C’est une musique ancienne mais toujours jouée, avec ses refrains faciles, ses cibles désignées, ses boucs émissaires commodes : les retraités. Ces Français qui, après une vie de labeur, se retrouvent aujourd’hui jetés dans le chaudron des « privilégiés », accusés à demi-mot de coûter trop cher, de peser trop lourd, d’être les assistés d’un système à bout de souffle. Mais que dit vraiment la réalité, loin des éléments de langage ?
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Une réforme fiscale qui pénalise les retraités isolés
Le projet de réforme présenté par François Bayrou, s’il est adopté, infligerait une double peine aux retraités. Première entaille : la non-indexation des pensions sur l’inflation en 2026, autrement dit, une perte de pouvoir d’achat sèche dans un pays où l’alimentation, l’énergie, le logement ne cessent de renchérir. Deuxième coup de lame : la fin de l’abattement fiscal de 10 %, remplacé par un forfait unique de 2 000 euros par part fiscale.
Le discours est rodé : rendre le système plus équitable, faire peser l’effort sur ceux qui le peuvent, protéger les plus modestes. La rhétorique est impeccable. Mais les chiffres, eux, dessinent un tout autre paysage. Qui sont vraiment les gagnants de cette réforme ? Une minorité, à la marge, et pour quelques euros économisés. Qui sont les perdants ? Une majorité silencieuse, souvent veuve ou seule, parfois à peine au-dessus du seuil d’imposition, mais bien loin de la richesse qu’on leur attribue.
Des disparités ignorées entre couples aisés et veuves modestes
Un retraité seul, avec 30 000 euros par an, verra son impôt grimper de 160 euros. Avec 40 000 euros, ce sera 600 euros de plus. Et pendant ce temps, un couple percevant 80 000 euros n’y perdra que 120 euros. Où est la justice fiscale, quand le dispositif prétendument plus équitable pénalise d’abord les solitaires, les isolés, les femmes nombreuses à être veuves, à avoir eu des carrières hachées et des retraites modestes ?
Cette réforme, sous couvert de rationalisation budgétaire, perpétue une injustice structurelle : elle homogénéise une population hétérogène. Elle suppose, sans distinction, que tout retraité est nanti, que sa situation est stable, qu’il vit à deux, qu’il a un patrimoine à faire fructifier. Elle oublie les réalités concrètes : des pensions à peine supérieures au minimum vieillesse, des loyers qui augmentent, des soins qui coûtent, et cette peur sourde de devenir à charge, de ne plus s’en sortir.
Vers une stigmatisation injuste des seniors modestes
Il est temps d’arrêter d’opposer les générations, de dresser le jeune contre le vieux, l’actif contre l’inactif, l’étudiant précaire contre le retraité prétendument doré. Le vivre ensemble commence par la vérité des faits, et la justice sociale ne se décrète pas dans les communiqués de presse. Elle se construit dans l’écoute des fragilités, dans la reconnaissance des diversités, dans le refus de la caricature.
Non, les retraités français ne sont pas tous riches. Beaucoup sont dignes, économes, anxieux. Ils méritent autre chose que d’être les variables d’ajustement d’un État en quête de milliards. Ils méritent, tout simplement, le respect.