Quel budget mensuel pour vivre en Suisse en 2026 ?

À quel point la vie est-elle chère en Suisse ? Plongée dans une réalité budgétaire de plus en plus difficile à assumer.

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Le décor ne change pas vraiment : vivre en Suisse reste cher. Très cher. Et les écarts s’accentuent entre villes, cantons et profils de ménage. À Zurich et Genève, le classement européen de Numbeo place ces deux villes en tête des plus coûteuses, devant Londres ou Oslo. Lausanne et Bâle ne sont pas loin derrière. Mais ce n’est pas une carte postale du pouvoir d’achat. C’est une série de chiffres qui montrent, mois après mois, combien il faut aligner pour vivre – ou survivre – en Suisse.

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Le logement et la santé grèvent les budgets

Le poste logement continue de plomber les budgets. Un 3,5 pièces se paie 2 480 CHF (2 614 €) à Genève, 2 500 CHF (2 675 €) à Zurich, 2 000 CHF (2 140 €) à Lausanne. Le mouvement ne s’arrête pas là : selon UBS et Raiffeisen, les loyers des nouveaux biens mis sur le marché devraient encore grimper de 2 % à 3 % cette année. Sur un 2,5 pièces à 1 800 CHF (1 926 €), cela représente 36 à 50 CHF (38,50 € à 53,50 €) de plus par mois. En centre-ville, les écarts s’envolent : 3 500 à 5 000 CHF (3 745 € à 5 350 €) pour trois chambres ; en périphérie, 2 500 à 3 500 CHF (2 675 € à 3 745 €). Charges comprises, il faut compter 250 à 400 CHF (267,50 € à 428 €) en plus, entre chauffage, électricité, eau, Internet et mobile.

À côté, l’assurance maladie obligatoire, la LAMal, continue de tirer vers le haut. En 2026, la prime moyenne atteint 393,30 CHF (420,83 €). Hausse de 4,4 % sur un an. Pour un adulte, la facture grimpe à 465,30 CHF (497,87 €) par mois. À Genève ou Bâle-Ville, c’est au-dessus de 500 CHF (535 €). Les jeunes adultes paient 326,30 CHF (349,14 €) ; les enfants, 122,50 CHF (131,08 €). À cette prime, il faut ajouter la franchise (300 CHF / 321 €) minimum, la quote-part de 10 % et un plafond annuel de 700 CHF (749 €). Rien d’accessoire. La dépense totale de santé par habitant dépasse désormais 11 594 CHF (12 405 €) par an. Et près d’un Suisse sur deux prévoit d’y consacrer davantage cette année, selon Management Tools Research.

Un budget serré dès 2 500 francs de revenu net

Difficile de trouver de la marge. Budget-conseil Suisse fixe à 2 500 CHF net (2 675 €) le seuil d’un budget sans épargne pour une personne seule : 900 CHF (963 €) de loyer, 450 CHF (481,50 €) pour la LAMal, 130 CHF (139,10 €) d’impôts, 150 CHF (160,50 €) pour les transports publics, 120 CHF (128,40 €) pour télécoms et Internet, 60 CHF (64,20 €) d’électricité.

Il reste 370 CHF (395,90 €) pour manger, 300 CHF (321 €) pour les autres dépenses. Rien de trop. À 3 000 CHF (3 210 €), une petite respiration avec 110 CHF (117,70 €) de marge. Mais pour épargner vraiment, il faut passer à 4 000 CHF (4 280 €). On peut alors espérer 500 CHF (535 €) de disponible.

L’alimentation suit la même pente. Pour une personne seule, 370 à 500 CHF (395,90 € à 535 €) par mois. Un couple atteint les 1 000 CHF (1 070 €). Le différentiel avec la France reste massif : +46 %. Le lait est à 1,90 CHF (2,03 €), les œufs à 6,60 CHF (7,06 €), le poulet à 26 CHF (27,82 €) le kilo. Même les repas les plus simples hors domicile coûtent : 25 CHF (26,75 €) pour un plat bon marché, 55 CHF (58,85 €) pour une table moyenne.

