammation, circulation – qui migre vers le cosmétique avec une légitimité clinique croissante.
Un marché qui s’ouvre, des prix qui baissent
La lumière ne reste pas confinée aux laboratoires. Le marché suit. La luminothérapie, LED et infrarouge confondus, pesait 1,15 milliard de dollars en 2024. Elle vise près de 2 milliards en 2035. Les dispositifs de soin de la peau, tous segments confondus, s’envolent : de 15,7 milliards en 2023 à près de 50 milliards attendus en 2033. Dans le même temps, plus de 700 000 utilisateurs dans le monde se sont équipés de masques LED depuis 2024. Dermatologues et esthéticiennes adoptent les protocoles de photobiomodulation. Les séances durent de dix à trente minutes. Les usages s’installent.
Ce basculement repose sur trois dynamiques. D’abord, une demande accrue pour des solutions non invasives. Une enquête L’Oréal en 2024 indiquait que 58 % des femmes pointaient la chaleur comme principale cause de dégradation de leurs cheveux. Ensuite, la sophistication des appareils : capteurs, intelligence artificielle, personnalisation des paramètres. Enfin, la chute des prix : si les dispositifs professionnels dépassent 15 000 euros, les masques LED destinés au grand public se négocient entre 200 et 800 euros.


