Quel est le salaire moyen en Israël ?

Pourquoi le salaire moyen ne reflète pas la vie quotidienne des salariés en Israël ? Analyse des écarts réels par genre, secteur et région.

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Le salaire moyen continue de progresser en Israël, porté par la vigueur du marché du travail et une croissance encore solide en dépit des tensions régionales. Mais l’illusion statistique de la moyenne masque une réalité fragmentée, où les inégalités de genre, de territoire et de secteur restent massives. En août 2025, le Bureau central des statistiques (CBS) établissait le salaire mensuel moyen à 13 935 shekels (3 762 €), en hausse de +5 % sur un an.

La tendance se poursuit : 13 761 shekels (3 715 €) en septembre (+4,3 %), 13 623 shekels (3 678 €) en octobre (+3 %) et 13 587 shekels (3 668 €) en novembre (+4,6 %).

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Une moyenne tirée vers le haut par les hauts revenus

La distance entre la moyenne et la médiane illustre les déséquilibres de la structure salariale. Au premier semestre 2025, le Bituah Leumi rapporte un salaire médian de 10 586 shekels (2 859 €) contre un salaire moyen de 15 098 shekels (4 077 €), soit un écart de 43 %. Ce désalignement statistique montre que les rémunérations les plus élevées, concentrées dans une fraction réduite des postes, tirent la moyenne vers le haut, tandis que la médiane reflète davantage la réalité vécue par la majorité des salariés israéliens.

SMIC automatique et revalorisé : jusqu’à 6 680 shekels

Depuis avril 2025, le salaire minimum est fixé à 6 247,67 shekels (1 687 €) pour un emploi à temps plein, soit 34,32 shekels (9,27 €) de l’heure, en progression de +6,25 % par rapport à 2024. Ce niveau résulte d’un mécanisme automatique en vigueur depuis 1987 : le salaire minimum équivaut à 47,5 % du salaire moyen brut calculé sur les trois derniers mois disponibles, soit 13 135 shekels (3 547 €) entre septembre et novembre 2024.

Pour 2026, aucune annonce officielle n’a encore été faite, mais des projections tablent sur une hausse comprise entre +5 % et +7 % en avril, ce qui placerait le salaire minimum entre 6 560 shekels (1 771 €) et 6 680 shekels (1 804 €). Une annonce signale qu’après signature par le ministre du Travail, le salaire minimum devrait atteindre 6 443,85 shekels (1 740 €) à partir d’avril 2026, soit +3,3 % et environ 196 shekels (52,92 €) supplémentaires.

Femmes, toujours loin derrière les hommes

Les écarts entre hommes et femmes restent particulièrement marqués. Au premier semestre 2025, les hommes perçoivent en moyenne 18 441 shekels (4 979 €), contre 11 940 shekels (3 224 €) pour les femmes, soit +54 % de plus. Le rapport précédent avait déjà souligné une légère aggravation de cet écart, avec une progression d’environ +2 %. Sur l’année 2024, le Bituah Leumi indiquait une moyenne de 17 386 shekels (4 694 €) pour les hommes et 11 288 shekels (3 047 €) pour les femmes. Ces données confirment une structure salariale genrée profondément ancrée, qui évolue lentement, voire pas du tout, malgré la croissance globale.

Entre Herzliya et Nazareth, deux pays salariaux

Les disparités territoriales sont tout aussi visibles. Au premier semestre 2025, Herzliya enregistre le salaire moyen le plus élevé du pays, avec 22 951 shekels (6 197 €), devant Ra’anana à 22 565 shekels (6 092 €), Modi’in-Maccabim-Reout à 22 512 shekels (6 078 €) et Tel-Aviv à 22 359 shekels (6 037 €).

À l’opposé, les villes à majorité ultra-orthodoxe ou arabe ferment la marche : Modi’in Illit avec 8 161 shekels (2 203 €), Rahat à 9 548 shekels (2 578 €), Bnei Brak à 9 563 shekels (2 582 €) et Nazareth à 9 924 shekels (2 679 €). L’écart entre les extrêmes reflète une carte économique duale, où la géographie structure l’accès à des postes qualifiés, connectés ou faiblement rémunérés.

