Ces pays européens qui continuent de soutenir Trump

L’Union européenne se divise face à une Amérique trumpiste qui ne cache plus son mépris pour l’ordre libéral international.

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Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump affiche une hostilité déclarée envers l’Europe : sa Stratégie de sécurité nationale de décembre 2025 qualifie l’Union européenne de menace stratégique, il brandit la menace militaire sur le Groenland, et impose des droits de douane massifs. Pourtant, plusieurs États européens continuent de courtiser Trump. La Hongrie de Viktor Orbán s’abstient seule sur les positions communes de l’UE pour se rapprocher de Washington. L’Italie de Giorgia Meloni négocie des avantages commerciaux tout en maintenant une façade d’indépendance.

Le Rassemblement National français et l’AfD allemande soutiennent ouvertement Trump malgré son objectif affiché de fragmenter l’Union européenne. Ce paradoxe révèle une Europe fracturée, où le ressentiment envers Bruxelles l’emporte sur la conscience du péril que représente une Amérique en rupture avec l’ordre libéral international.

Hongrie, le dernier vrai fidèle

La Hongrie de Viktor Orban reste l’allié le plus constant du président américain. En octobre 2025, lors de l’annonce du cessez-le-feu à Gaza, Trump salue Orban avec chaleur. Un mois plus tard, Budapest décroche une exemption des sanctions américaines sur le pétrole russe. Un avantage économique direct à cinq mois d’élections nationales.

Mais même cette fidélité a ses bornes. Lors de l’intervention américaine au Venezuela, début janvier, la Hongrie est le seul État membre de l’UE à s’abstenir sur la déclaration européenne rappelant l’impératif du respect du droit international. Une abstention qui signale à la fois l’alignement avec Washington… et l’isolement au sein de l’Union.

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Slovaquie, Italie, Tchéquie, Bulgarie : ligne grise

La Slovaquie de Robert Fico cultive une relation utilitaire. Il négocie un accord intergouvernemental sur la construction d’une centrale nucléaire avec l’américain Westinghouse, évaluée entre 13 et 15 milliards d’euros. En contrepartie, il bloque les décisions européennes sur le financement de l’aide militaire à l’Ukraine. L’opération militaire américaine au Venezuela casse toutefois cette dynamique. Début janvier, Fico condamne l’intervention, qu’il considère comme une violation du droit international, engagée sans mandat onusien, et révélatrice d’un usage unilatéral de la force par les puissants.

En Italie, Giorgia Meloni avance à pas comptés. Une conversation téléphonique avec Trump, le 31 décembre, fixe des contours de coopération pour l’année. En décembre, l’administration américaine réduit drastiquement les droits de douane sur les pâtes italiennes, succès que Rome met en avant. Mais sur l’Ukraine, Meloni marque des lignes rouges : aucun soldat italien au sol, aucune concession territoriale sans décision de Kiev. Le 6 janvier, elle signe une déclaration commune de six pays européens soutenant le Danemark contre les revendications américaines sur le Groenland, affirmant que seules les autorités danoises et groenlandaises sont habilitées à décider de ces questions. Sur le Venezuela, Meloni adopte une position nuancée, estimant que l’intervention militaire n’est pas un outil légitime contre un régime autoritaire, tout en saluant la chute du pouvoir en place.

La Tchéquie d’Andrej Babis joue, elle aussi, la carte de la souplesse. Le chef du parti ANO, cofondateur du groupe eurosceptique « Patriotes pour l’Europe » avec Orban, entre à nouveau au gouvernement après les législatives d’octobre. Pendant la campagne, il promet la fin du programme de livraison de munitions à l’Ukraine. En poste, il revient partiellement sur cette promesse : l’aide est maintenue, mais sous condition d’un financement par d’autres États. Le dispositif existant reste en place. Ce programme, lancé en 2024, a permis d’envoyer près de 4 millions d’obus à l’Ukraine, majoritairement financés par l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas.

En Bulgarie, le soutien à Trump est plus discret mais bien réel. En novembre 2025, le Premier ministre Zhelyazkov se félicite du plan de paix américain sur l’Ukraine. Le chef du parti GERB, Boyko Borissov, parle d’un effort significatif de Trump pour une paix durable. Le ministre des Affaires étrangères Georg Georgiev affirme que la Bulgarie est le premier État de l’UE engagé dans un dialogue stratégique avec la nouvelle administration américaine. À Paris, en janvier, Zhelyazkov réitère ce soutien à l’initiative américaine, en insistant sur la nécessité d’un cessez-le-feu et d’un règlement durable.

