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À 800 km/h, le paysage n’existe plus. Il file. La gravité change de camp. Le corps se tasse, la vision se rétrécit, les réflexes ralentissent. Le vol en avion de chasse n’a rien à voir avec l’aviation civile. Ce n’est pas une balade, c’est une épreuve. Et c’est justement pour ça que des civils paient plusieurs milliers d’euros pour y goûter.
Un avion de chasse, c’est un outil de guerre. Vitesse supersonique, réactivité immédiate, manœuvrabilité extrême. Des caractéristiques pensées pour affronter un ennemi, pas pour transporter des touristes. Pourtant, ce sont ces mêmes spécificités qui attirent les amateurs de sensations fortes. Car c’est là que réside l’attrait : vivre, pour quelques minutes, dans la peau d’un pilote de combat.
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Du secret-défense à la prestation commerciale
Il y a encore trente ans, seuls les militaires – et encore, pas tous – avaient accès à ces engins. Aujourd’hui, des sociétés privées proposent cette expérience au grand public, dans un cadre strict. Fouga Magister, L-39 Albatros : des avions historiques, déclassés, remis aux normes civiles. À Reims, à Dijon ou ailleurs, des ex-pilotes de l’armée accueillent leurs clients avec rigueur. L’expérience est balisée, la sécurité verrouillée. Mais la sensation, elle, reste brute.
Avant même de grimper dans le cockpit, il faut passer par une préparation méticuleuse. Briefing sécurité, équipement, vérifications techniques : rien n’est laissé au hasard. Puis vient le roulage, le décollage – vif, sans transition – et très vite, les premières manœuvres. Virages serrés, loopings, descentes en piqué. Le corps est soumis à des forces inhabituelles. Jusqu’à 4 ou 5 G. Le sang quitte la tête, le cœur s’emballe. Certains serrent les dents. D’autres vomissent.
Une vision neuve du vol
Le cockpit n’a rien d’un siège en cuir inclinable. C’est un espace étroit, fonctionnel. La verrière offre une vue à 360°, le ciel devient sol, l’horizon se retourne. Le passager voit ce que voit le pilote, vit ce qu’il vit – en partie. Et ce qu’il vit, ce n’est pas seulement de l’adrénaline. C’est une autre façon de penser l’espace, le mouvement, la vitesse. On ne regarde plus le ciel de la même façon après avoir volé à 12 000 mètres dans un engin conçu pour l’interception.
L’accès à cette expérience n’est pas ouvert à tous. Il faut être en bonne santé, présenter un certificat médical, avoir plus de 15 ans, moins de 70 dans la plupart des cas. Les femmes enceintes et les personnes souffrant de pathologies cardiaques sont écartées. Et il faut, surtout, pouvoir aligner les billets : entre 2 000 et 5 000 euros pour un vol de 30 à 60 minutes. Le prix de la sécurité, de la maintenance, du kérosène et du pilote.
Une parenthèse hors normes
Ceux qui en reviennent parlent d’un choc. D’un bouleversement physique, parfois. Mais surtout d’un moment suspendu, entre peur et fascination. Les pilotes sont salués pour leur pédagogie, leur sang-froid, leur maîtrise. L’appareil pour sa puissance, son esthétique, sa brutalité. Il ne s’agit pas d’un tour d’attraction. Plutôt d’un fragment de réalité emprunté à un monde auquel on n’a pas accès. Un monde d’acier, de vitesse, de silence radio.


