Airbus pousse les murs pour suivre la cadence

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Airbus vise haut, et vite. L’avionneur européen veut livrer 75 A320 par mois d’ici 2027, contre environ 60 actuellement. Une hausse de cadence qui répond à une demande mondiale toujours soutenue, mais qui suppose un effort industriel massif sur tous les fronts. Chaînes de production étendues, sites modernisés, sous-traitants sous tension : la machine industrielle d’Airbus monte en régime, mais elle grince déjà par endroits.

L’objectif est chiffré, précis : 75 A320 par mois, soit 1 260 appareils par an à partir de 2028. En 2024, Airbus a livré 766 avions ; en 2025, il vise 820. La trajectoire est engagée. Sur les neuf premiers mois de l’année, 507 avions ont déjà été livrés, dont un record de 73 en septembre. Les résultats financiers suivent : chiffre d’affaires en hausse de +14 %, EBIT ajusté à +38 %, bénéfice net en progression de +14 %. Le carnet de commandes dépasse les 8 700 appareils – plus de dix ans de production.

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Toulouse, cœur stratégique d’un chantier mondial

Le site de Toulouse est en plein bouleversement. Airbus y engage une refonte en profondeur : 18 hectares restructurés, 52 743 m² d’emprise au sol supplémentaires, 69 049 m² de nouvelles surfaces de plancher. Nouveaux hangars, halls de peinture, bâtiments de livraison : tout est revu. Les A320 sont concernés, mais aussi les A330 et A350. Le chantier, lancé début 2024, court jusqu’en 2029. Plusieurs centaines de millions d’euros sont mobilisés.

Ce projet, intégré au Schéma directeur industriel d’Airbus, a obtenu une dérogation à la loi Climat et Résilience sur la non-artificialisation des sols, au nom de « l’intérêt national majeur ». L’industriel a promis des mesures compensatoires : régulation hydraulique, suivi de biodiversité, renaturation partielle. Mais l’impact reste lourd : +172 561 m² de surface imperméabilisée, émissions logistiques locales multipliées par trois, à 199 tonnes de CO₂ équivalent, +293 % à l’échelle européenne, soit 23 187 tonnes.
Pour suivre la cadence, Airbus prévoit aussi de recruter 700 compagnons à Toulouse en 2025.

Mobile, Tianjin : l’usine-monde prend forme

La montée en cadence passe aussi par l’international. En octobre 2025, deux nouvelles lignes d’assemblage final A320 ont été inaugurées : à Mobile, en Alabama, et à Tianjin, en Chine. À Mobile, le site compte désormais trois lignes, dont une pour l’A220. Plus de 1 000 embauches ont été réalisées. À Tianjin, la nouvelle ligne – opérationnelle début 2026 – représentera 20 % de la capacité mondiale d’assemblage d’A320. Airbus compte désormais dix lignes A320 dans le monde : quatre à Hambourg, deux à Toulouse, deux à Mobile, deux à Tianjin.
L’inauguration chinoise a suivi une rencontre entre Guillaume Faury et le ministre du Commerce Wang Wentao. Un signal clair : Airbus mise sur la solidité de l’économie chinoise pour soutenir sa stratégie.

Derrière l’ambition, la réalité des chaînes d’approvisionnement reste complexe. Fin octobre, 32 avions étaient toujours « sans moteurs » – des cellules prêtes à voler mais clouées au sol. Ils étaient encore 60 en juillet. Les motoristes ne suivent pas. CFM International (Safran-GE) et Pratt & Whitney (RTX) peinent à tenir la cadence. Ce dernier a prévenu qu’il ne pourrait soutenir qu’un rythme de 63 appareils par mois, bien en deçà des 75 visés.

Les sous-traitants souffrent aussi. Selon la Banque de France, 20 % des fournisseurs français d’Airbus sont en difficulté. 30 % ont enregistré des pertes en 2023. Pour sécuriser sa chaîne, Airbus a racheté en avril 2025 des actifs de Spirit AeroSystems pour 439 millions de dollars : quatre sites, dont Saint-Nazaire et Casablanca. L’opération a été validée sans condition par l’Autorité de la concurrence.

Long-courrier : montée en puissance progressive

Le moyen-courrier n’est pas le seul levier. Airbus prépare aussi l’avenir sur le segment long-courrier. La production de l’A350 passera à 12 unités par mois d’ici 2028, contre 5 aujourd’hui. Celle de l’A330 grimpera de 4 à 5 par mois entre 2025 et 2029.
Le lancement de l’A321XLR, nouveau monocouloir long-courrier, marque une étape stratégique. Livré à Iberia fin octobre, il vole désormais entre Madrid et Boston. Autonomie : 8 704 km. Commandes enregistrées : plus de 550. Il capte déjà 75 % des ventes de monocouloirs.

En revanche, l’A220 voit ses ambitions réduites : Airbus revoit sa cible de production à 12 appareils par mois en 2026, contre 14 initialement prévus. Raisons : des difficultés industrielles persistantes.

Relocalisation, 5G et hydrogène : les chantiers de demain

Airbus ne se contente pas de produire plus. Il investit aussi dans la transformation industrielle. À Marignane, 600 millions d’euros sont injectés pour moderniser le site d’Airbus Helicopters. Objectif : 5 700 emplois supplémentaires d’ici 2032, en plus des 8 500 actuels.
À Hambourg et Toulouse, une infrastructure 5G privée, en partenariat avec Ericsson, sera déployée d’ici 2026. Objectif : robotique, maintenance prédictive, traçabilité en temps réel.

Sur l’hydrogène, le calendrier s’allonge. Le programme ZEROe, présenté avec un nouveau concept quadrimoteur de 2 MW en mars 2025, ne verra pas le jour avant 2040, voire 2045. Le budget a été réduit de 25 %.



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