AfD, RN, AUR, FPÖ : l’autre soutien, sans le pouvoir

En Allemagne, l’AfD entretient des liens croissants avec Washington. En décembre, une délégation d’une vingtaine de députés se rend aux États-Unis pour rencontrer des responsables républicains. Le Département d’État ouvre la porte à des échanges. J.D. Vance, vice-président, critique la surveillance exercée par les services allemands sur le parti. Il s’affiche avec Alice Weidel à Munich. L’establishment allemand, derrière Friedrich Merz, tient la ligne : aucun rapprochement avec un parti jugé xénophobe, antisémite et hostile à l’OTAN.

En France, le Rassemblement National se repositionne. Marine Le Pen condamne rapidement et fermement l’intervention américaine au Venezuela, qu’elle considère comme une atteinte directe au droit international. Une posture souverainiste affirmée, en rupture avec le soutien reçu de Trump quelques mois plus tôt après sa condamnation judiciaire. Des rumeurs évoquent une possible sanction américaine contre des magistrats français. Le président du tribunal de Paris dénonce une tentative d’ingérence. Le RN parle de manipulation et conteste la véracité de ces informations.

En Roumanie, George Simion, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle en mai 2025 avec 41 %, revendique l’étiquette « MAGA ». Il affirme que le mouvement Make Europe Great Again aura bientôt la majorité au Parlement européen. Régulièrement invité par Steve Bannon, il prône un programme hostile à l’aide à l’Ukraine, critique des élites bruxelloises, et affichant un soutien sans réserve à Trump. Le contexte reste marqué par l’annulation du scrutin présidentiel de novembre 2024, sur fond d’accusations d’ingérence russe.

En Autriche, Herbert Kickl incarne une possible bascule institutionnelle. Depuis janvier 2025, il tente de former un gouvernement après l’échec des coalitions anti-FPÖ. Son programme prévoit une « forteresse Autriche » : contrôle des frontières, suspension du droit d’asile, remigration ciblée. Il s’oppose aux sanctions contre la Russie, critique l’aide militaire à l’Ukraine, et veut retirer son pays de l’Initiative de défense aérienne européenne. Il réclame le rapatriement des compétences européennes. Un basculement n’est pas encore acté, mais les sondages lui sont favorables.

Résistances affirmées

Certains dirigeants refusent toute ambigüité. Donald Tusk, en Pologne, accuse Trump de saper l’OTAN avec ses revendications sur le Groenland. Il déclare que l’alliance n’a plus de sens si un membre peut menacer un autre. Le 6 janvier, une déclaration conjointe de six pays, dont la France, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, réaffirme que la souveraineté sur le Groenland ne peut être décidée que par le Danemark et le Groenland eux-mêmes. Friedrich Merz, signataire, maintient la ligne de séparation stricte avec l’AfD.

Un agenda assumé à Washington

Trump, de son côté, formalise sa stratégie. La nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale, publiée en décembre, consacre un renversement de logique. Il ne s’agit plus de promouvoir la démocratie libérale mais d’encourager les forces politiques qui défient Bruxelles. Le texte affirme vouloir aider les nations européennes à retrouver leur identité civilisationnelle et se libérer d’une Europe perçue comme bureaucratique et étouffante. Il propose de renforcer les liens avec des pays comme la Hongrie, l’Autriche, l’Italie ou la Pologne, pour les éloigner de l’UE.

Le document qualifie l’Union européenne de menace stratégique. Il parle d’un « effacement civilisationnel » lié à l’immigration et d’une « censure idéologique » imposée par les élites européennes. Il soutient explicitement plusieurs partis : le RN, le Fidesz d’Orban, le PiS polonais, le parti de Geert Wilders. L’ECFR évoque une possible alliance entre la Maison-Blanche et des forces européennes visant à démanteler les institutions communautaires. António Costa et Friedrich Merz dénoncent un projet inacceptable. Laurence Nardon, de l’Ifri, le résume : Trump n’aime pas l’Europe libérale, mais il est prêt à soutenir ceux qui veulent la déconstruire.



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