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Sur le papier, gendarmes et policiers partagent des grilles indiciaires très proches. Mais dans la pratique, leur pouvoir d’achat diverge nettement. À salaire net similaire, l’écart se creuse dès qu’on intègre primes, logement et statut.
Débuts comparables, mais des carrières qui bifurquent
Un gardien de la paix débute à 2 161 euros nets en province, 2 344 euros en Île-de-France. Progression lente mais assurée : 3 600 euros en fin de carrière. Les grades supérieurs offrent un peu plus d’air : 3 487 euros pour un major.
Côté gendarmerie, les débuts sont comparables : 2 145 euros nets. Après quelques années, le revenu grimpe à 2 600 euros, en fonction de l’unité. Les adjudants touchent entre 2 700 et 3 200 euros. En 2022, tous grades confondus, la moyenne nette mensuelle atteignait 2 937 euros.
Les lignes bougent dès qu’on passe à l’encadrement. Les lieutenants de gendarmerie commencent à 2 910 euros nets. Les officiers de police, eux, démarrent à 2 500 euros. Les écarts se prolongent jusqu’au sommet : un commissaire de police peut grimper à 8 000 euros nets mensuels, tandis qu’un général de gendarmerie plafonne autour de 6 500 euros bruts.
Primes et indemnités, le jeu des mille feuilles
L’Indemnité de Sujétion Spéciale (ISSP) pèse lourd dans la balance. Depuis 2019, elle représente 28,5 % du traitement brut des policiers. Soit 517 euros bruts pour un débutant. À cela s’ajoute une allocation de maîtrise de 319,58 euros bruts. En région parisienne ou en Corse, une compensation de 145 euros complète l’ensemble.
La gendarmerie aligne le même taux d’ISSP depuis 2020. Mais elle ajoute une spécificité militaire : l’Indemnité pour Charges Militaires (ICM). Discrète mais constante : 91,57 euros nets pour un célibataire logé. Variable selon la situation familiale, elle grimpe avec les enfants.
La police bénéficie d’un régime plus technique. Le travail de nuit, revalorisé depuis juillet 2025, est indemnisé entre 35 et 128 euros. Les vacations entre minuit et cinq heures ouvrent droit à une majoration de 105 euros. En cycle de douze heures, on parle d’un complément d’environ 160 euros nets. S’ajoutent la prime OPJ (125 euros nets trimestriels) et une prime annuelle de fidélisation de 1 000 euros en Île-de-France.
La gendarmerie, de son côté, mise sur la fidélisation rurale : jusqu’à 200 euros nets mensuels pour les affectations territoriales les plus isolées.
Le logement de fonction change toute la donne
C’est là que tout bascule. Près de 79 % des gendarmes bénéficient d’un logement gratuit. Une obligation statutaire — mais une économie réelle. Dans les zones tendues, le gain peut atteindre 800 à 1 200 euros par mois. Les charges courantes restent à la charge de l’occupant, mais l’essentiel du loyer disparaît.
Les policiers, eux, n’ont pas cet avantage. Ils peuvent percevoir quelques aides, mais doivent se loger sur le marché privé. En Île-de-France, c’est un gouffre. Le logement pèse lourd sur le budget. À salaire égal, le différentiel peut vite dépasser 30 %.
Deux statuts, deux logiques de contrainte
Un gendarme débutant à 2 145 euros nets avec un logement gratuit valorisé à 800 euros atteint un niveau de vie équivalent à 2 945 euros. Son homologue policier à 2 161 euros, sans logement de fonction, paie tout. L’écart n’est plus salarial, il est matériel.
Mais le logement gratuit a un prix : disponibilité permanente, pas de droit de grève, ni de syndicat. Le statut militaire encadre tout. Le policier, fonctionnaire civil, peut revendiquer, mais il paye son loyer.
Enfin, tous deux subissent la même lame de fond : le gel du point d’indice depuis trois ans, pendant que le SMIC montait. Entre 2020 et 2025, la perte de pouvoir d’achat pour les policiers par rapport au salaire minimum est estimée à 11 %. La garantie individuelle n’a pas été versée en 2024 ni en 2025.


