Afficher le sommaire Masquer le sommaire
C’est une vieille histoire française : l’État croule sous ses propres structures, et chaque gouvernement promet de le remettre d’aplomb. Cette fois, c’est Sébastien Lecornu qui s’y colle. À peine installé à Matignon, il ressort les grands mots : efficacité, lisibilité, responsabilité. Et surtout, il ressort les grandes ambitions : 70 mesures de simplification, sept chapitres de réforme, et une promesse – faire enfin ce que les autres n’ont jamais réussi.
On connaît la musique. On en a même les partitions : « fusions d’agences », « clarification des compétences », « mutualisation des fonctions support ». Des mots qui sentent bon les cabinets de conseil et les notes de Bercy. Des phrases creuses qui espèrent cacher la réalité : l’administration française est une machine conçue pour s’auto-entretenir, pas pour se réformer.
A LIRE AUSSI
Cumul emploi-retraite : Lecornu sacrifie les séniors
Des gains de productivité ?
On parle de « gains de productivité ». Mais sans les chiffrer. Matignon préfère parler de résultats à venir plutôt que d’économies à faire. C’est plus prudent. Et surtout, cela évite les comparaisons futures avec les promesses passées. Pourtant, tout le monde le sait : ces plans de rationalisation coûtent souvent plus cher qu’ils ne rapportent, au moins dans un premier temps. Et les économies, quand elles arrivent, sont absorbées ailleurs.
La volonté de simplification est louable. Elle est même indispensable. Mais elle ne peut pas être seulement structurelle. Le vrai problème, ce n’est pas tant le nombre d’agences ou la complexité des organigrammes. C’est la culture de la dilution, cette passion française pour le flou des responsabilités, pour l’empilement des missions, pour la décision sans décideur.
Un Etat qui sépuise
Derrière les effets d’annonce, il y a une réalité : l’État continue de gérer trop de choses, souvent mal. Il prétend tout piloter, mais il s’épuise dans les détails. La tentation de tout rationaliser d’en haut, avec des schémas et des circulaires, ne change rien à cette logique. On déplace les cases sur le papier, mais le poids reste le même.
On peut toujours espérer que cette fois, ce sera différent. Mais les réformes administratives en France suivent une règle simple : plus elles sont ambitieuses dans les discours, plus elles sont discrètes dans les résultats.


