Combien gagne un gendarme à la retraite ?

La revalorisation de +0,9 % des pensions des gendarmes entre en vigueur en 2026, sans compenser la perte de pouvoir d’achat.

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Le 1er janvier 2026, les pensions des gendarmes ont été revalorisées de +0,9 %. Une hausse au millimètre, calquée sur l’inflation annuelle, validée par la loi de financement de la Sécurité sociale adoptée le 16 décembre 2025. De quoi maintenir – tout juste – le pouvoir d’achat des anciens militaires, sans réparer les dégâts accumulés. Car entre 2003 et 2023, les pensions des fonctionnaires ont décroché de -9,2 % par rapport à l’inflation. Une érosion légère mais continue.

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Un sous-officier supérieur touche en moyenne 2 392 €

En 2023, un gendarme quittant l’uniforme pour ancienneté touchait en moyenne 2 276 € bruts mensuels. Mais ce chiffre lisse une hiérarchie bien ancrée : 2 392 € pour les sous-officiers supérieurs, qui constituent 73 % des départs ; 3 751 € pour les officiers supérieurs, au sommet de la pyramide. De quoi placer les gendarmes dans la tranche haute de la fonction publique : au-dessus des militaires des armées (1 814 €), et loin devant les agents territoriaux (1 670 €). Seuls les fonctionnaires civils d’État, avec 2 440 €, s’approchent du niveau.

La hausse de +0,9 % change peu la donne. Un sous-officier supérieur gagne désormais 2 413 € bruts (+21 €), un officier supérieur 3 785 € (+34 €). À l’échelle de l’année, le gain varie entre +240 € et +408 €.

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Les femmes retraitées en retrait de 500 €

Les écarts ne s’arrêtent pas aux grades. Ils traversent aussi les sexes. En moyenne, une femme gendarme retraitée touche 1 767 €, soit 500 € de moins que ses collègues masculins. Pas d’écart de solde en ligne de mire, mais un effet mécanique : moins d’années de service, moins de promotions, moins de trimestres validés.

L’accès aux corps opérationnels s’est ouvert tardivement aux femmes. Les interruptions de carrière restent plus fréquentes. Résultat : les femmes cumulent 4 à 10 ans d’ancienneté en moins, selon le grade. Une différence qui pénalise directement le niveau de pension, basé sur les six derniers mois de solde et sur la durée validée.

Un régime spécial

La retraite d’un gendarme ne se calcule pas comme celle d’un salarié. Pas question des 25 meilleures années : seules les six derniers mois de solde indiciaire comptent. Le taux plein grimpe à 75 %, voire 80 % avec les bonifications. Et surtout, l’Indemnité de Sujétion Spéciale de Police – qui pèse environ 20 % de la rémunération en activité – est intégrée dans le calcul à partir de 50 ans. Une spécificité partagée avec les policiers nationaux, mais inconnue des fonctionnaires civils. Un levier décisif.

Les départs se font tôt. Après 17 ans de service pour les sous-officiers, 27 ans pour les officiers. Légalement, aucun âge minimal. Mais dans les faits, les départs s’effectuent à 52 ans en moyenne. Bonifications comprises, les sous-officiers gagnent 21,5 trimestres, les officiers 18,8. Un système taillé pour des carrières précoces et intenses.

Le coup de frein sur la réforme de 2023

La réforme de 2023 prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal à 64 ans. Mais pour les gendarmes nés entre 1964 et 1968, le coup de frein est acté jusqu’en 2028. Ces retraités pourront partir un trimestre plus tôt que prévu. Pour un sous-officier de la génération 1964, cela signifie un départ à 62 ans et 9 mois, au lieu de 63 ans. Le nombre de trimestres requis tombe de 171 à 170. Une pause, pas un abandon : le texte de 2026 évoque clairement un report temporaire.

Revalorisation rime rarement avec gain net

Les hausses de pensions brutes ne passent pas intactes. Comme tous les retraités, les gendarmes sont soumis à la CSG, à la CRDS et à la CASA. Pour 2026, les seuils restent inchangés : au-delà de 26 472 € de revenu fiscal annuel, le taux global grimpe à 9,1 %. C’est le cas typique d’un retraité à 2 400 € mensuels bruts : il perd chaque mois environ 218 € en prélèvements sociaux. Et pour ceux qui frôlent les seuils, une revalorisation peut se traduire par un basculement de tranche. La mécanique fiscale absorbe une partie du gain.

Pas de complémentaire, mais pas de gel non plus

Autre spécificité du régime militaire : pas de retraite complémentaire. Contrairement aux salariés du privé, les gendarmes ne sont pas soumis à la double peine du gel des pensions de base et des complémentaires. En 2026, la valeur du point Agirc-Arrco reste figée à 1,4386 €, faute d’accord entre les partenaires sociaux. Les anciens gendarmes échappent à ce blocage, mais ne disposent pas non plus d’un second étage pour compenser l’érosion du premier.

Un pouvoir d’achat qui s’effrite lentement

La hausse de +0,9 % de 2026 suit l’inflation. Mais elle ne rattrape rien. Depuis vingt ans, les retraités perdent du terrain. Sur la seule décennie 2012-2022, la baisse en pouvoir d’achat atteint -6,2 %. En 2022, l’inflation a dépassé la revalorisation, entraînant une perte de -0,4 % en termes réels. Même la hausse exceptionnelle de +5,3 % en 2024 n’a pas suffi à combler les années perdues.

Le débat reste vif sur l’indexation des pensions. Les syndicats réclament un mécanisme de rattrapage automatique. Les économistes des finances publiques, eux, regardent la dépense : 11,2 milliards d’euros pour les militaires en 2026, avec un taux de cotisation employeur fixé à 126 %. Un coût élevé pour un système à part.

Une réforme promise mais encore floue

Le ministère des Armées a ouvert la porte à une réforme plus structurelle. Le plan « Fidélisation 360 », dévoilé en 2024, prévoit l’intégration progressive de certaines primes dans le calcul des pensions. Un geste pour attirer et retenir. Mais rien n’est acté, et les contours restent flous. Une simple intention, pour l’instant.



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