Une villa de 1 350 m² à Montecito, une série Netflix à son nom, des confitures artisanales vendues en ligne, des investissements dans des marques de bien-être, et une griffe lifestyle baptisée As Ever. Depuis leur retrait de la monarchie britannique, Meghan Markle et le prince Harry ont érigé un véritable écosystème économique – ou plutôt, un château de cartes – dont le fondement unique est leur propre notoriété. À première vue, la mécanique paraît cohérente : l’ex-duchesse incarne un certain art de vivre, savant dosage de simplicité affichée et de sophistication codée. Mais à y regarder de plus près, chiffres, critiques et désaffections contractuelles esquissent un tableau bien moins reluisant.
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Le patrimoine du couple oscille entre 60 et 100 millions de dollars. Mais leurs charges fixes s’élèveraient à quelque 20 millions par an. Une équation risquée. Car le capital mobilisé ici n’est pas un fonds d’investissement ni un brevet technologique, mais leur propre image. Un actif périssable par définition.
Lifestyle, influence et désirabilité
La deuxième saison de With Love, Meghan, diffusée sur Netflix depuis le 26 août, illustre parfaitement ce recentrage autour de la valorisation de soi. L’émission, à mi-chemin entre talk-show domestique et mise en scène de l’intime, marie art de vivre, cuisine et introspection feutrée. Bande-son discrètement chic, vaisselle minimaliste, gestes ralentis : chaque élément du cadre renforce la signature Meghan. Les invités – Clare Smyth, John Legend, Chrissy Teigen, David Chang – ajoutent le vernis nécessaire à l’ensemble.
Mais cette série n’est pas qu’un contenu. Elle est aussi un canal. Un outil de promotion pour As Ever, marque créée par Meghan. Chaque geste, chaque tasse de thé, chaque plan sur un pot de confiture est une incitation à l’achat. Contenu et commerce fusionnent. La série devient boutique. L’image vend. Et, surtout, elle doit vendre.
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Une diversité de façade
L’architecture des revenus se veut diversifiée. Mais dans les faits, tout converge vers la même source : l’exposition médiatique. La base patrimoniale reste monarchique : 13 millions de livres sterling hérités de la princesse Diana, 8,2 millions d’euros de la Reine Mère. Meghan, elle, a engrangé environ 5 millions d’euros grâce à Suits.
À cela s’ajoutent les grands contrats commerciaux. L’accord signé avec Netflix en 2020 (100 millions de dollars pour cinq ans) semblait prometteur. Celui avec Spotify (25 millions) n’aura donné naissance qu’à un unique podcast. Le contrat d’édition avec Penguin Random House (45 millions de dollars, dont 20 millions versés d’avance) a surtout profité aux mémoires du prince Harry. Côté investissements, quelques paris dans Clevr Blends (lattés bio), BetterUp (coaching en ligne), et des interventions publiques rémunérées jusqu’à 1 million de dollars l’unité.
Mais ces sources sont volatiles. Le désengagement de Spotify, les critiques sur les projets Netflix, l’érosion des audiences… Autant de signaux qui révèlent une dépendance excessive à un bien incertain : l’attention du public.
Un train de vie au coût croissant
Le couple vit à Montecito, en Californie, dans une propriété achetée 14,65 millions de dollars, désormais estimée à 20 millions. L’hypothèque atteint 9,5 millions. Mensualités : entre 50 000 et 100 000 dollars. Cette résidence fonctionne comme une PME : 15 salariés à demeure – chef privé, nourrice, agents de sécurité, personnel de maison. À eux seuls, les salaires représentent près de 10 000 dollars par jour. Les frais de fonctionnement et d’entretien frôlent les 5 millions par an.
Ce niveau de dépenses exige des revenus constants et élevés. Or, With Love, Meghan n’a attiré que 5,3 millions de vues depuis son lancement – chiffre faible pour Netflix. Le risque d’un déséquilibre entre style de vie et flux réels de revenus devient tangible.
Rentabilité douteuse
Les alertes se multiplient. Harry & Meghan, série-documentaire, avait suscité une curiosité initiale, vite retombée. Le documentaire sur le polo, diffusé en 2024, a été un échec : 500 000 vues. With Love, Meghan stagne à la 383ᵉ place des programmes Netflix les plus vus en 2025.
La marque As Ever rencontre, elle aussi, des turbulences. Ruptures de stock, bugs de commande, critiques sur les prix (13 € le pot de confiture, 26 € le miel), accusations de rareté artificielle, litiges juridiques sur le nom et le logo : les aspérités s’accumulent. Le branding est soigné. Mais la structure juridique, logistique et commerciale reste fragile.
Le modèle à bout de souffle
En réalité, tout repose sur un seul pilier : Meghan Markle. L’économie du couple repose sur leur capacité à transformer leur vie privée en produit public. Livres, séries, podcasts, objets : tout est déclinaison d’eux-mêmes. Ce modèle trouve toutefois ses limites. Leur histoire – départ de la monarchie, conflits, reconstruction aux États-Unis – a déjà été racontée. Le capital narratif s’épuise. Et l’économie du récit ne se renouvelle pas aussi vite que le public se lasse.
L’économie de l’image est une matière instable. Puissante, parfois. Mais fuyante. Le contraste entre discours affiché (bien-être, inclusion, éthique) et pratiques réelles (salaires bas chez Archewell, opacité des comptes) alimente le scepticisme. La mise en scène se heurte aux réalités d’une gestion exigeante. Sans expertise opérationnelle, sans rigueur juridique, sans vision à long terme, l’empire lifestyle reste un décor de cinéma.