Transports stables, garde d’enfants hors de prix

Les transports, eux, offrent un peu de stabilité. L’Alliance SwissPass maintient les prix. À Genève, l’abonnement mensuel varie entre 70 et 120 CHF (74,90 € à 128,40 €) selon l’âge. Le Swiss Travel Pass 3 jours grimpe à 254 CHF (271,78 €). L’abonnement demi-tarif passe de 120 à 150 CHF (128,40 € à 160,50 €). L’automobile devient légèrement moins chère : 0,74 CHF (0,79 €) du kilomètre contre 0,76 en 2025. L’essence s’achète 1,71 CHF (1,83 €) le litre, contre 1,84 CHF (1,97 €) l’an dernier.

Les familles voient leur budget exploser avec la garde d’enfants. Les crèches privées de Zurich atteignent jusqu’à 149 CHF (159,43 €) par jour, soit plus de 3 130 CHF (3 349,10 €) mensuels. À Genève, le public plafonne à 120 CHF (128,40 €) par jour : 2 520 CHF (2 696,40 €) par mois. À Fribourg, les tarifs sont progressifs, de 18 à 86,55 CHF (19,26 € à 92,61 €) selon le revenu. Dans le canton de Vaud, entre 17,33 et 132,60 CHF (18,55 € à 141,88 €). Une estimation donne, pour 20 jours ouvrables, une facture mensuelle de 360 à 1 730 CHF (385,20 € à 1 851,10 €) à Fribourg, de 345 à 2 660 CHF (369,15 € à 2 846,20 €) dans le canton de Vaud, de 400 à 2 600 CHF (428 € à 2 782 €) à Genève.

Revenus médians, aides et zones de tension

Des repères permettent de cerner la réalité : une personne seule a besoin de 2 800 à 3 000 CHF (2 996 € à 3 210 €) par mois, logement inclus, pour vivre à peu près correctement. Le détail : 1 600 CHF (1 712 €) de loyer et charges, 450 CHF (481,50 €) pour manger, 350 CHF (374,50 €) d’assurance santé, 98 CHF (104,86 €) de transports, 300 CHF (321 €) pour les autres postes. Pour être à l’aise, 3 500 à 4 000 CHF (3 745 € à 4 280 €) sont recommandés. Pour un couple ou une famille, il faut 5 300 à 6 150 CHF (5 671 € à 6 580,50 €) par mois. Une famille de quatre personnes à Genève doit prévoir entre 7 500 et 9 500 CHF (8 025 € à 10 165 €) de dépenses mensuelles hors logement.

Les écarts cantonaux ne sont pas marginaux. Zoug, Zurich et Genève restent les plus chers. Jura, Neuchâtel et Valais sont plus abordables. Les loyers, mais aussi les impôts, expliquent ces écarts. À Zoug, la fiscalité reste favorable. Genève, Vaud et Berne ferment la marche, avec des taux qui peuvent dépasser 40 % pour les hauts revenus.

Les revenus ne suivent pas toujours. Le salaire médian brut est de 7 024 CHF (7 515,68 €) pour un temps plein. Le revenu médian des ménages oscille entre 10 200 et 10 800 CHF (10 914 € à 11 556 €) brut. Le salaire minimum genevois atteint 4 463 CHF (4 776,41 €) brut mensuels pour 42 heures hebdomadaires. Théoriquement suffisant pour couvrir les dépenses essentielles. En pratique, la marge est réduite.

Les aides cantonales tentent d’amortir les chocs. À Genève et Vaud, un tiers des habitants bénéficie de subsides pour l’assurance maladie. Le Jura offre une réduction pour les revenus annuels inférieurs à 27 000 CHF (28 890 €). À Vaud, un système vise aussi la classe moyenne. Les retraités, eux, comptent sur le premier versement de la 13e rente AVS en décembre 2026. Un douzième de leur pension annuelle, censé compenser un peu l’inflation.

Mais l’ambiance reste tendue. Selon une étude publiée fin 2025, 32 % des ménages prévoient de réduire leurs dépenses. Le chiffre grimpe à 41 % chez les moins de 45 ans. En Suisse romande, 61 % qualifient leur budget de « tendu ou critique ». En Suisse alémanique, 52 % estiment au contraire que leur situation économique est bonne. L’épargne reflète ce fossé : 1 220 CHF (1 305,40 €) par mois en moyenne, 360 CHF (385,20 €) pour les revenus inférieurs à 7 000 CHF (7 490 €), 2 800 CHF (2 996 €) au-delà de 9 000 CHF (9 630 €). Et 13 % n’épargnent rien du tout. Au Tessin, ils sont 29 %.



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