High-tech, toujours au sommet des revenus

Les écarts sectoriels renforcent encore ces disparités. La high-tech reste de loin le secteur le plus rémunérateur. En mars 2025, les salaires y atteignent 36 731 shekels (9 918 €) mensuels, en hausse de +9 %. En juin, la moyenne s’établit à 32 774 shekels (8 849 €), pour une hausse de +1,7 % sur un an, puis à 32 479 shekels (8 769 €) en octobre, soit +5,1 % sur un an. Sur l’ensemble de 2024, le salaire moyen dans la high-tech s’élevait à 31 858 shekels (8 611 €), contre 29 826 shekels (8 043 €) en 2023, soit une progression de +6,8 %, avec des pics dans la recherche scientifique (35 877 shekels, soit 9 687 €) et la programmation (33 395 shekels, soit 9 017 €).

En dehors du numérique, l’énergie, le gaz, l’approvisionnement en climatisation et les technologies de l’information restent bien positionnés. Les services publics, eux, atteignent 31 922 shekels (8 619 €) au premier semestre 2025. À l’inverse, les bas salaires dominent dans l’hébergement, la restauration, les arts, les services administratifs et surtout l’éducation, où la moyenne pour l’ensemble des postes s’élève à 16 622 shekels (4 488 €) et la médiane en écoles primaires et collèges à 14 246 shekels (3 846 €).

Les nouveaux enseignants commencent à 9 000 shekels (2 430 €) par mois. Dans le secteur de la santé, les écarts internes sont notables : les médecins spécialistes gagnent en moyenne 142 400 dollars annuels, tandis que les infirmières, après cinq ans d’expérience, peuvent espérer 60 595 dollars, avec une moyenne annuelle autour de 53 768 dollars. Ces niveaux restent dans la moyenne internationale.

Pouvoir d’achat en tension malgré l’inflation contenue

Le premier semestre 2025 comptabilise 4 032 894 postes salariés déclarés, pour une masse salariale totale de 55,3 milliards de shekels (14,931 milliards €). Le tissu économique israélien demeure dominé par les petites entreprises : 92 % des employeurs comptent moins de 19 salariés et 73 % n’emploient pas plus de cinq personnes. À l’opposé, 1,5 % des entreprises concentrent 58 % des emplois.

La hausse des salaires dépasse le taux d’inflation annuel de +2,4 % en novembre 2025, mais certains postes essentiels ne suivent pas cette dynamique. Les prix alimentaires ont augmenté de +20 % depuis 2020, les loyers de +25 %. Le budget mensuel minimum vital est évalué à 5 589 shekels (1 509 €) pour une personne seule et à 14 139 shekels (3 817 €) pour une famille composée de deux adultes et deux enfants. Deux salaires au SMIC atteignent 12 495 shekels (3 374 €), soit 1 644 shekels (444 €) en dessous du seuil familial de subsistance.

Israël dans la moyenne basse des salaires OCDE

À l’échelle internationale, Israël se situe dans la moyenne basse des pays de l’OCDE. En 2025, le salaire annuel brut moyen s’élève à 48 166 dollars, contre 63 795 dollars aux États-Unis, 55 712 dollars en Allemagne, 52 189 dollars au Royaume-Uni. La France se positionne un peu plus bas, avec 40 500 dollars. Zvika Cohen, directeur général par intérim de l’Institut national d’assurance, décrit un marché du travail « actif et en croissance », tout en soulignant l’aggravation des écarts sociaux et l’urgence d’une politique économique de long terme.

Il appelle à renforcer les salaires dans les secteurs du social, de la santé et de l’éducation, non seulement comme exigence sociale, mais comme obligation morale de l’État, condition indispensable à la stabilité économique et à la résilience nationale.



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