Il y a, quelque part en Europe, 20 000 milliards d’euros qui dorment. Pas sous des matelas ou dans des coffres suisses, mais sur les comptes des entreprises et des particuliers. Une épargne massive, peu ou mal rémunérée, comme figée dans le marbre d’un système financier conçu pour une époque révolue. Et c’est là que débarque Spiko, une jeune pousse française au nom percutant et à l’ambition claire : rendre cette inertie liquide un peu plus productive.
A LIRE AUSSI
Trésorerie d’entreprise : quels sont les meilleurs placements ?
La promesse repose sur un levier très concret : la tokenisation des parts de fonds monétaires. En clair, transformer des placements traditionnellement rigides – des bons du Trésor, par exemple – en jetons numériques, échangeables à tout moment sur une blockchain. Résultat : un rendement quotidien, sans immobilisation. Une trésorerie qui travaille sans entraves, ni file d’attente bancaire, ni frais d’intermédiation.
Derrière cette mécanique, deux profils complémentaires, formés à la meilleure école de l’État et de la finance privée. Antoine Michon, passé par Polytechnique, Palantir et Matignon. Paul-Adrien Hyppolite, diplômé d’Harvard, rôdé au private equity chez Antin. Deux têtes bien faites qui veulent démocratiser un savoir-faire réservé jusqu’ici aux grands argentiers du CAC 40.
Un modèle d’investissement taillé pour la fluidité
La force de Spiko, c’est son infrastructure. Une gestion de trésorerie ancrée sur des fonds monétaires sûrs – français ou américains – et adossée à Ethereum et Polygon, deux blockchains éprouvées. Les clients peuvent investir, sortir, arbitrer, 24h/24 et 7j/7. Le tout avec des stablecoins, convertis automatiquement en euros.
A LIRE AUSSI
Entreprises : l’IA peut-elle faire mieux qu’un expert-comptable ?
Pas de contrainte de blocage. Pas de coût caché. Tout est automatisé, de la souscription au retrait. Et chaque jour, les intérêts tombent. « Beaucoup pensent, à tort, qu’il faut bloquer ses fonds ou prendre des risques pour obtenir du rendement. C’est faux », tranche Hyppolite. Une petite révolution tranquille, taillée sur mesure pour les PME, souvent oubliées des circuits d’optimisation financière.
La technologie, seule, ne suffit pas. Pour gagner la confiance des entreprises, il faut aussi cocher les cases réglementaires. Et Spiko n’a pas fait les choses à moitié. Les fonds sont gérés par Twenty First Capital, société agréée. Caceis – filiale du Crédit Agricole – agit comme banque dépositaire. PwC certifie les comptes. Une architecture classique, insérée dans un modèle nouveau.
Le signal fort est venu en avril 2025, lorsque Bpifrance a investi ses propres deniers dans le produit Spiko Euro. Un adoubement public, cohérent avec l’objectif affiché de la banque publique d’investir jusqu’à 25 millions d’euros dans les actifs numériques d’ici fin 2025.
Une adoption portée par les banques elles-mêmes
Depuis son lancement, la machine s’emballe : 800 millions d’euros de flux traités, 335 millions d’encours, près de 1 000 entreprises clientes. Une croissance de 20 % par mois, portée par des intégrations bancaires de plus en plus fluides. Exemple marquant : en juillet 2025, Memo Bank a intégré les produits Spiko dans son interface. Deux semaines plus tard, 35 millions d’euros étaient déjà placés via API.
Pour soutenir cette dynamique, Spiko a levé 18,5 millions d’euros en série A. Autour de la table : Index Ventures en chef de file, suivi de White Star Capital, Frst, Rerail, Blockwall, Bpifrance et plusieurs figures de la finance. La valorisation atteint désormais 78 millions d’euros.
L’objectif est clair : étoffer les équipes, renforcer le produit, activer le marketing, et préparer l’expansion européenne. Car les fondateurs le savent : la course est mondiale, mais le terrain de jeu immédiat reste le Vieux Continent.
Un pari dans un marché embryonnaire
Aujourd’hui, les fonds monétaires tokenisés pèsent 5,7 milliards de dollars dans le monde, selon Moody’s. C’est peu. Et surtout, moins de 0,1 % du marché des fonds monétaires en Europe. Mais la dynamique est là. Et les grands noms s’y intéressent. BlackRock, Franklin Templeton… Ils avancent, prudemment, vers ce nouveau territoire.
Sauf que ces géants ciblent les institutionnels. Spiko, lui, vise plus bas mais pas moins ambitieux : les entreprises de taille intermédiaire, qui veulent du rendement sans friction.