Emmanuel Macron est désormais un président sans pouvoir. Le dire n’est plus une hypothèse polémique, mais un constat politique que confirment chaque jour les faits, les chiffres et les dynamiques institutionnelles. La France, en cette rentrée 2025, traverse une crise de régime que la Cinquième République n’avait encore jamais connue à ce degré d’intensité. Et au cœur de cette paralysie généralisée, c’est la fonction présidentielle elle-même qui vacille, vidée de sa capacité à agir, privée de toute légitimité réelle, otage d’un isolement devenu insoutenable.
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Un pouvoir exécutif paralysé
La chute annoncée du gouvernement Bayrou, le septième depuis juin 2024, constitue moins un événement politique qu’un symptôme. Ce n’est plus la tête du gouvernement qui est atteinte, mais la structure même du pouvoir exécutif. L’Assemblée nationale reste ingouvernable, fragmentée en trois blocs irréconciliables. Aucune majorité n’est possible. Aucune figure ne parvient à rassembler. Depuis plus d’un an, la mécanique institutionnelle tourne à vide. Le président nomme, dissout, manœuvre — mais rien ne tient. Rien ne prend. Rien ne gouverne.
Dans ce contexte, Emmanuel Macron n’a plus de levier constitutionnel crédible. Une nouvelle dissolution serait politiquement suicidaire, juridiquement possible mais inutile, tant les sondages indiquent une reconduction des équilibres actuels. Une énième nomination à Matignon, après les échecs successifs d’Attal, Barnier, puis Bayrou, serait une simple opération de façade. Quant au recours à l’article 16 de la Constitution, il ouvrirait une crise démocratique majeure sans résoudre l’impasse.
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Légitimité en chute libre
C’est donc sur le terrain de la légitimité que se joue désormais l’essentiel. Et là aussi, le président est seul. Sa cote de confiance est tombée à 21 % selon Elabe. Un niveau historiquement bas, bien inférieur à celui de François Hollande au plus fort de son impopularité. Cette défiance traverse tous les segments sociaux, des jeunes aux retraités, des classes moyennes aux catégories populaires, dans un rejet massif de ce qui est désormais perçu comme une forme d’obstination arrogante, coupée du réel, insensible aux alertes venues de tous les fronts.
Ce rejet se prolonge dans la rue. Le mouvement “Bloquons tout”, annoncé pour le 10 septembre, prend une ampleur qui rappelle les premiers mois des Gilets jaunes. Syndicats, collectifs, étudiants, personnels hospitaliers, cheminots, enseignants : la mobilisation agrège des colères multiples qui trouvent un point de convergence dans le refus d’un pouvoir sourd, perçu comme illégitime. L’adhésion populaire dépasse les clivages partisans. Elle n’est pas portée par un parti ou une stratégie, mais par un ras-le-bol transversal et profond. Là encore, le président est seul.
Politiquement, Emmanuel Macron ne dispose plus d’alliés solides. La gauche réclame sa destitution. L’extrême droite exige son départ. À droite, plusieurs figures historiques appellent à un “acte de responsabilité”. La majorité présidentielle, quant à elle, se réduit à une coalition fragile, sans colonne vertébrale, incapable de défendre une orientation claire dans un pays au bord de la rupture.
Une démission présidentielle à envisager
Face à cette accumulation — chaos institutionnel, rejet social, isolement politique —, l’option de la démission n’est plus un tabou. Elle s’impose comme une éventualité raisonnable, un geste de lucidité politique, un acte qui mettrait fin à la spirale de l’impuissance. Il ne s’agirait pas d’une fuite, mais d’un passage de relais démocratique. Car la question n’est plus de savoir si Emmanuel Macron gouverne bien ou mal, mais s’il gouverne encore. Or, à l’évidence, ce n’est plus le cas.
L’histoire de la Cinquième République ne connaît qu’un précédent : Charles de Gaulle, en 1969, avait quitté l’Élysée après un référendum perdu, tirant les conséquences d’un désaveu. Emmanuel Macron, lui, fait face à une crise plus large encore : il n’a plus de majorité, plus de confiance, plus d’écoute, plus de relais. La Ve République, conçue pour offrir une stabilité en temps de crise, s’est transformée en piège institutionnel dont il ne parvient pas à s’extraire.
En démocratie, il est des moments où l’autorité ne repose plus sur le droit, mais sur la reconnaissance. Quand celle-ci disparaît, le pouvoir devient fiction. Emmanuel Macron, à ce stade, incarne davantage une présence institutionnelle qu’une capacité politique. Son maintien à l’Élysée, dans ces conditions, devient un facteur aggravant de la crise plutôt qu’un début de solution.