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La guerre change de visage. En Ukraine, les drones pullulent, les frappes sont déclenchées à distance, l’espace aérien est saturé de capteurs et d’engins automatisés. Une nouvelle norme s’installe. Et au milieu de ce champ de bataille numérisé, une question embarrassante : que vaut encore un avion de chasse piloté ? Que vaut encore le Rafale, censé voler jusqu’au milieu du siècle ?
Une supériorité aérienne désormais disputée
Le champ de bataille ukrainien est devenu un laboratoire. Des millions de drones y sont lancés, et détruits, chaque année. L’attrition est devenue la règle. L’essentiel des pertes humaines et matérielles est désormais causé par des frappes téléopérées. Ce n’est plus l’aviation de chasse qui fait la loi dans le ciel, mais une nuée de machines jetables, souvent artisanales, parfois autonomes.
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Dans ce chaos, les avions pilotés n’ont pas disparu. Mais leur fonction se reconfigure. Aucun des deux camps n’a réussi à imposer une maîtrise durable de l’espace aérien, malgré une supériorité initiale claire du côté russe. Les défenses sol-air tiennent, les systèmes se réorganisent, les frappes se font plus rares, plus lointaines. Le ciel n’est plus un domaine à conquérir mais un espace à traverser furtivement, avec un maximum de précautions. Résultat : des opérations aériennes qui s’étirent, sans percée décisive, et une guerre qui s’enlise.
Des drones en masse, mais pas sans failles
Les drones règnent par leur nombre. Ils sont devenus les nouveaux fantassins du ciel : bon marché, à usage unique, massivement déployés. Mais ils ne sont pas invincibles. Les modèles de moyenne altitude, conçus pour des cieux permissifs, tombent comme des mouches dès que les défenses se renforcent. Leur faible manœuvrabilité, leur dépendance à des liaisons de données fragiles, leur manque de protection active les rendent vulnérables.
Produire des drones à des millions d’exemplaires par an, avec des consommations quotidiennes atteignant plusieurs milliers d’unités, ne suffit pas. Leur efficacité dépend du contexte. Et dans un espace aérien contesté, saturé de radars et de brouilleurs, ils s’essoufflent. Les pertes sont lourdes, y compris pour des modèles coûteux. La solution purement dronisée trouve rapidement ses limites. Les armées occidentales en prennent acte : elles ne misent pas sur la disparition de l’avion piloté, mais sur une hybridation.
- Le Rafale devient cerveau de réseau
Le Rafale n’échappe pas à cette logique. Il ne s’agit plus seulement de voler plus vite ou de tirer plus loin, mais de connecter, de fusionner, de coordonner. Le standard F4.1, qualifié en 2023, entame ce virage : meilleure conscience de la situation, échanges de données enrichis, protection cyber renforcée. Il prépare le terrain pour le F5, attendu pour la prochaine décennie.
Le Rafale version F5 deviendra un nœud de réseau. Ce ne sera plus un chasseur autonome, mais une plateforme de commandement volante, capable de dialoguer avec des drones, de coordonner des frappes, d’intégrer le brouillage ou la reconnaissance. Le démonstrateur nEUROn sert de point de départ à un futur drone de combat furtif, conçu pour voler en binôme avec l’avion. Objectif : percer les défenses ennemies, emporter des missiles comme l’ASN4G – futur engin nucléaire hypersonique – et conserver une capacité de frappe stratégique.
L’IA assiste sans remplacer le pilote
Ce glissement vers le combat collaboratif s’accompagne d’une montée en puissance de l’intelligence artificielle. Mais sans renverser la hiérarchie. Le pilote ne disparaît pas. L’IA assiste, propose, automatise. Elle ne décide pas. La doctrine reste claire, des États-Unis à la France : la létalité reste sous contrôle humain.
Les concepts de « loyal wingman » ou de « manned-unmanned teaming » traduisent cette approche. Le Rafale devient le chef d’orchestre d’une constellation d’effecteurs, drones de masse, munitions rôdeuses ou missiles. L’avion est modernisé, mais aussi recentré. Il ne s’agit plus seulement de gagner en puissance, mais en pertinence dans un système distribué, où la masse est reconstituée par des plateformes low cost et sacrifiables.
L’équation est nouvelle. La crédibilité ne se mesure plus en performances pures, mais en capacité à s’insérer dans un écosystème. À l’heure des drones et de l’IA, le Rafale ne joue plus en solo. Mais il n’est pas hors jeu.


