Venezuela : le retour brutal de l’Amérique impériale

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C’est une image qu’on croyait reléguée au siècle dernier : des Marines américains posant le pied sur le sol latino-américain, un président enchaîné, évacué vers une base militaire. Et pourtant, c’est bien ce qui vient de se produire au Venezuela. Nicolás Maduro, capturé avec son épouse lors d’une opération militaire terrestre lancée par les États-Unis. Un choc, une démonstration de force, et surtout un signe. L’Amérique latine est de retour au cœur des priorités stratégiques de Washington.

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Une stratégie écrite noir sur blanc

Tout est allé très vite, mais rien n’est arrivé par hasard. L’affaire Maduro n’est que la première brique visible d’un édifice doctrinal désormais assumé. Dans sa Stratégie de sécurité nationale publiée fin 2025, l’administration Trump n’a pas pris de gants. Exit les discours sur la promotion de la démocratie ou la stabilité globale. Place à une nouvelle centralité : l’hémisphère occidental d’abord. L’Europe rétrogradée, le Moyen-Orient marginalisé. C’est un rééquilibrage brutal, et surtout un retour aux fondamentaux : la doctrine Monroe, version 21e siècle.

La vieille formule du 19e siècle proclamait que toute intervention européenne en Amérique latine serait considérée comme une agression contre les États-Unis. Un siècle plus tard, le principe est recyclé, durci, et rebaptisé par quelques analystes “doctrine Donroe”. Le ton est donné. Coopérez et vous serez récompensés. Résistez, et vous serez neutralisés.

Une opération calibrée jusqu’au symbole

Le Venezuela cochait toutes les cases : ressources pétrolières majeures, régime contesté, alliances stratégiques avec Pékin et Moscou, rhétorique anti-américaine. La séquence d’intervention a été calibrée. Pressions diplomatiques, blocus ciblés, frappes préliminaires — dont certaines meurtrières — et enfin une incursion terrestre, spectaculaire et chirurgicale. Pas un mot du Congrès, pas de mandat international. Juste un président emmené sous escorte, dans un climat de sidération mondiale.

Des alliés récompensés à coups de dollars

Derrière le cas vénézuélien, c’est une architecture régionale qui se redessine. Les “bons élèves” sont choyés. Bukele, Milei, Noboa : profils variés, mais un point commun, leur alignement sans ambiguïté avec Washington. Ceux-là reçoivent des aides, des baisses de tarifs douaniers, parfois même des coups de pouce électoraux. À l’inverse, les gouvernements jugés déviants — Petro en Colombie, Lula au Brésil, les derniers fidèles de La Havane — sont ciblés, isolés, fragilisés.

La cohérence de la stratégie est réelle. Mais elle est aussi brutale, voire dangereuse. Le pragmatisme est total : peu importe la nature du régime, du moment qu’il est docile. Plus de discours sur les droits humains, sur la bonne gouvernance. Juste des intérêts, gérés de façon bilatérale et conditionnelle. Et dans l’ombre, une logique d’influence économique qui laisse peu de place à la souveraineté : attribution directe de contrats à des firmes américaines, exclusion systématique des entreprises chinoises, surveillance renforcée des flux financiers.

Un risque de contagion incontrôlable

Cette dynamique ne va pas sans tensions. La réactivation d’un imaginaire impérial américain suscite de fortes résistances. Des ONG, des anciens diplomates, même certains militaires s’inquiètent du précédent vénézuélien. Les fantômes du Panama, de Grenade, ou plus loin encore de Bagdad, ne sont pas loin. La question n’est pas tant de savoir si les États-Unis peuvent encore imposer leur volonté par la force. Ils viennent de prouver que oui. Mais jusqu’où ? Et à quel prix ?



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