Faites des économies avec les lunettes reconditionnées

Le reconditionnement de lunettes séduit un Français sur deux, malgré des freins techniques et administratifs.

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Le marché de l’optique n’échappe plus à la pression du réemploi. En France, sur les 17 millions de paires de lunettes neuves vendues chaque année, près de 110 millions dorment dans les tiroirs. De quoi alimenter une nouvelle filière : celle des montures reconditionnées. Initiée par quelques pionniers, elle commence à se structurer autour d’acteurs plus solides, malgré des secousses. La startup Lunettes de Zac, très visible dans ce domaine, a été liquidée à l’été 2024. En parallèle, les grandes enseignes s’activent. Optic 2000 a lancé dès 2022 son programme « Revue », récoltant 775 000 montures en 2024. Krys Group a confié ses volumes à Seecly, une place de marché dédiée, avec un million de paires collectées sur la même période. Même La Poste est de la partie, avec 300 000 paires récoltées grâce à un partenariat avec Lunettes de Zac.

Les consommateurs suivent : selon une étude Odoxa, près d’un Français sur deux se dit prêt à porter des lunettes reconditionnées.

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Derrière chaque monture, 45 minutes de travail manuel

Le reconditionnement ne s’improvise pas. Tri, démontage, ponçage, polissage : chaque monture passe entre des mains expertes pendant près de 45 minutes. Les pièces d’usure sont systématiquement remplacées – vis, charnières, plaquettes. À Saint-Sébastien-sur-Loire, l’atelier Lunettologie applique ces standards, renforcés par un protocole strict de désinfection. Savon, alcool à 70°, lingettes virucides certifiées : le secteur a dû gagner sa légitimité en matière d’hygiène, sous l’œil du GIFO, le syndicat professionnel de la filière.

Les verres neufs restent indispensables. Seecly s’appuie sur Krys pour en fournir, avec une préférence pour des produits français. À l’arrivée, les lunettes reconditionnées sont vendues ajustées à la vue du client, comme des neuves.

Des montures à prix cassés, mais sans remboursement

Les écarts de prix sont parfois spectaculaires. Seecly annonce jusqu’à 80 % d’économie, Oculus-Reparo évoque une moyenne de 50 %. Lunettologie segmente ses prix : 39, 69 ou 99 euros selon l’état des montures. Lunettes de Zac restait sous la barre des 100 euros avant sa liquidation. Les opticiens bénéficient aussi de prix d’achat allégés de 60 %, ce qui permet de rogner sur les marges tout en conservant de la rentabilité.

Les garanties varient : deux ans chez Lunettes de Zac, trois mois pour la casse chez Seecly, avec une option satisfait ou remboursé. Les délais oscillent entre dix et quinze jours selon les corrections. Mais aucune de ces montures n’est encore remboursée par la Sécurité sociale. Le décret du 17 mars 2025 pose le cadre, mais les codes LPP (la clef du remboursement) se font attendre. Le ministère de la Santé évoque une révision progressive. L’optique reconditionnée reste à la charge du consommateur.

Des volumes collectés, mais peu de montures réutilisables

Techniquement, seule une monture sur deux peut être remise en état. Les raisons sont nombreuses : matériaux incompatibles, pièces introuvables, formes non compatibles avec des verres progressifs. Le taux de recyclage reste très élevé – jusqu’à 90 % des lunettes collectées par Optic 2000 finissent broyées. Depuis 2015, Optic 2000 et Lissac ont recyclé 84,6 tonnes de plastiques issus des verres de présentation.

Le segment correcteur s’installe, mais les solaires restent en marge. Le flou réglementaire autour de leur vente d’occasion freine les initiatives. La perception publique est pourtant favorable : 80 % des Français souhaitent reconditionner leurs dispositifs médicaux, et 60 % sont prêts à conserver leur monture lors d’un changement de verres. Les professionnels sont plus prudents : en novembre 2024, 70 % des opticiens se déclaraient encore réticents à proposer du reconditionné, un chiffre en hausse par rapport à 2023.

Une filière utile, mais encore à la peine sur le terrain

L’économie circulaire trouve dans les lunettes un terrain social. AlterEos et Vitamine T, partenaires de Lunettes de Zac, emploient des personnes en insertion ou en situation de handicap. Optic 2000 fait appel à un ESAT pour trier ses montures.

Côté environnement, le gain est mesurable : éviter la fabrication d’une monture neuve permet d’économiser environ 2,5 kg de CO₂. Chaque paire évite aussi une vingtaine de grammes de déchets. Mais la logistique freine le potentiel : pas de filière pour les verres usagés, pas de stocks de pièces détachées à grande échelle.

L’offre reste hétérogène. Des clients saluent les prix bas et la qualité du service. D’autres dénoncent des défauts de description ou des produits mal nettoyés. À Strasbourg, certains opticiens indépendants proposent les reconditionnées à moitié prix, remboursement compris. Si les lunettes sont bien entretenues, les montures nobles peuvent durer bien au-delà des deux ou trois ans observés dans le neuf. Reconditionnées, elles tiennent la distance.



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