LVMH : Bernard Arnault étend son empire médiatique

LVMH étend son empire médiatique en rachetant Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche.

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La liste s’allonge. Après Les Échos, Le Parisien, Radio Classique ou encore Paris Match, le géant du luxe s’offre Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche. La transaction, finalisée via UFIPAR, filiale de LVMH, parachève un processus engagé depuis plusieurs années aux côtés de Claude Perdriel. À 99 ans, l’un des derniers barons de la presse cède ses titres. Bernard Arnault les récupère.

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L’atout économique : Challenges

Dans le lot, Challenges constitues une belle prise. Magazine économique généraliste, classé à gauche mais pro-business, la rédaction de 60 journalistes défend depuis toujours une économie sociale de marché à visage humain. Une ligne qui s’incarne dans ses classements – fortunes, start-up – autant que dans ses analyses politiques et sectorielles. Ce n’est ni Les Échos, ni Alternatives Économiques, mais une tentative d’équilibre entre les deux. Un positionnement qui parle à LVMH, soucieux d’influencer le débat économique sans le prendre de front.

Les deux autres titres pèsent moins lourd économiquement, mais davantage symboliquement. Sciences et Avenir vulgarise, La Recherche approfondit. Ensemble, ils donnent au groupe de Bernard Arnault une carte dans un univers – celui du savoir scientifique – où les industriels privés ne se bousculent pas. Ce n’est pas anodin, à l’heure où la crédibilité scientifique est une denrée stratégique, y compris pour les grandes marques.

Claude Perdriel s’efface

L’opération se fait dans une forme de continuité douce. Claude Perdriel, qui avait déjà cédé une participation minoritaire à UFIPAR en 2017, se retire. Il était l’un des derniers à croire dans la presse papier tout en misant sur les synergies technologiques – en 2018, il tentait encore d’imposer une enceinte connectée à commande vocale pour accéder aux contenus de Challenges. Maurice Szafran, son bras droit, prend les rênes. Il devient président des Éditions Croque Futur et directeur de la publication. La ligne ne devrait pas changer dans l’immédiat, mais les arbitrages futurs resteront scrutés.

Le puzzle médiatique de LVMH se complète

LVMH poursuit ainsi une stratégie de constitution d’un pôle médias dont la logique échappe encore à certains. Le groupe contrôle déjà un ensemble disparate de titres : Les Échos, Investir, Le Parisien pour l’information généraliste, L’Opinion et L’Agefi pour l’analyse économique, Paris Match pour l’image, Connaissance des Arts pour le patrimoine. Un patchwork devenu cohérent à mesure que les pièces s’assemblent. Les ambitions sont claires : peser sur l’agenda intellectuel et économique, sécuriser des relais d’influence, et maîtriser des canaux de diffusion à haute valeur symbolique.

La question de l’indépendance revient, inévitablement. Peut-on produire une critique économique libre sous la houlette d’un acteur industriel aussi puissant ? Le débat est ancien. Il est ravivé par chaque acquisition. LVMH affirme ne pas intervenir dans les rédactions. Mais le contexte – concentration accrue, affaiblissement des modèles économiques traditionnels – rend l’équilibre fragile. Et la crédibilité, plus que jamais, sous tension.



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