Dry January, le défi qui dérange le gouvernement

Chaque janvier, des millions de Français relèvent un défi de taille : un mois sans alcool. Pourtant, aucune campagne publique n'accompagne ce Dry January.

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Chaque mois de janvier, ils sont des millions à lever le pied. Pas sur l’accélérateur, mais sur le verre de vin ou de bière du soir. Le Dry January, défi d’abstinence alcoolique lancé au Royaume-Uni il y a un peu plus de dix ans, séduit un nombre croissant de Français. En 2025, ils étaient 4,5 millions à y participer. Mais cette mobilisation massive, bénéfique à la fois pour la santé et les finances individuelles, se déroule sans aucun soutien public. L’État reste aux abonnés absents.

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La santé, oui. Mais sans l’État.

Depuis 2020, un collectif d’associations et de collectivités locales a pris le relais pour coordonner la campagne. Dépliants, réseaux sociaux, événements, application mobile. Tout est prêt. Tout est financé sans un euro public. Car l’État, lui, a choisi de rester à l’écart. Officiellement, pas d’hostilité. Officieusement, une prudence politique dictée par les pressions des lobbys de l’alcool. L’Élysée, comme Matignon, évite soigneusement de s’associer à cette opération. Une exception dans un pays pourtant prompt à multiplier les campagnes de santé publique, d’« Octobre rose » au « Mois sans tabac ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Trois mois après le défi, 62 % des participants déclarent avoir réduit leur consommation d’alcool. Et neuf mois plus tard, ils sont encore 58 % à maintenir ce changement. Les bienfaits sont connus : meilleur sommeil, tension artérielle en baisse, meilleure concentration, économies. La santé publique, concrètement.

Ce sont d’abord les jeunes qui s’emparent du défi. Chez les moins de 35 ans, la dimension collective joue un rôle central. On participe entre amis, en couple, au travail. Les motivations sont multiples : 56 % évoquent le bien-être, 44 % la digestion post-fêtes, 38 % un défi personnel, 36 % les économies.

Une sobriété qui entre dans les mœurs

Le Dry January s’adresse d’abord aux consommateurs réguliers non dépendants. Ceux qui prennent un verre le soir sans y penser. Mais il n’ignore pas les publics plus fragiles. Des outils de suivi, comme l’application MyDéfi, permettent un accompagnement personnalisé. Reste que la tâche est plus difficile pour les fumeurs, plus nombreux à abandonner le défi en cours de route. Les organisateurs en tiennent compte pour adapter les éditions futures.

Dans les faits, la campagne s’installe dans les habitudes. Une enquête de décembre 2025 montre que 55 % des Français connaissent le Dry January, et 37 % savent exactement de quoi il s’agit. Une notoriété que l’on croirait suffisante pour susciter un appui public.

Vers un basculement culturel ?

Le succès du Dry January s’inscrit dans un mouvement plus large : une remise en question de la place de l’alcool dans la vie sociale. La tendance sober curious pousse à expérimenter des moments festifs sans éthanol. Le marché des boissons sans alcool explose. Des marques émergent, des restaurants diversifient leurs cartes. Même la Ligue contre le cancer s’en mêle.

Les Sober Parties, ces soirées sans alcool, commencent à apparaître un peu partout. Elles proposent une autre forme de convivialité, débarrassée de la pression sociale du verre à la main.

Le tout dessine une transformation lente mais réelle des normes. Sans injonction, sans stigmatisation. Mais avec un grand absent : l’État.



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